Mario Benedetti | Poèmes



Bourg avec auberge

En planant l’autocar m’a offert le parvis et la façade.
C’était bon, le pantalon tombait large sur mes grosses chaussures,
d’être au milieu du feuillage ici et là.
Des matins sans savoir qu’on est là, dans l’existence
qui demeure toujours, avec son usine d’aluminium, ses champs.
Si on parle le comptoir tremble,
les fenêtres et les pots, les rideaux minutieusement brodés.
Les jardins défilent doucement, les feuilles passent lentement sous les vaches.
Le ciel tourne vers Cividale, tourne la belle lumière
sur les minuscules mains qu’on avait, que d’être ainsi vivants ce fut finalement la vie.

Borgo con locanda

Come in un volo la corriera mi ha dato lo spiazzo con la facciata.
Era bello, i calzoni che cadevano larghi sulle scarpe grosse,
stare in mezzo alle foglie qua e là.
Mattine senza sapere di essere in un posto, dentro una vita
che sta sempre lì, e ha la fabbrica di alluminio, i campi.
Si muove il bancone quando si parla,
le finestre con i vasi, le tende minutamente ricamate.
Fuori i cortili corrono piano, le foglie vanno piano sotto le mucche.
Il cielo gira verso Cividale, gira la bella luce
sulle manine che avevamo, che è stata la vita essere vivi così.


*



« ... la vieille du Nido était morte »
Cesare Pavese, La lune et les feux

Tes yeux s’en vont,
la moitié du visage caché, le menton sur les patates.
Tes yeux avec les noms des pommes et des pêches,
le visage contre le formica, et au-dessus les fils de nylon.
Pas de sang, tes yeux comme des pruneaux
et comme des cerises, le réveil tient tant qu’il y est chargé.
La paume de la main doucement en avant sur le rebord de la fenêtre,
juste un peu de froid, la main
sur le poignet, un peu plus froid et de l’air.
Des regards qui colorent les maisons, les minuscules
bouts de plâtre, rouges, blancs, bleu clair, estompés
par le temps. La plus belle maison du village, les palmiers.
Il y avait des palmiers, des habits, des projets, Irene
et la Santina il m’a toujours paru, dans cette histoire
qui tout a abandonné à la terre.

« ...era morta la vecchia del Nido »
Cesare Pavese, La luna e i falò

Vanno via i tuoi occhi,
mezza faccia nascosta, il mento sulle patate.
I tuoi occhi con i nomi delle mele e delle pesche,
la faccia contro la formica, con sopra i fili di nylon.
Nessun sangue, i tuoi occhi come prugne
e come ciliegie, resta per giorni la sveglia finché ha batteria.
Il palmo della mano avanti piano sul davanzale,
solo un po’ di freddo, la mano
sulla maniglia della finestra, un po’ più di freddo e l’aria.
Sguardi che colorano le case, i più piccoli
pezzi d’intonaco, rossi, bianchi, celesti, sfumati
dentro gli anni. La casa più bella del paese, le palme.
C’erano le palme, abiti, programmi, Irene
e la piccola Santa mi è sempre parso, nel racconto
che tutto abbandonava alla terra.


*


Ce chaud aux mains
ou bien le vent sur la poitrine.
Regarder ces mains
en les retournant
ou bien ce regard pour avancer
au milieu des nombreuses voix.
M’asseoir et chercher une table
là où ce n’est rien d’autre que convenu.
Beaucoup de couleurs, beaucoup
d’images colorées, toutes pareilles.
Ou même sortir du chemin,
égarer en bas
la protection qui me reste.

Questo caldo alle mani
o anche il vento sul petto.
Questo guardare le mani
rigirandole
o lo sguardo per andare
tra le tante voci.
Sedermi e trovare un tavolo
dove non è più del convenuto.
I tanti colori, le tante
figure colorate, uguali.
O anche uscire dai passi,
smarrire giù
la protezione che mi resta.


*


Gênes, et maintenant Alma ne vit plus.
Les murs sont chacun pour soi,
promenade après promenade.
Je marche dans mes vêtements
mais les bateaux ne me voient pas,
et on ne voit pas bien les nuages,
ce que sont les rebords des fenêtres, les ruelles.

Genova, e adesso Alma non è viva.
I muri sono per loro conto,
passeggiata dopo passeggiata.
Cammino con il mio vestito
ma non mi vedono le navi,
e non si vedono bene le nuvole,
che cosa sono i davanzali, le stradine.


*


Comment dire que deux jeunes gens avancent
le long de la courte montée
et la nuit avance
dans ce court monter,
et dans ce laps de temps nous sommes vivants,
herbe, rivière en contrebas
qui murmures à tout ce vide et à moi
l’écho de ces corps qui montent ?

Come dire che due ragazzi camminano
sulla breve salita
e la notte cammina
in quel breve salire,
e in questo poco tempo noi siamo vivi,
erba, fiume laggiù
che mormori a tutto il vuoto e a me
l’eco del salire dei corpi ?


*


Parfois on sortait des saisons
en allant de nos mains fouiller dans le sable, ou sur les galets,
avec les imperméables et la mer,
le vent, et personne n’était près de cette mer.
On y allait pour rester. Et tu disais « il y a du vent »,
tu te penchais sur les pierres en disant « regarde »,
je me penchais dans la voix des vagues de la mer, notre rêve.

A volte uscivamo dalle stagioni
andando con le mani nella sabbia a cercare, o sui ciottoli,
con gli impermeabili e il mare,
il vento, e nessuno vicino a quel mare.
Andavamo lì, per restare. E tu dicevi « c’è tanto vento »,
ti chinavi sui sassi e dicevi « guarda »,
e io mi chinavo nella voce delle onde del mare, del nostro sogno.


*


Le squelette du tarse
s’allonge et se rétrécit.
Tiges de capillaire,
tiges de pensée.
Tiges de bruyère, lichens,
lichens perchés.

Lo scheletro del tarso
si allunga e si restringe.
Steli di capelvenere,
steli di viola farfalla.
Steli di erica, licheni,
licheni abbarbicati.


*


Où es-tu. Mère.
E si à di murì, e nol par vêr.
Il faut mourir, et on n’y croit pas.
Ainsi les feuilles. Ainsi,
peut-être, elles n’ont pas été feuilles.

Dove sei. Madre.
E si à di murì, e nol par vêr.
Si deve morire, e non sembra vero.
Così le foglie. Così,
forse, foglie non sono state.


*


Moi aussi seul comme ce cintre,
comme le sont ces tables, la planche à repasser.
Murs et rambardes, le fauteuil, la cheminée.
Brûle le feu en embrasant tout le jardin,
tout ce près, ces bois, tous ces printemps.

Tiré de Tutte le poesie, Mario Benedetti
(Garzanti, 2017)

Anche io solo come questo attaccapanni,
come sono i tavoli, com’è l’asse da stiro.
Muri e ringhiere, la poltrona, il camino.
Arde il fuoco bruciando l’intero giardino,
tutto il prato, i boschi, tutte le primavere.


*


2 mai 2024
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