Notes #2 - (28 - 30 octobre 2015)

28 octobre 2015
Pour la première fois cette impression de renoncer à quelque chose alors que justement commencent les choses. Le doute envahissant (envahisseur propose l’appareil).
Les autorisations sont données et validées.
Il fait froid dans ce café.
Dans le miroir en face mon reflet a les yeux fatigués. Bon.
Peut-être aussi la tristesse après coup. Le mélange tout. Je mélange de tout.
Et pourtant l’envie. Ma place pour rien au monde.
Tout à l’heure je vais commencer à marcher à découvrir les lieux. Je vais être loin de la ville, pas du tout à Paris en fait, peut-être presque dans les bois ?

Arrivée à Maisse, gare RER qu’ils ne connaissent pas au guichet de la gare de Lyon
Milly-la-Forêt est tout proche. Maison du Parc (Naturel Régional du Gâtinais) toujours aussi belle, avec les pierres et le bois, la terre crue dedans sur le mur porteur traversant, pour son inertie active. Et les encadrements en métal judicieusement aux fenêtres dehors, et les crochets minuscules rythmant la façade en partie haute, bardée de bois, pour pouvoir accrocher nichoirs et refuges à insectes.
On part voir la chambre où je serai logée, le petit château des éditions Lire c’est partir. Leur bureau au second, une chambre au choix au premier.
Entre deux rdv je travaille mon texte « Anima ». Un texte (chaque fois ?) comme un lieu à part, à part entière, un territoire. Avec le cœur qui bat autrement. Approcher le féroce et le sauvage. Racler la viande pour atteindre l’os. Avec la sensation de renouer avec les sensations nettes de l’enfance, dans les montagnes, la forêt, les Cévennes. En finnois quand on crie fous-moi la paix, on dit en fait : laisse-moi être.

Avec la photographe du parc, Marie-Lys Hagenmüller, on rit tout de suite, elle pétille. Direction la carrière, la seule et unique encore en fonction. Le soleil se couche, c’est magnifique dans les arbres. Beaucoup d’hommes au travail, deux à la taille et tous les autres aux pavés. C’est curieux de s’inviter là. Le sablon est ocre roux, la pierre est très claire.
Arrive le patron, d’abord silencieux et attentif, puis plus tard tout à fait bavard, passionné. Il me montre, le grès est une pierre non gélive qui marque le fer : la pointerole (sorte de gros clou) raclée sur la pierre part en étincelles et s’use.

La nuit chez Lire c’est partir. Vincent Safrat arrive en même temps que je descends me préparer une soupe lyophilisée. Arrivent ses amis, dont le projet est Bleu Blanc Zèbre chez Alexandre Jardin. Ils produisent de la litière pour chat, biodégradable et à base recyclée de cellulose, et des cercueils en cellulose également, spécial incinération. Pour ne pas gaspiller d’arbre. Je trouve ça plein de panache. Ils étaient il y a une semaine au Pendedis, minuscule village de quelques habitants où j’allais à l’école avec 9 autres élèves. Le truc improbable avec l’accent du midi.

29 octobre 2015
Rencontre à Évry, dans les locaux de la BDP, bibliothèque départementale de prêt, celle qui fournit les autres bibli. Et après avoir longuement discuté développé déroulé envisagé le programme et les actions, je découvre les deux bibliobus. Le plus gros serait le plus approprié car il a plusieurs tables-tablettes.

Lire, lire et lire, une fois rentrée, les feuillets, thèses, documents, livres, brochures sur les carriers et les carrières de grès dans le gros dossier que m’a préparé Amélie, mon ange gardien du Parc. Nous avons convenu que j’aurais deux anges gardiens, elle et Marie-Pierre de la BDP.

À 23 h 10 cette idée nouvelle, simple, je me dis : j’expérimente. Je constate à la fois les dégâts de la peur et, si je ne lui laisse pas tout pouvoir, sa limite, ses bords, là où elle s’arrête et où c’est moi qui reprends la main : mais je l’emmerde tiens, justement je l’emmerde. Non, mais.

30 octobre 2015
Les filles en short aux jambes croisées ont souvent de jolies cuisses, me dis-je attablée au café avant de reprendre le train.

12 janvier 2016
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