TCHEKHOV – LE CHARME ABSOLU
Pourquoi Tchekhov nous atteint-il, encore, en plein
cœur ? Pourquoi
ses personnages emportés dans leurs tourmentes familiales et
leur faillite financière nous font sourire ou pleurer ? Pourquoi
la prose de Tchekhov, cent ans après sa disparition, est-elle, à chaque
relecture, un enchantement ?
Cent ans déjà qu’il s’est éteint… toujours
aussi modeste, toujours aussi sur la réserve, persuadé qu’il était
un homme comme un autre, un vagabond des pays de l’âme
et non un créateur et encore moins un artiste ou un écrivain.
C’est sans doute ce sens du bien commun, du tissu intellectuel
qui nous unit tous dans un monde sensible, fragile, si fragile qui
risque toujours de basculer, de s’évanouir à tout
jamais qui nous rend si tendus émotionnellement à chaque
fois que nous écoutons Tchekhov au théâtre, à chaque
fois que nous lisons une page de Tchekhov.
France Culture, en guise de cadeau de Noël à ses auditeurs,
vous propose un voyage géographique, théâtral,
sentimental, littéraire dans les contrées inexplorées
et peu connues de l’œuvre de Tchekhov.
Catherine Lemire réalise un vœu que seul le père
Noël peut nous donner : elle nous permettra d’entendre les
mystérieux et si beaux contes de Noël et du Nouvel An ;
Julie Brochen nous emmènera chez Oncle Vania ; Jean-Hugues Berrou
est parti sur les traces de Tchekhov à Sakhaline ; Joëlle
Gayot a suivi pendant des semaines le travail de préparation
de Jacques Lassalle à la Comédie-Française sur
Platonov ; Jean Daive a revisité avec des archives prestigieuses
et les regards contemporains de Sacha Pitoëff, Jean Vilar, Tania
Balachova, Michel Simon et tant d’autres, l’œuvre
de ce géant mi Dieu mi Diable qui a passé sa vie à la
risquer tant dans ses explorations de la réalité que
dans l’art d’écrire.
Laure Adler
du dimanche 28 décembre
au vendredi 9 janvier 2004
Dimanche 28
décembre 14:00 - 15:58
FICTION
Oncle Vania d’Anton Pavlovitch Tchekhov
Traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan
Mise en scène de Julie Brochen
Réalisation : Brigitte Mazire
Enregistré au Théâtre de l'Aquarium le 6 juin 2003
«
Splendide (prekrasny) est le mot clé d’Oncle Vania mais il répond
au mot vulgaire, banal (pochly) et tout l’effort des uns pour vivre selon
la beauté du monde s’enlise dans la banalité, cependant
que les autres la détruisent en tenant des discours d’esthètes.
(…) que la révolte s’exprime en termes splendides par leur
banalité et que la réponse s’exprime en termes vulgaires
par leur splendeur même, c’est ce qui fait que la pièce
nous parle, dit notre vérité, maintenant. Ces personnages jetés
là, ils sont prisonniers, comme nous le sommes, d’un jeu faussé.
Nous voulons, comme eux, échapper à ce jeu faussé et nous
ne faisons que tisser plus étroitement les liens qui nous lient à ce
que nous refusons. »
André Markowicz et Françoise Morvan
Avec Jeanne Balibar (Eléna Adréevna), Pierre Cassignard (Mikhaïl
Lvovitch Astrov), Julie Denisse (Sofia Alexandrovna), Bernard Gabay (Ilia Ilitch
Téléguine), François Loriquet (Oncle Vania), Nathalie
Nerval (Maria Vassilievna Voïnitskaïa), Jean-Paul Roussillon (Alexandre
Vladimirovitch, Sérébriakov), Maryseult Wieczorek (Marina).
