Étrange fascination…



























La galerie POC (initiales de l’association Portes Ouvertes Consolat), anciennement Galerie Andiamo, située à Marseille a fait une rétrospective en 2013 / Zarbie Dolls / voir le lien http://www.assopoc.org/

« Chevelure blonde, yeux de biche et accessoires dernier cri… Barbie en a fait rêver plus d’un(e). Mais au-delà de ces vingt-neuf centimètres de plastique, la célèbre poupée cristallise depuis longtemps toute une série de questionnements autour de la représentation de la femme dans la société. C’est sur ce point que l’association POC (Portes Ouvertes Consolat) a choisi de se concentrer. La galerie Andiamo, customisée aux couleurs de Barbie par Miss Mu pour l’occasion, ouvre ainsi ses portes à une trentaine d’artistes locaux et nationaux pour une exposition en trois temps où la poupée devient Zarbie. "Au départ, on voulait rassembler un maximum d’œuvres autour de la poupée et puis notre rencontre avec Laurent Cucurullo de l’association En Italique nous a fait prendre un virage plus sociologique", résume Marie-Jo Gaudé, chargée d’exposition… » Aileen Orain

Aujourd’hui en 2016, me voilà devant les vitrines à l’occasion de la rétrospective du musée des Arts Déco de Paris, je déambule comme dans une mini-ville interplanétaire, où Barbie est représentée : poupées européennes, poupées américaines, asiatiques…
Ce qui est fascinant, dans cet alignement, à travers ces vitrines, qui me font face, c’est cette pluralité, cette multiplicité des éléments. Cela saute aux yeux : la poupée Barbie est plusieurs dans une. Une quoi ? Une adolescente, une femme, une réplique ? Elle semble entière de façons différentes. Différente et une seule à la fois. Une, mais dans une diversité incroyablement déployée. Une façon de pouvoir être une en mille autres ou mille autres dans une. Il faut se l’approprier pour en jouer.
Elle est presque, allons, disons-le, terrifiante de naturel et de beauté plastique. C’est dans une certaine justesse de couleurs, car nul défaut, c’est là la force de cette invention. Une imagination fertile mise au service du plus grand nombre pour une appartenance réussie.
Pour certaines, c’est comme cela, trouver en Barbie, le possible chemin de la féminité, de l’élégance. Se mettre dans un réseau immense où chaque fille possèderait SA Barbie… car parfois à la maison la féminité est reléguée. Et peut-être dans une intimité toute personnelle, quelques filles ont pu avoir le loisir de se trouver jolie.
En effet, Barbie étalait, pour moi, sa conformité, et là, me trouvant dans cet espace fait de si belles choses, si raffinées, si luxueuses (car la copie est bien moins faite que les originales), et soudain, une pensée qui ne me ressemble pas : et si Barbie était celle qui avait révolutionné le monde de la féminité, non à cause de sa perfection toute commerciale mais plutôt à cause de cette inscription dans le temps.
Barbie parle. Oui, elle sait parler à beaucoup d’entre elles. Les femmes comme les enfants, et même les enfants avant tout. Il y a de la magie là-dessous, ou un peu de manipulation, aussi.
À quel niveau ?
Cela peut sembler inouï, énervant, irritant, ou détestable, elle est celle qui fait chavirer les cœurs des unes et le porte-monnaie des autres. Et souvent les deux à la fois ! C’est une appartenance liée au marketing, au commerce, à la collection. Une collection enivrante qui peut ne pas trouver d’issue.
L’âge ? Peut-être l’âge, mais il y a transmission possible. On transmet ce qu’on aime.
À quel point l’identification travaille-t-elle ? À quel niveau ?
Une poupée. Oui oui une poupée ! Mais derrière la poupée ni injures ni indécence mais des jambes fines, des cheveux de couleurs différentes, du blond vénitien au blond suédois, du brun au noir profond, du châtain roux au roux éclatant… etc. Une évidente façon de manier les teintes.
Au départ, certes, une (grosse) envie de mettre sur une créature, sa patte, sa marque, son nom. Une créature qui passerait le temps ? Il fallait qu’elle ne prenne aucune ride avec les années.
Barbie s’adapterait comme la femme de l’époque où sa naissance est décidée. Barbie aurait, c’était dit, cette capacité-là, c’est ce qu’avait avancé sa créatrice américaine, et aujourd’hui :
«  Plus de cinquante ans après sa création, la poupée Barbie aux formes immuables a su rester un produit marketing au succès planétaire. Panoplie vestimentaire toujours dernier cri et accessoires à foison pour une vie débordante d’activités : tout a été réfléchi pour nous apporter dès l’enfance un rêve d’opulence et d’apparence. Notre société évoluant, qu’est-il advenu de ce schéma de construction identitaire et familiale ? Et comment, au fil du temps, cette idole a-t-elle influencé l’Art ? »
