Anapes vertibles gigognes, est un texte extrait d’un livre en cours d’écriture (Monologues collectifs) qui a été mis en ligne sur le site Action writing.
A paru intéressant en termes de poétique, et de cassage de gueule des stéréotypes, de lui adjoindre V.L. par Virginie Lalucq, texte figurant dans le numéro 2 de la revue annuelle "Formes poétiques contemporaines".
Dans celui-ci, Jan Baetens rend compte d’un premier livre très remarqué "Couper les tiges" paru en chez Comp’Act en 2001. On sait qu’une lecture d’extraits dans la Polygraphe de textes de Virginie Lalucq a engendré Fortino Samano les débordements du poème avec Jean-Luc Nancy, chroniqué ici-même.
Ronald Klapka
1. Du moment que tu n’as pas s. ou c. pour obtenir cette b. tu peux t’estimer heureuse, du moment que tu peux t’estimer heureuse, estime-toi le, joindre l’u. à l’a. n’est malheureusement pas possible dans nos métiers, si tu c. tu seras déshonorée et spoliée de la valeur m. de ton t. (du latin lium) et tu ne connaîtras que railleries, critiques et quolibets, jusqu’à l’ultime punition (d., cela s’entend.) ; un conseil, donc - si tu désires privilégier une certaine q. dans ton existence t. : évite de coucher avec des poètes m.
2. Les poètes-f. parlent mieux d’érotisme que n. - leur érotisme est d. délicat, je ne parle pas de celles qui se frottent contre les p. mais bien de celles qui savent se tenir à leur pl. et bien que je sois un grand f. n’oublie pas que j’ai créé un zoo à l’effigie des poètes-f. et que je m’en enorgueillis à chaque émission t. ne l’oublie pas veux-tu et tiens-toi plus tranquille ou alors adopte une solution de prudhypocrésie à la Mme de Maintenon mais tais-toi je t’en conjure c’est à moi que revient la parole veux-tu b. ne plus frotter ton s. contre les pierres, s’il-te-plaît - d. délicat, je te dis ! Et recouds-moi ce bouton, plus vite que ça !
3. Ne seriez-vous pas un tantinet une f., par hasard ? Non, rien à voir avec votre voix au t., je disais ça parce que je trouvais que vous étiez un peu plus n. que la moyenne et que, bon, je vous refais pas le coup de S. mais j’en déduis tout de même que vous êtes une f. et que vous allez payer pour à peu près l’ensemble des individues qui osent me demander ce que je ne leur demande pas, non je ne généralise pas, non, ne vous a-t-on pas appris jeune-f. (si l’on en croit les statistiques, il y avait une probabilité sur 1,5 que vous soyez vous) à vous plier à mes d. et à ne rien exiger en r. ? Vous devriez pourtant ! Vous avez besoin de r., ça se sent trop, c’est inhérent à votre c. mais si je vous assure, c’est flagrant, toutes les f. p. procèdent ainsi avant vous.
4. Combien vos a. se portent-ils j’aimerais savoir combien d’a. se portent et se déportent autour de vous j’aimerais savoir rien que pour le plaisir de l’a. J’aimerais vraiment savoir : combien combien en a. tu ? A. une réponse à mes doutes ; es-tu du genre m. ou du genre p., je veux savoir combien combien, veux-tu bien.
5. Flottaison. Quelques pêches trois fois rien. Quelques pêches trous fois rien. Défaut de visibilité ? Manque de confiance en soi ? C’est de la prose ou de la poésie ?
6.7.8.9. Je n’écris pas très, très, très bien. La poésie pour moi, c’est juste pour m’amuser. J’écris moins bien que W. mais il adore gagner. Et puis après, on parle d’autre chose... Mon succès, moi, c’est après le match ! Il me trouve gaie ! C’est pour ça que je porte des stylos. D’ailleurs, j’en ai plusieurs. Bille, pointe, plume. Existent dans tous les coloris mode. La souplesse et le maintien d’un stylo inédit m’encouragent. Seulement parfois je m’emballe un peu trop, parfois j’en oublie que j’écris juste pour m’amuser : heureusement W. est là pour me faire ralentir mon allure et me remettre dans le droit chemin ! Quelques lignes d’un érotisme discret - bon ton, bucolique même, mais sans masturbation intellectuelle, de préférence
et me voilà sauvée de mes pires excès
[Tout feulement sera sévèrement réprimé par la Loi]
10. J’arrête le string, j’arrête la mixité, j’arrête tout.
Toute une vie sportive.
Ce texte est extrait d’un livre en cours d’écriture ( Monologues collectifs), dont deux extraits sont déjà parus dans la revue Java [2] . Ces monologues sous-titrés Femmes, travail, patrie [3] dialoguent cependant entre eux (d’où leur caractère collectif) en ce qu’ils tentent de dire du monde contemporain et notamment du monde du travail pris au sens large du terme. Monologues collectifs est une manière de Dictionnaire des idées reçues de l’époque. Des dispositifs prosés, des condensés de paroles (qu’on a pu entendre ou lire) restituées telles quelles ou remixées, remontées : des monolangues (à savoir : une langue propre à chaque monologue avec ses caractéristiques lexicales et stylistiques).
