Comme dirait Coluche

Comme dirait Coluche

Comme dirait Coluche : « eh ben on n’a pas eu de bol ! ». Premier jour de vacance et première vadrouille pour aller faire les magasins et faire vrombir la carte bleue, et Dieu seul sait que je me faisais une joie. Seulement, où c’est-y que ma copine de virée a voulu aller ? A Pontoise, allez !
Franchement, passer le premier jour de vacance dans une ville voisine de celle où je fais mes études, y a mieux, mais bon, je suis quelqu’un de conciliant, et puis c’était pour aller voir une bijouterie que j’avais trouvée pendant une de mes nombreuses pérégrinations, alors ça va, on pardonne.
Nous voilà donc partie, le matin, pas trop tôt mais pas trop tard non plus, et pour une fois j’ai pris mon fameux train direct depuis Saint Lazare. Y avait pas foule, mais premier bémol : c’était pas un nouveau train mais un ancien, avec les deux étages et les fenêtres pas toujours propres. Et autant dire qu’en plus de faire du chemin, les wagons s’étaient aussi roulés dans la boue du chemin, parce que franchement ! Les fenêtres étaient crades, mais à un point où j’ai cru que j’hallucinais complet.
Du coup, pas moyen de montrer à ma pote les champs qu’on traverse, la drôle de cité qu’on voit se détacher au loin, ou encore la baraque en ruine et à la fenêtre de laquelle j’aime tant voir Jessica qui me salut de la main.
L’impression de faire le voyage en aveugle, surtout qu’il y a eu un ralentissement, quelque chose qui ne m’était encore jamais arrivé avant, sacré nom d’un pied ! Ah ben j’ai eu l’air bien, tiens ! Et ma pote qui en rajoutait, qui me disait « toi qui arrête pas de dire que prendre le train sur cette ligne c’est le pied, pour le moment c’est pas top ! ». Et gnagnagna. Ah, c’est de bonne guerre et certainement pas dit dans le but gratuit et méchant de me vexer, mais quand même, ça m’énerve quand on parle bien de quelque chose, et quand on veut faire expérimenter le quelque chose en question à des gens à qui on tient, bam ! il se passe une merde et soit on démarre sur de mauvais pied, soit tout est absolument gâché.
Il y a quelques années, ça a été comme ça à la Foire de Paris. Je ne tarissais pas d’éloges sur cette manifestation annuelle ayant lieu à porte de Versailles, et j’avais décidé, pour une fois, de convier une pote. Une très bonne pote. Dix ans qu’on se connait maintenant, c’est quelque chose ! Et déjà, là aussi ça a bien débuté cette histoire car on a galéré pour seulement atteindre le parc des expositions, à cause d’une grève de métro que personne n’avait vue venir et qui nous a fait perdre une bonne heure et demi. Super, merci !
Et ensuite, quand on a enfin atteint la Foire, pendant tout l’après-midi, ça a été le défilé des têtes de cons. Des gens qui te marchent sur les pieds, des gens qui crient, qui veulent impérativement te doubler alors que y a pas la place, des gens sans gêne, des poussettes qui te rentrent dedans, des épaules qui te bousculent, des vendeurs pas du doute sympa, des produits soi-disant marrants et attrayants mais qui ressemblent à du recyclé d’idées pourries et qui puent la merde aussi.
La totale ! Bon sang de bois, la totale !
Ah, et dire qu’en écrivant ça, j’hallucine d’avoir un jour ri comme une folle devant les mangas qui te montrent au moins une fois une mésaventure de ce genre. Que ce soit pendant un rencard ou bien une simple virée amicale, rien ne se passe comme prévu, tout ce qui est normalement super devient, ce jour-là et sans qu’on sache pourquoi, totalement à chier, et le personnage principal galère, galère. Et le spectateur, lui, il rit, il rit.
Il y avait quelque chose de cruel, je trouve. De méchant, de sadique et de puissant. On rit. On rit innocemment tant que ça ne nous est pas encore arrivé. Mais quand on vit une expérience pareille et qu’on réussit à s’en sortir en gardant la tête droite, le rire change. Soit c’est un rire nostalgique, soit c’est un rire vexé. Dans tous les cas, ça devient narcissique et ça ne me plait pas.
Je n’aime pas que les choses se passent mal, c’est plus fort que moi ! Qui n’a jamais eu envie d’envoyer valdinguer du haut de la tour Eiffel l’ami avec qui on grimpe ce monument, parce que l’ami en question a fait une remarque déplaisante… ah, mais celui-là ne sait rien de l’attachement qu’on peut avoir pour un ami, pour ses projets et pour soi-même.
Et mon amie, avec qui je suis allée à Pontoise, putain ce qu’elle m’a mis, la vache ! Concernant mon super train, qu’en plus au retour on nous l’a annulé, et concernant les restaurants autour de la gare aussi ! Non mais sans déc ! Elle s’attendait à quoi ? A pénétrer dans un monde idyllique où les restaurants autour de la gare sont absolument délicieux ? Depuis le temps qu’on se fait avoir gare Saint Lazare, en allant se ruiner au bistrot de Paris ou au Mollard, on devrait le savoir, qu’on mange rarement bien à proximité d’une gare !
Enfin, elle a trouvé Pontoise joli, et elle s’est trouvé un bijou unique comme elle aime bien, c’est déjà ça. Et puis ma maladresse clownesque l’a bien fait marrer aussi. Mais bon… Tout ceci me fait penser qu’en dépit de tout mon enthousiasme, et tout ce que ça a d’agréable de finir la journée dans un train où tu n’es pas entassé comme une sardine dans une boite d’allumettes, j’aurais dû préciser que tout ceci faisait bien partie de notre monde.
Ce qui veut dire tout simplement que rien, absolument rien n’est parfait, et qu’on retrouve ici des règles qui ne changent pas, aussi fidèles au poste que la succession des saisons et aussi inébranlables que l’Incroyable Hulk.

Cécile Magueur

13 avril 2017
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