Sereine Berlottier et Pierre Drogi en dialogue à propos de Louis sous la terre, éditions Argol.



Le jeudi 21 janvier, à 19h30, la librairie Texture (Paris 19ème) recevra Sereine Berlottier autour de son dernier livre, Louis sous la terre (éd. Argol), pour une conversation animée par Pierre Drogi et des moments de lecture. Avec la présence de Catherine Flohic, éditions Argol.

Librairie Texture :
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Sur Louis sous la terre {{}} notes de lecture, échos : Ludovic Degroote sur Poezibao, entretien avec Florence Trocmé sur Poezibao, Jacques Josse sur Remue.net, Angèle Paoli sur Terre de femmes, Claro sur le Clavier Cannibale, Philippe Aigrain en son Atelier de bricolage littéraire.

Pierre Drogi sur Remue.net. et sur Poezibao.


Un extrait

Ainsi, nous ne sommes pas sortis d’un ventre vivant et aucun bras ne s’est tendu vers nous pour nous prendre, nous réchauffer et nous berçant nous souhaiter la bienvenue.
Ainsi, nous étions, du début à la fin, seuls et nus comme des insectes, et pourtant nous marchions ensemble, nous avancions ensemble, respirant, déhanchés, et nos bras se tendaient, se heurtant, affolés d’avoir cru à du bonheur possible.
Ainsi, nous succombions parfois à d’étranges transes dont il ne restait rien qu’un peu de rouge pilé dans le haut de la feuille.
Ainsi, ni mâles ni femelles, ni petits ni grands, ni prêtres ni guerriers, ni courageux ni lâches, et pas même comptés, si nous ne rentrons pas.
Ainsi, la peur est notre maison. Nous partageons sa couleur. Nous la versons dans de grandes bassines où notre œil s’enlise, et nous tournons avec d’immenses cuillères et infiniment de douceur.
Ainsi, sans savoir où aller, et sans chercher à en revenir.
Ainsi, avec ces lianes charbon qui sont tout ce qui nous fut donné comme corps, bras écartés, jambes écartées, et ce nombril comme un clou planté dans le centre.
Ainsi, c’était la guerre. Nous avions entendu résonner les tambours. Nous étions nés dans l’orbe d’un feu qui s’éteint.
Ainsi, c’était la nuit, vaporisée et vibrante, éclaboussures. Dieu avait oublié nos oreilles, nous ne répéterons pas la fin de l’histoire.
Ainsi, nus sous la lune, clouée.
Nous étions venus des doigts d’un aveugle qui massait notre âme avec fureur, mais nous n’avons rien su de son corps, bien qu’il fût nu, aussi.
Nous allons périr sur les chemins. Mais aucun de nous ne prend le même chemin. Nous ne nous tiendrons pas la main. Nous ne rapporterons pas le récit. Un œil coule, quelqu’un compte nos doigts peut-être, à quoi bon. Souplesse. Nous dansons dans un cercle rouge, simplifiés, nocturnes. Nos cheveux lents plongés vers la terre.
Ainsi, nous avons soif de tant de chants frappés sur le sol, et c’est pourquoi il nous arrive encore de lever la tête en cherchant, lèvres écartées.
Face, dos, profils.
Refermant la bouche pour que la feuille ne nous dévore pas.
Puisque tout nous traverse.


11 janvier 2016
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