Les mots aussi livrent bataille

Paris, Quai François Mauriac, 6 juin 2016. © SB

En mai, sur Remue.net, les lignes n’en finissent pas de bouger. Ce que vous n’avez pas encore lu paraît s’effacer de la surface de l’écran, mais le texte qui nous attend saura nous trouver. Les frontières sont là pour être franchies, les langues traduites, les certitudes hantées. Le cœur est le cœur et fait ce qu’il peut.

Dans le cahier de création, on découvre des voix, on en retrouve d’autres. On suit des histoires tissées de lumière :

- celle de l’île mystérieuse où nous accompagnons la petite fille du récit de Laurence Werner David (première partie, deuxième partie)

- celle du Maroc hivernal d’Emmanuel Ruben recueilli en carnets, dont les deux derniers épisodes complètent un cycle ouvert en mars (3, 4)

- celles des poèmes centrifuges de Khalid El Morabethi, et de celui de Sébastien Kérel, Einstein, Recoleta, où la nuit tombe

Dans le cahier de création, on écoute des mots qui sont des images, celles de la Performance poétique de Patrick Beurard-Valdoye lors d’une soirée hommage à Jean-Paul de Dadelsen à la Maison de la poésie de Paris, et dont le texte, inédit, fait partie du septième livre du Cycle des Exils.

Dans le cahier de création, on surveille les battements de son propre cœur, en lisant Exploration du flux, VI, de Marina Skalova , chronique régulière dont des épisodes précédents ont paru sur Remue.net à partir de novembre/décembre 2015.

« Le cœur pompe, chaque battement irrigue et innerve, la vie coule à travers les cellules et les tissus, les conduits et les corridors, où elle circule sans halte ni check-point ni tampons de douaniers à la frontière. Le cœur bat de joie ou de plaisir, les excitations précipitent sa cadence, les perceptions sensibles peuvent le faire tressaillir. »


Écrire pour lire, lire pour écrire encore :

La rubrique théorie, critique donne à lire un très riche entretien (en trois parties) entre Emmanuèle Jawad et Anne Kawala, qui y évoque son dernier livre Le déficit indispensable, récemment paru aux éditions Al Dante. (Entretien en trois parties : 1, 2, 3).

Jean-Claude Pinson lit Les amours Chino de Christian Prigent (POL) : « Les livres importants, on le sait, sont rarement de ceux qui se donnent facilement. »

Cathy Barreau partage avec nous de vive-voix sa belle traversée de la littérature libanaise (conférence filmée).

Dominique Dussidour nous offre avec « En route vers le roman, essai de "critique pathétique’’ », une malicieuse lettre à une jeune écrivaine, où l’on découvrira les Journaux de bord de Jack Kerouac, lus par-dessus l’épaule de Roland Barthes (l’écrivain est un animal souple).

Jacques Josse a lu le récit de Víctor del Árbol, Les Pigeons de Paris, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, éditions La Contre-Allée, ainsi que le roman d’Isabelle Flaten, Chagrins d’argent , éditions Le Réalgar et le récit de Chrìstos Ikonòmou, Ça va aller, tu vas voir , traduit du grec par Michel Volkovitch, Quidam éditeur. Trois textes au cœur desquels on devinera des lignes de rencontre : c’est le monde comme il ne va pas, et les résistances que des voix singulières inventent, ici et là-bas.

Car « les mots aussi livrent bataille ». C’est le titre de l’article que Dominique Dussidour consacre à la journaliste américaine Martha Gellhorn, dont elle a lu La guerre de face (éd. Les Belles Lettres) traduit de l’anglais et préfacé par Pierre Guglielmina. Nous lisons avec elle ces mots écrits en 1992, au Pays de Galles :
« Peut-être qu’au XXIe siècle, les gens considéreront ce siècle avec sidération et dégoût. Peut-être qu’ils seront sains d’esprit. Peut-être qu’ils penseront qu’il est plus important de préserver la planète que de détruire la vie. Peut-être qu’ils sauront quelles sont les véritables priorités. Peut-être. »

Côté Dossiers : le dossier Traduire accueille deux nouveaux textes. Nous y découvrons le fort poème de Gunnar Wærness, Un trou (bougeait comme des gens) traduit du norvégien par Anne-Marie Soulier, et les récits mobiles de Giovanna Duri, accompagnés de croquis, choisis, présentés et traduits de l’italien par Frédéric Lefebvre, textes qui ouvrent un dossier « Voix italiennes ».


