Compagnies de Pierre Bergounioux

« Compagnies de Pierre Bergounioux », annonce le bandeau bleu dont est ceint le numéro 45 de la toujours aussi élégante revue Théodore Balmoral, bandeau bleu qui annonce d’ailleurs d’une autre manière la couleur par son gros titre :, au singulier cette fois. Sous le titre « Le Rayonnement », Thierry Bouchard, fondateur et directeur de la revue publiée à Orléans, explique en introduction le choix, dont la revue n’est pas coutumière, d’un numéro dévolu à un auteur, qui plus est un auteur vivant dont l’oeuvre en cours reste insaisissable, qui s’inscrit en l’occurrence dans la continuité d’un numéro qui fit date en 1993, « Compagnies de Pierre Michon ».

Fort de quelque 240 pages, c’est en tout cas un solide volume que celui-ci, riche de dix-sept études ou témoignages (du « Murmure épuré des morts », de Pierre d’Almeida, à « L’écrivain-relieur » de Dominique Viart, qui déplace ainsi la problématique de la collection souvent évoquée à propos de Bergounioux, en passant par « L’Ombre enclose », de Lionel Bourg, « Frère fictif » d’Yves Charnet, « Ressaisissement » de Jacques Réda, qui fait référence à un précédent article paru en 1990 sous le titre « Saisissement », mesurant l’écart accompli depuis par l’auteur de La Mort de Brune, ou « Les cycles de Pierre Bergounioux », de Christian Garcin) ; d’un inédit sous forme de journal des premiers « Jours de juillet » (pour ainsi dire un cahier estival du retour au pays natal à l’issue heureuse des corrections du baccalauréat), d’un long entretien mené par Thierry Bouchard pour passer en revue quelques-uns des principaux titres de Bergounioux, depuis Catherine, écrit en « douze jours » semble-t-il et paru chez Gallimard en 1984, voici juste vingt ans, jusqu’au Premier mot paru en 2001 ; d’une bibliographie détaillée ; d’une belle collection - justement - de citations rassemblées par l’auteur sous le titre « Jerrycans, touques, moques et nourrices » qui ferme le volume et où l’on croise Montaigne ou Faulkner (bien sûr) mais aussi Sébastien Mercier et Lapérouse.
Reste que c’est à Jean-Paul Michel qu’il revient de nous enchanter dans son texte « La chose même » par sa conclusion, qui fait référence au livre qu’on persiste à estimer le plus remarquable parmi ceux qu’on a pu lire sous le nom de Bergounioux, et qui incite à lire d’un -autre oeil ce qui le précède, B-17 G (paru chez Flohic en 2001) : « Avant B-17 G, Pierre Bergounioux était un écrivain suprêmement émouvant et sensible. Avec B-17 G, il est grand », conclut Michel.

Bertrand Leclair
Quinzaine Littéraire n° 876 (1er au 15 mai 2004)
2 décembre 2005
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