Autour de l’absurde

Dominique Monin est le libraire des Nouveautés qui m’a accueillie en résidence. C’est un homme étonnant, qui sous ses apparences de farfelu lunaire cache une sensibilité pudique et une culture impressionnante : ses conseils touchent toujours juste. Il est de ces hommes qui consultent encore leur agenda papier, à qui il faut rappeler la veille le rendez-vous du lendemain et qui va préférer se faire assister pour poster une actualité sur Facebook.
Lorsqu’on entre dans sa librairie, on y resterait la journée. Les gamins s’installent sur les canapés du fond, conseillés par Nathalie. L’écoutant parler littérature jeunesse, on s’en veut d’être devenu tellement adulte. On s’adresse à Fabrice à qui il suffit de dire : « c’est l’histoire d’un mec, il y a un arbre et sa femme le quitte... » pour qu’il aille tranquillement vous chercher le livre, on suit leurs suggestions et leurs goûts qui traversent toutes les époques et tous les univers. Si vous ne voulez pas être aventurier, trop risqué, si vous ne voulez pas être historien, trop solitaire, devenez libraire !

C’est lui, Dominique Monin, qui m’a dit : « Pour la Nuit de la Lecture, il faudrait inviter Raphaël Rupert pour son formidable roman qui a eu le prix Flore. C’est l’histoire d’un homme qui découvre que sa femme a un amant particulièrement bien doté par la nature et qui mène une enquête très drôle et décalée sur ce sujet. Un livre qui dit aussi des choses importantes sur l’écriture, l’identité et la relation aux autres. »
« Quel lien avec ma résidence ? » me suis-je demandé. Et puis, j’ai décidé de faire confiance à Dominique et en effet, en créant cet évènement, je me suis aperçu que nous étions dans le thème. J’ai invité Philippe Lopez, professeur en biologie, avec qui je discute souvent de ce qu’est la norme ou de la définition du handicap. J’ai contacté Sébastien Laugénie, journaliste à France Inter, avec qui je me souviens d’un débat animé sur les assistants sexuels. « Dans ce cas, pourquoi pas pour les SDF ? Pourquoi que pour les personnes handicapés ? » lui avais-je demandé. Enfin, Virginie Barreteau, complice depuis le départ des Lectures Singulières et experte des soirées décalées est bien entendu de la partie : « Est-ce qu’être ainsi avantagé constitue un handicap ? J’adore la question ! » Ils porteront tous les trois une parole à degré variable pour accompagner les extraits et notre rencontre avec Raphaël Rupert.

Cette soirée est sous le signe de l’absurde. Pour démarrer l’année, faire un pas de côté et emprunter d’autres sentiers nous apportera une respiration, un vrai bol d’air vivifiant, avec humour et sans se prendre au sérieux.

Anne-Sarah Kertudo

14 janvier 2019
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