Rencontre avec Milomir Kovacevic

Dans son travail Sarajevo dans le cœur de Paris, Milomir Kovacevic photographie les objets que des personnes originaires de Sarajevo ont apportés dans leur exil à Paris. Chacun écrit, pour accompagner sa photo, un texte qui raconte l’histoire de cet objet et en quoi il le rattache à la ville qu’il a dû quitter.

On en apprend davantage sur l’histoire des Balkans, sur l’exil du photographe, ses rencontres, ses projets. Comment il crée des liens avec ceux qu’il interroge, et comment ces liens se ressentent dans son travail. Les élèves font aussi la lecture au photographe et présentent leurs propres images, accompagnées de textes écrits en atelier.
Explorer, ensemble, le hors-champ des photos. Ce qu’on ne voit pas mais que l’image appelle.


C’était une journée spéciale. Il fallait se déguiser pour l’école. Ma mère et moi avions choisi une jolie robe de princesse. Je tenais dans ma main une baguette magique et j’avais une couronne sur la tête. J’étais assez timide.
Nous étions tous dans la cour de l’école avec nos déguisements. Cette journée fêtait notre dernier jour à la maternelle. La maîtresse nous a donc pris en photo, pour que l’on se souvienne de ce jour. À mes côtés se trouve une de mes amies.
Cette photo me rappelle le début de notre amitié, l’emménagement à Noisy-le-Sec. Je me souviens des cartons et des sacs dans notre nouvelle maison. C’était la première fois que je voyais la ville.
Cette photo me rappelle également que c’était la fin de quelque chose, comme aujourd’hui. Bientôt, on aura fini le lycée, enfin pour certains, et on commencera autre chose. Une vie d’adulte.

Ahuva


Des souvenirs. Ils nous guettent. Et souvent, quand le présent n’est plus à la hauteur du passé, la nostalgie naît et fait place aux quelques images qui nous entraînent parfois... plus bas. Et qui nous rappellent à quel point on aimerait y revenir. Même si cela ne dure qu’un instant.

Inès


J’ai fait une photo de moi car je suis peut-être la meilleure reproduction de mon père. J’essaie de reproduire une photo que j’ai en tête, c’est pour cela que je propose une représentation purement imaginaire. J’aurais pu mettre ma photo en noir et blanc, ajouter une perruque afro, une chemise et un pantalon pattes d’eph, mais je ne l’ai pas fait. J’ai seulement pris une photo de moi dans un contexte que j’ai essayé de reproduire d’après ce dont je me rappelle. Une perruque, un trottoir, des voitures.
Quand je regardais la photo, je me moquais de cette coupe afro qu’avait mon père et j’enviais en même temps ce moment, ces années où il semblait ne pas y avoir de problèmes. Il était jeune à ce moment-là, beaucoup plus que moi aujourd’hui.
Peut-être qu’à ce moment-là, il ne connaissait pas encore ma mère. Peut-être qu’à ce moment-là, je n’existais pas encore. Il n’avait jamais été question d’écrire un jour ce que j’écris à cet instant.
À ce moment-là, il ne me connaissait pas, sûrement.
Peut-être que tous ces peut-être que j’emploie marquent mon incertitude, ou peut-être qu’ils m’aident à imaginer ce qui se passait vraiment. Peut-être.

Josué


J’écris sur une feuille blanche avec un stylo noir, symboles de la pureté de notre relation simple et fusionnelle. Auparavant, j’aurais sûrement écrit avec un stylo rouge sur une feuille de classeur, symboles d’une prison et de la haine sanguinaire que j’avais à son égard. Pourquoi ? Parce qu’elle ne me connaissait pas. Elle ne me reconnaissait plus comme le bébé qu’elle avait enfanté, celui qu’elle tient dans ses bras tout près de son visage.
J’étais de ces personnes qui se noient dans leurs identités.

Marie-Julie


Cette photographie représente une scène de ma vie. Mon frère et moi sommes très proches, nous aimons les mêmes choses et cela crée une compétition perpétuelle entre nous. Le dessin est notre passion. Mon frère a toujours dessiné, tout comme moi. Il voulait continuer dans cette voie mais, malheureusement, par la force des choses, il n’a pas pu. Moi, je continue dans cette même voie, espérant réaliser mon rêve et ainsi poursuivre le sien. Récemment, il m’a dit une phrase banale mais qui m’a marqué : "Je suis fier de toi". Sans lui je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui.

Mehdi

On échange sur les images du photographe et sur celles des élèves. Comment les mettre en scène ? Comment les faire fonctionner avec le texte, sans que l’un illustre l’autre, le répète ? Confrontations, recherches — et si on faisait un film ?
La rencontre avec Milomir Kovacevic aura ouvert bien des pistes.

Extraits de l’atelier d’écriture du 16 janvier 2012.

Photographies et dessins de : Ahuva, Inès, Josué, Marie-Julie, Mehdi, Zoé.

Merci à Milomir Kovacevic, Michel Christolhomme et Malika Barache de la galerie Fait & cause, et bien sûr à Didier Vignon, professeur d’arts plastiques et à la classe de première L. du lycée Olympe de Gouges.

2 mars 2012
T T+