Dimanche 28 décembre 16:00 - 18:28
REDECOUVERTES
Les mystères de l’instant
Tchekhov et la musique (1ère diffusion : 21 octobre 2001)
par Laetitia Le Guay
«
Cette fine, à peine perceptible beauté de la douleur humaine… seule
la musique semble savoir l’interpréter » A. Tchekhov
Une valse au piano, quelques notes de guitare, une mélodie que l’on
fredonne, la musique est très présente dans le théâtre
de Tchekhov. Elle affleure aussi, sans cesse, dans ses nouvelles. Car Tchekhov
aimait la musique : celle de Rachmaninov, avec qui il s’est lié d’amitié,
celle de Tchaïkovski, avec qui il a correspondu, et à qui il a
dédié un recueil de nouvelles.
Ce sont tous ces aspects méconnus, les rapports de Tchekhov et de la
musique, qui sont évoqués, sans oublier l’utilisation de
ses textes par des compositeurs de Rachmaninov dans ses mélodies jusqu'à Peter
Eötvös dans son opéra Trois sœurs.
Avec la participation d’André Marcovicz et Françoise Morvan,
de Peter Eötvös, du musicologue André Lischké.
Textes de Tchekhov lus par Alain Carré.
Du lundi 29 décembre au
vendredi 2 janvier 2004 11:02 - 11:22
FICTION
Contes de Noël et du Nouvel An de
Tchekhov
Réalisation : Catherine
Lemire
Un homme qui, le soir de Noël après avoir conversé avec
l'au-delà lors d'une séance de spiritisme, trouve un cercueil
chez lui ; un colonel séducteur, bloqué par une tempête
de neige une nuit de Noël, qui trouve refuge dans les bras de la femme
de son hôte providentiel ; un mari sommé par une épouse
acariâtre d'aller présenter ses voeux de Nouvel An aux parents
et amis ; des invités pressés de trinquer à la nouvelle
année qui avancent les aiguilles de l'horloge pour faire sonner les
12 coups avant l'heure... Parmi les quelque 250 nouvelles que le jeune Anton
Tchékhov a écrites, de 1880 à 1887, dans des revues ou
journaux, plusieurs l'ont été à l'occasion de Noël
et du Nouvel An, et résonnent singulièrement en cette semaine
de fêtes. Très brefs ou plus longs, anecdotiques ou mélodramatiques,
cocasses ou morbides, ces contes dessinent avec une sorte de détachement
mi-triste mi-amusé un monde empreint de noirceur qu'aucune réjouissance
présente ou à venir ne vient adoucir, et composent une inquiétante « comédie
humaine ».
Lecture par Jean-Luc Porraz et Jean Lescot.
Du lundi 29 décembre au
vendredi 2 janvier 2004 11:30 - 11 58
MEMORABLES
Tchekhov et l'expérience théâtrale
Réalisation : Clotilde
Pivin
Au fil des générations, le théâtre de Tchekhov a
fasciné un très grand nombre de comédiens et de metteurs
en scène - de Stanislavski à Éric Lacascade. Chacun a
sans doute pu rendre à sa façon la complexité, la richesse,
le tragique de la vie racontée par l'auteur des Trois sœurs,
de la Mouette, de la Cerisaie ou de Platonov.
Lundi 29 décembre : Autour de Sacha Pitoëff avec Ludmilla Pitoëff
et la voix de Michel Simon
Mardi 30 décembre : Tania Balachova
Mercredi 31 décembre : Jean Vilar
Jeudi 1er janvier 2004 : Antoine Vitez et Claude Régy
Vendredi 2 janvier 2004 : Marina Vlady et Bruno Bayen
Du lundi 29 décembre au vendredi 2 janvier
2004 17:02 - 17:27
A VOIX NUE
Tchekhov et l'expérience théâtrale
Réalisation : Clotilde Pivin
Le théâtre fondamentalement musical de Tchekhov a inspiré un
grand nombre de metteurs en scène contemporains. Monter Tchekhov
est une expérience incontournable voire indispensable.
