Ils sont cinglés, les mecs qui m'ont fait ça

Emmanuel Ledru


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J'ai vingt trois ans, ça fait cinq ans que je suis dehors. Depuis que mes parents sont morts.

Mes parents sont morts dans un accident de voiture. Je suis de Châlons-en-Champagne, Châlons-sur-Marne, mes parents étaient au chômage depuis un an. Terrible, l'accident de mes parents, et puis le loyer qui n'était pas payé, alors, j'ai dû partir. J'ai pris le train et voilà, Nancy.

J'étais à droite à gauche, en foyer, ça me plaisait pas alors je partais. Toujours on se fait voler, tu poses ton pantalon sur le lit et deux minutes après y'a plus rien. A la gare du Nord à Paris, cent cinquante francs, c'est des mecs qui m'ont volé mon argent. Je zonais, je dormais dehors. Quatre hivers d'affilée j'ai dormi. Quatre hivers dehors en dessous des ponts, un pont.

J'avais froid, la peur aussi, la peur surtout.

Parce que quand on dort, il y en a, ils m'ont fait des vacheries en foutant le feu à ma jambe. Ma jambe là, brûlée au troisième degré, des greffes. Il était vers minuit, je dormais dans une rue à Mirecourt, à Mirecourt sur un banc public et ils ont mis de l'essence sur ma jambe, enflammé pendant que je dormais. Ils sont cinglés les mecs qui m'ont fait ça.

De temps en temps je fais la manche à Tomblaine. Tout le temps tout seul dans la rue, tout seul. Avec dans les poches : zéro, regarde le porte-monnaie : vide. J'ai rien, je touche rien. Je fais la manche avec ça, une petite boîte en fer. Les gens dans la rue, ils te regardent d'un air : Tu peux crever, t'es un clochard, rien à foutre.

J'aimerais bien m'en sortir. Pour oublier, parce que marre. Oublier mes problèmes.

Etre tout seul, j'ai le trac.