Anapes participe de ce souci [4] . Ainsi je voulais trouver une forme adaptée à ce « travail, bien, féministe » qui ne soit pas trop lourde, le risque en la matière étant que ce type de texte soit immédiatement catalogué de paranoïaque ou d’hystérique [5] à peine lu. Voire d’exagéré. Pourtant, il fut bien question de remettre en cause la mixité, en 2003 je vous assure réveillez-vous sinon je pends le DJ. Tout ce que j’écris. Soyons précise ce texte est une promotion anapée vertible gigogne en 3 X 3 + 1 points. fut dit. II faut bien joindre l’utile à l’agréable. Salope. C’est quoi ce langage de charretier ?
On a pu dire que ce texte ne ressemblait à rien. En effet, on peut de prime abord se demander pourquoi vouloir à ce point déséquilibrer la jolie musique des phrases et perturber par là même leur sens ? Beaucoup de mots sont coupés (qu’ils soient tronqués d’une lettre - anapes, d’une syllabe -vertible ou réduits à une simple initiale - l’u. à l’a.). Mais il ne s’agissait pas d’écrire un texte à trous. Car si le texte est ironique,il est didactique avant tout. D’où sa forme inspirée des exercices de langue. Le lecteur est mis à contribution pour éventuellement restituer les mots manquants et de fait le sens du texte mais celui-ci peut très bien se lire littéralement, il n’en perdra pas pour autant sa dimension critique, en sorte que plusieurs niveaux de lecture coexistent. Selon le degré de misogynie ou le caractère joueur du lecteur -de la lectrice potentiel(le), le texte pourra alors rester lettres mortes ou bien exister avec les ambiguïtés qu’il ménage (plusieurs initiales se recoupent). Formellement la logique syntaxique permet de pousser à bout les logiques misogynes jusqu’à l’absurde, pour mieux les désarçonner (« Du moment que tu n’as pas s. ou c. pour obtenir cette b. tu peux t’estimer heureuse, du moment que tu peux t’estimer heureuse, estime-toi le » ou encore « ne vous a-t-on pas appris jeune-f (si l’on en croit les statistiques, il y avait une probabilité sur 1.5 que vous soyez vous) ») et les attelages fréquents tentent de rapprocher des éléments pas si hétérogènes que cela à bien y réfléchir (« J’arrête le string, j’arrête la mixité, j’arrête tout »). Le lexique est celui de leurs auteurs, ils n’engagent donc qu’eux [6]. Ce qui est extrêmement vulgaire pour une femme.
D’où une série de clichés du féminin, qui sont ici exploités filés démontés à la manière d’un rubycube, soit : -les femmes et l’érotisme (elles en parlent mieux que nous), les femmes sont délicates (voilà pour quoi), la jeune-fille est plus narcissique que la moyenne (elle a davantage besoin de reconnaissance que nous) les femmes aiment le tennis [7] (mais juste pour m’amuser). Toute une vie sportive.
D’où la boxe. Et la masturbation intellectuelle abusivement pratiquée ici.
[1] Le lecteur non-my. pourra éventuellement reconstituer le sens de ce texte s’il le souhaite en utilisant la liste des mots manquants ci-dessous. Le lecteur-j. pourra néanmoins chercher tout seul comme un g. délicat (x2), terrestre, as, sexe, Socrate, nous, couches, reconnaissance, polygame, retour, masculins, pierres, utile, homme, bourse, télé, même, pieu, femme, quiétude, pute, condition, téléphone, couché, apporte, fille, agréable, anecdote, place, femmes (x3), travail, bien, féministe, poètes, divine, sucé, narcissique, désirs, amoureux , monogame, anecdote, amants.
[2] « Je change de place » et « (Faire fonction de) » in Java n° 25/26, automne 2003.
[3] Sous-titres que l’un retrouve dans le texte selon l’ordre suivant : A. Femmes B. Travail-patrie.
[4] Comme les textes d’Andrée Barret (« Le cerveau des femmes », Cahier de la Biennale Internationale de poésie en Val-de-Marne, n° 29 octobre 2002 p. 7-10) ou Oscarine Bosquet (« Au tout début ils étaient deux », Action poétique, n° 171, mars 2003, p. 25-28). Ou encore le numéro spécial de la revue Action restreinte (n° 4, mai 2004). (Trans)fusion des genres.
[5] Et pas forcément par des hommes !
[6] Pour les réclamations, contactez mon stylo (référence : PILOT 2020 Super Grip) ), la rédaction transmettra.
[7] Ce texte est un pastiche d’une publicité pour des sous-vêtements féminins. qu’on a transposé du domaine sportif à celui de l’écriture.