Lundi 29 décembre : Jacques Lassalle, metteur en scène
Mardi 30 décembre : Georges Lavaudant : metteur en scène
Mercredi 31 décembre : Éric Lacascade, metteur en scène
Jeudi 1er janvier 2004 : Roger Grenier, écrivain
Vendredi 2 janvier 2004 : André Markowicz et Françoise
MorvanDu lundi 29 au mercredi 31 décembre 22:30 - 0:00
SURPRIS PAR LA NUIT
Tchekhov à Sakhaline
par Jean-Hugues Berrou
En avril 1890, Anton Tchekhov se lance dans un voyage démesuré.
Alors que le transsibérien n’existe pas encore, il mettra
plus de deux mois pour rejoindre l’île de Sakhaline, à 10
000 kilomètres de Moscou. Pourquoi ce voyage vers le plus isolé des
bagnes russes ? Pour témoigner des conditions de vie des détenus
déportés par les Tsars ? Pour fuir vers un « plus
loin possible » ?…
Le photographe Jean-Hugues Berrou et le dessinateur Pascal Rabaté sont
partis explorer cette part d’ombre dans la biographie de Tchekhov.
On y rencontrera des paysans, des historiens, des nostalgiques du communisme,
d’anciens déportés, des Nifx et des Bouriates,
ces peuples « assimilés » de l’Orient sibérien.
Au fil des lectures et des entretiens, le quotidien de la Russie contemporaine
s’ouvre peu à peu sur le temps complexe de la mémoire.
Jeudi
1er et vendredi 2 janvier 2004 22:30 - 0:00
SURPRIS PAR LA NUIT
par Joëlle Gayot
Réalisation : Anne Fleury
- Jeudi 1er janvier 2004 : Platonov, de Tchekhov
: la tentation du théâtre
Avec Platonov, le jeune Anton Tchekhov
découvre le théâtre.
L’auteur n’a pas vingt ans mais l’ensemble de son œuvre
dramatique est posé dans cette première pièce.
A la Comédie-Française, Jacques Lassalle met en scène
Platonov, dans une nouvelle traduction de Serge Rezvani, restituant,
du coup, à la pièce l’intégralité de
son titre : Platonov ou le fléau de l’absence des pères.
Si de nombreuses coupes ont été effectuées, elles
ne portent néanmoins pas sur la structure du texte, conservée
dans sa totalité. C’est au cœur du processus de création
que nous nous introduisons. Des sous-sols de la Comédie-Française
(la Salle Escande) au grand plateau de la Salle Richelieu, le spectacle
se fabrique, jour après jour, heure après heure. Jacques
Lassalle qui, pour la première fois en France, met en scène
une pièce de Tchekhov, est le maître de ce processus.
Séances de coupes, répétitions, filages : les
scènes résonnent, différentes, sculptées
mot à mot par les acteurs. Un travail en cours d’élaboration,
un work-in-progress dont nous ferons entendre les étapes.
Sur les traces de Platonov, dans les pas d’un Tchekhov s’essayant
au théâtre, « tentant » le théâtre,
nous croisons la route de quelques-uns uns des protagonistes : Jacques
Lassalle, metteur en scène et les comédiens, Clotilde
de Bayser, Muriel Mayette et Denis Podalydès.
- Vendredi 2 janvier 2004 : Oncle Vania, de Tchekhov : le théâtre
accompli
En mettant en scène Oncle Vania, Julie Brochen choisit le Tchekhov
de la transition. Celui qui, après les pièces de jeunesse,
s’engage vers un théâtre plus accompli et plus soutenu.
Oncle Vania clôt un cycle qui court de Platonov à l’Homme
des bois et ouvre une nouvelle période dans l’écriture
tchékhovienne. Suivront, ainsi, la Mouette, les Trois Sœurs,
la Cerisaie. Créé la saison passée, le spectacle
est repris au Théâtre de l’Aquarium. C’est
dans ce lieu, dont elle assume la direction, que nous reçoit
Julie Brochen. Après avoir suivi le pas à pas de Jacques
Lassalle, précédant la création à la Comédie-Française
de Platonov, nous nous tournons vers une autre parole : celle d’une
autre génération, plus jeune. Julie Brochen, metteur
en scène, raconte ainsi son Tchekhov. L’auteur n’est
plus dans la tentative. Il maîtrise désormais le théâtre.