Le dossier Incidences climatiques en littérature s’est ouvert en avril 2016.
Nous y publions les textes de Cécile Wasjbrot, issus du cours qu’elle a donné entre octobre 2014 et février 2015 à la Freie Universität de Berlin autour de la façon dont la littérature aborde les questions climatiques.
On l’y suivra sur les traces de Jules Verne et d’Edgar Allan Poe. (Épisode 3 et 4) : « Traquer les voies du climat dans la littérature est un merveilleux accès vers les œuvres, un merveilleux prétexte pour découvrir des textes ou relire autrement des textes déjà connus. »

Claudine Galea partage avec nous ses lectures : Les Chemins contraires de Mariette Navarro paru au Cheyne Éditeur. Science-fiction poétique ? s’interroge-t-elle, mais aussi Enfants dans le temps de Ricardo Menéndez Salmon, traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, paru aux éditions Jacqueline Chambon : « Des phrases dont la lame tranchante nous renverse, nous met sens dessus dessous. »
Et Une autobiographie allemande d’Hélène Cixous et Cécile Wajsbrot paru aux éditions Bourgois « (l)ivre d’histoire, livre d’histoires. Livre de pays et de langues, atlas poreux et sensible, manuel de passage, d’hospitalité, d’échanges et de conversation, boussole éthique ».

Jean-Marie Barnaud évoque Allegra de Philippe Rahmy (éd. de La Table Ronde). « Et le terrible, comment le signifier ? » se demande-t-on avec lui, suivant Abel, le héros et narrateur de ce récit, à travers les rues de Londres.

Philippe Rahmy, lui, n’est pas à Londres mais à Buenos Aires, où il nous emmène : « Nous sommes seuls avec Borges et tous les écrivains qui cherchent à lui ressembler, dont les livres escaladent les étagères jusqu’au plafond de verre, et ceux qui ne rêvent que d’appliquer à la lettre le conseil de Gombrowicz, peut-être plus nombreux, qui ne veulent plus vivre au royaume fantastique du Littérateur Capital, qui veulent que le langage aille vers le commun, se fasse torsion, compression, dériliction, faillite, tâtonnement, balbutiement, se fasse petit, rare comme la chance, furtif comme l’éclair. »

On suit Christian Garcin & Patrick Devresse pour cinq nouveaux épisodes de leurs « mini-fictions », dialogue texte et photographie : La gerboise (Mini-fiction 57), Les experts (56), Gastronomie (55), Les extra-terrestres (54), Gibier (53).

Les auteurs en résidence sont nombreux et actifs. Une lettre d’information leur est dédiée. On peut lire la plus récente ici même.

Enfin, la 10e Nuit remue.net aura lieu samedi 18 juin. Nous espérons vous retrouver nombreux à la bibliothèque Marguerite Audoux (Paris 3e). Nous serons heureux d’écouter lire et de rencontrer : Virginie Poitrasson, Marc Perrin, Julia Lepère, Nicolas Servissolle, Michel Simonot, Philippe Annocque, Anne Kawala, Fanny Garin, Ryoko Sekiguchi et Frank Smith.
Programme et informations pratiques.

Pour nous écrire, pour adhérer à l’association Remue.net, pour s’inscrire à cette lettre d’information ou s’en désinscrire, proposer un texte, un service de presse, nous suivre sur facebook, toutes les informations sont ici.

À bientôt !

Pour remue.net,

13 juin 2016
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