Ce qui peut énerver certes : « passer le temps sans prendre de rides » ! Il y a un concept, il y a une machine à idées en marche, il y a des matériaux nouveaux, il y a une femme contemporaine, actuelle qui exerce ce pouvoir-là, cette fascination-là ! Et qui transforme la société en un vaste marché de la séduction…
Est-ce vrai ou idiot ou indécent comme idée, comme présupposée idée. L’idéal, serait-ce de rester soi-même en s’habillant chic et choc. En un clin d’œil, se transformer, se maquiller, se faire déshabiller du regard et rester droite dans ses bottes, est-ce plausible, intéressant… ?
On a beau dire, le touch ici détrône aisément souvent le small talk. Le regard avant la parole utile…
Barbie est au centre des familles, jamais posée sur une étagère, jamais abandonnée très longtemps, elle accompagne les enfants et les moins jeunes. Quelqu’une à qui l’on peut parler, se confier – elle est attachante –, et à qui l’on donne cette possibilité de devenir, en peu de temps, l’égérie de plusieurs générations, car on en fait ce qu’on veut, on décide qui elle est, son amie, soi-même, sa sœur… mariée, célibataire….
Cette poupée est celle qui dit non à la laideur, elle éclate à la figure, elle éclabousse de cette volonté d’être à la fois belle, à la fois jeune, à la fois sans rides, à la fois très occupée. Déjà au temps où les femmes n’avaient pas la possibilité de travailler, pour Barbie, tout était possible, faisable. C’est, certes, une façon de réaliser une femme bionique miniaturisée. Ce n’est pas de la manipulation, c’est du façonnage, au même titre que les petites nanas d’aujourd’hui sont façonnées par d’autres grands méchants loups, consortium, chaînes, marques, regroupements de marketing…
Barbie a permis de pouvoir faire accéder au règne du rêve et de la séduction par le matérialisme. Etrange ? Infaisable ? Cela donne à réfléchir, à rejeter, à mettre au placard… à vilipender… Chauffeuse de bus, astronaute, dentiste, équilibriste, médecin, pilote automobile… Elle sait tout faire, elle a tous les métiers en poche, a tout entrepris, appris, tenté. Elle est la curiosité même. Elle est… Elle est… américaine ! Oui mais pas que, elle est internationale, mondialiste… traverse les époques, le temps !
Barbie ne représente pas la godiche blonde assise dans un coin, proie des machos et des sexistes. Elle n’a pas besoin des machos et des sexistes sous son regard, pour exister, ils existent déjà ceux-là… Disons qu’ils n’ont pas besoin de Barbie pour se faire une idée des femmes ceux-là ! Il y a leur mère… Ils ont dans la tête la femme parfaite (à leur sauce) éduqués par leurs mamans qui se maquillaient ou pas, trop ou pas assez, il y a les fréquentations à la con, il y a les copains et aussi les pères machos, sexistes, mal dans leur peau, à regarder par-dessous les fesses des femmes, des autres que les leurs…
Oui messieurs-dames, je l’ai découvert en baguenaudant dans les allées du musée des Arts Déco. En regardant tous les détails, les effets… les petits sacs, les chaussures, les accessoires de Barbie… une étrange attirance fait que, me voilà, au musée, pour éprouver ce que j’ai oublié au fil du temps. Il y a quelque chose d’assez envoûtant dans cette décision. Une envie précipitée aussi, quelque chose qui pousse, vous savez, en avant, un truc qui démange, monter les marches jusqu’au monde de la poupée Barbie. C’est fou, insensé, irrésistible. J’aime les petits trucs qui ne me ressemblent pas tellement. Il y a les poupées intérieures et celles, extérieures. Et comme ma résidence a pris une forme inattendue depuis le début du début, due à l’emploi du temps des uns et des autres, à un refus significatif de changer les habitudes des uns et des autres, due à plein de choses et encore plus plein d’événements. En fait cette résidence est née sous le signe de l’adaptation, la conciliation, les excès, les mines tristes, les idées toutes faites… Et oui lorsqu’on touche à l’habit, on touche à plusieurs niveaux de la compréhension, de la marge, de la pub, de la ville, de la cité, et évidemment du corps humain.
En fait, j’aime quand la vie n’est pas un long fleuve tranquille, et là je suis servie. Alors pourquoi ne pas faire un pas de côté et se dire que mon projet de résidence, né avec comme point de départ, le star système, la mini star, va tout bonnement mettre en déséquilibre ce qui étonne et bouleverse, un peu de féerie du quotidien… Mettre sous le signe de l’impertinence un petit côté posé, rangé, multicolore…

31 août 2016
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