Nous ne sommes plus dans la fabrication et le work-in-progress. Nous
sommes, cette fois, sur l’autre versant. Le spectacle n’est
pas en devenir. Il existe.
Retour sur une création, avec Julie Brochen.
Nuits du mercredi
31 décembre, jeudi 1er et vendredi 2 janvier 2004 1:00 - 6:00
NUITS DE FRANCE CULTURE
«
(…) est passé un homme grand, intelligent, attentif. Il
a jeté un regard sur ces mornes habitants de sa patrie et, déchiré de
désespoir, sur un ton de doux mais profond reproche, il a dit
avec un triste sourire, d’une belle voix sincère : « Que
vous vivez mal, messieurs ! » » (Maxime Gorki)
Né en 1860 à Taganrog, petit port de la mer d’Azov,
Tchekhov gardera de son enfance et de son adolescence passées
là-bas un souvenir amer. Ce fut une enfance douloureuse parmi
des gens grossiers, ignorants, imperméables à toute notion
de beauté, de justice ou de pureté. Son père,
Pavel Egorovitch, est épicier. Fils de serf, à peu près
analphabète, il consacre une grande partie de son temps au chant
(il dirige un chœur religieux), à la musique (il a appris à jouer
seul du violon), à la peinture (il peint des icônes).
Fanatique religieux, c’est un despote familial. Tchekhov vit
dans la terreur du père et se demande chaque matin : « Serai-je
battu aujourd’hui ? ». Sa mère, Eugénie Iakovlevna,
est une créature douce et passive, pieuse et tendre, maltraitée
par son tyran de mari. La vie des enfants Tchekhov (Anton a quatre
frères et une sœur) est rude : ils passent à la
boutique paternelle tout le temps laissé libre par le lycée
et l’église. A. Tchekhov dira : « Je n’ai
pas eu d’enfance… J’étais un prolétaire… Nous
nous sentions de petits forçats… Notre enfance a été empoisonnée
par des choses terribles… ». Il demeurera pourtant intimement
lié à sa famille et à ses parents qu’il
juge « admirables ». Quand son père, ruiné,
est obligé de quitter Taganrog pour aller s’installer à Moscou
avec femme et enfants, le jeune Anton, âgé de seize ans,
reste seul dans sa ville natale pour terminer le lycée. Pendant
trois ans, il donne des leçons particulières pour survivre.
Une fois bachelier en 1879, il part rejoindre les siens à Moscou.
La vie y est très difficile pour les Tchekhov. Anton devient
le chef de famille et organise la vie de chacun. Il s’inscrit à la
faculté de médecine. Pour subvenir aux besoins de sa
famille, il donne des cours, fait de petits travaux journalistiques
et ses premières tentatives littéraires. Il reste indifférent à l’agitation
révolutionnaire qui bouleverse la société russe.
En 1880, son premier récit paraît dans un journal humoristique.
Il utilise alors le pseudonyme d’Antocha Tchékhonté.
De 1880 à 1887, il va collaborer à plusieurs revues humoristiques.
En 1884, il achève ses études de médecine. Il
connaît soucis d’argent, soucis familiaux, soucis de santé.
Il est victime de sa première hémoptysie. En 1886, il
acquiert la célébrité avec un recueil de nouvelles,
les Récits bariolés, qu’il signe A. Tchekhov. Il
devient le collaborateur du journal Temps nouveau, de tendance conservatrice.
Cette collaboration marque le début d’une longue amitié orageuse
avec Alexis Souvorine, le directeur de cette publication. Tchekhov
continue à écrire régulièrement des nouvelles
et travaille à ses premières pièces : Ivanov en
1887, Oncle Vania en 1890. En 1890 également, il part pour le
bagne de Sakhaline afin d’étudier une institution qu’il
juge scandaleuse. En 1893, il publiera son témoignage l’Ile
de Sakhaline à la place de sa thèse de médecine.
