Christian Garcin & Patrick Devresse | Mini-fictions, 4. La fin des fantômes

photos Patrick Devresse, textes Christian Garcin.
Une série de textes et images en dialogue, à suivre en son intégralité ici



©patrickdevresse



C’est dans les bruits parasites de la radio, les grésillements entre deux fréquences, les écrans blancs et neigeux de la télévision d’antan que l’on pouvait entendre parfois, si ce n’est furtivement apercevoir, qui tremblaient comme une grise gélatine d’ondes, les visages et les voix des défunts cherchant à établir le contact avec nous ‒ nous, leur passé et leur futur à jamais perdus qui ne cessons de les hanter. Mais cette époque est révolue. Les radios et télévisions numériques, internet, skype, mp3 et autres inventions récentes leur sont résolument hostiles : les fantômes en effet sont analogiques, et pas numériques. Pour qu’ils se manifestent à nous il leur faut de l’indécision, de l’approximatif, du parasite, du « bruit blanc », une place dévolue à l’erreur. Le phénomène numérique, binaire et froid, épouvantablement logique, ne leur laisse aucun champ pour s’exprimer. C’est ainsi qu’internet a tué les fantômes, qui n’ont d’autre ressource à présent que d’errer comme les âmes en peine qu’ils sont, et ainsi qu’ils l’ont fait pendant les millénaires qui ont précédé l’invention du télégraphe, de la radio, bref intervalle au cours duquel un échange avait été possible. Il leur reste l’aléatoire intercession de quelques esprits sensibles, nos souvenirs toujours instables, et les rêves que nous formons, dans lesquels ils se manifestent parfois, disparus réapparus qu’on ne reconnaît pas toujours.






Christian Garcin est écrivain, à lire notamment sur remue.net - lire en particulier cet entretien paru en août 2014,à la parution de Selon Vincent (Stock). Christian Garcin est auteur de nombreux livres chez de nombreux éditeurs - on se référera à l’excellente bibliographie du site des non moins excellentes éditions Verdier, ainsi qu’à sa notice wikipedia, pour en saisir l’ampleur.

Patrick Devresse est photographe. De lui, Dominique Sampiero dit : "Patrick Devresse est un homme qui regarde. Qui scrute doucement le réel autour de lui. Comme ça. Mine de rien. Et même parfois qui baisse les yeux en souriant. L’esprit ailleurs. Comme si poser une vigilance sur le monde et vivre étaient intimement liés."
Voir son site http://www.patrickdevresse.com/, et son parcours personnel.

27 avril 2015
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