Fabienne Swiatly | Dans la boue

Tristesse contemporaine. L’étrange nom d’un groupe dont la musique lancinante accompagne l’écriture. Nous sommes lundi. Il fait encore beau et la neige domine les élans du printemps, mais j’ai quitté le paysage. Derrière l’écran de l’ordinateur un mur blanc, ce dont j’ai besoin pour rester concentrée.
Longtemps j’ai cru ou bien l’on m’a fait croire que l’écriture était une question d’inspiration. Foutaises inventées par ceux qui n’admettent pas que les Dieux sont une invention humaine.

L’écriture est travail ingrat, pas tous les jours mais tout de même. Et une telle facilité à aligner des mots sur l’ordinateur qu’il faut se surveiller.
Sur l’écran tout à l’air si vite d’un livre.
Alors les heures passées cul sur le fauteuil, le dos rentré et les centimètres perdus à creuser du sens, quelques phrases pour s’ouvrir au monde ... ou bien quoi ?
S’accrocher et se méfier du tétanisant : à quoi ça sert ?

Pour se redresser, il est bon alors de retourner à la bibliothèque celle en papier ou celle virtuelle pour entendre ces voix qui nous rappellent combien on a eu besoin d’eux pour exister.

Et le travail d’aujourd’hui.

Inventer la langue d’Annette qui n’en a jamais eu. Alors je me bourre les oreilles de sons et je malaxe des phrases. Je me tiens dans la boue des mots, même si j’en reste à l’assise du bureau et j’écris :

"Tu me redessines des lèvres ? Tu me prêtes ton mot même si tu l’as déjà mis dans ta bouche ?
Tu me redonnes une histoire ?
Redonne-moi une histoire s’il te plait.
La terre est entrée dans ma bouche.
Je m’envase dans le vestiaire à phrases et il y a n’y a plus de coïncidences à la porte. Vous comprenez ?
"

© photo@swiatly

2 avril 2012
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