En 1891, il part visiter Vienne, Venise, Florence, Rome, Naples et
Paris. En 1892, il achète une propriété à la
campagne, Melikhovo, où il s’installe à demeure
avec sa famille. Il y exerce la médecine tout en continuant
d’écrire. Il est le témoin de la difficile condition
des paysans. En 1895, il rend visite à Tolstoï dans sa
propriété de lasnaïa Poliana. Les idées de
Tolstoï auront une grande influence sur lui. En 1897, atteint
d’une très grave crise d’hémoptysie, il se
voit contraint de partir pour Yalta, en Crimée, où il
achète, un an plus tard, une maison dans laquelle il passera
le plus clair de son temps jusqu’à sa mort. Il écrit à la
fin de sa vie les trois pièces qui le consacrent grand dramaturge,
la Mouette en 1896, les Trois Sœurs en 1900 et la Cerisaie en
1903. De nombreuses personnalités (dont Gorki) viennent lui
rendre visite à Yalta. Il se marie en 1901 avec une actrice,
O.L. Knipper, qui a joué la Mouette au Théâtre
d’Art de Moscou, dirigé par Stanislavski et inauguré en
1898. En juin 1904, il part avec sa femme pour l’Allemagne. Il
s’arrête à Badenweiler où il meurt en juillet.
Il est inhumé à Moscou, dans le cimetière du monastère
Novodiévitchi.
En quoi Tchekhov a-t-il profondément marqué la littérature
russe ? Tchekhov est le maître de la nouvelle brève. Pour
lui la brièveté est sœur du talent. Il érige
en idéal de perfection : la sobriété, la simplicité,
l’économie des moyens, la concision. Il charge de signification
les plus modestes composantes du récit. Mais Tchekhov n’atteint
pas la perfection sans travail. C’est un créateur minutieux
et laborieux, obsédé par une certaine qualification technique
de l’écriture. Il s’insurge contre Tourgueniev,
dont la prose a fait son temps. Par son style, Tchekhov opère
une véritable révolution dans la littérature russe
(comme Cézanne dans la peinture française). Bien qu’il
ne s’aime pas comme dramaturge, Tchekhov va également
provoquer une révolution théâtrale. Le théâtre
a besoin de formes nouvelles. Tchekhov s’attaque au principe
même de la concentration dramatique.
Ses pièces sont des drames du quotidien, où l’affabulation
est inexistante, les pauses nombreuses, où « la vie est
laissée telle qu’elle est et les gens tels qu’ils
sont, vrais et non boursouflés ». Ce sont des drames statiques,
des coupes pratiquées dans l’épaisseur de la vie
et qui mettent à nu les strates les plus profondes de l’âme
humaine. Tout au long de son œuvre Tchekhov se montre le témoin
d’une certaine époque de la vie russe, il en restitue
les types, les décors et les humeurs. A travers récits
et pièces, Tchekhov peint la grande misère de la condition
humaine avec pour seul but la vérité absolue et sincère.
Il dit : « l’artiste doit être un témoin impartial… le
littérateur doit être aussi objectif que le chimiste.
Tchekhov montre mais ne dénonce jamais. Rien ni personne ne
fait figure de porte-parole dans son œuvre. A son propos Gorki écrit
: « C’est le premier homme libre que j’aie rencontré,
le premier qui n’adore rien. » Loin de tout dogme, de toute
chapelle, toute sa vie Tchekhov préférera la philanthropie
individualisée au large mouvement d’indignation et d’action
collective. Dans sa propriété de Mélikhovo, lors
de l’épidémie de choléra, il installera
un dispensaire volant et se dévouera sans compter.
Persuadé que « la vie est uniquement faite d’horreurs,
de soucis et de médiocrités qui se suivent et se chevauchent »,
il gardera cependant une foi absolue dans le progrès. En lui
se mêleront toujours la tendance positive et la tendance idéaliste
sans doute parce qu’il était à la fois médecin
et écrivain. Il disait : « La médecine est ma femme
légitime, la littérature ma maîtresse. » Ne
cessant de souligner au travers de son œuvre l’esprit petit-bourgeois,
la trivialité, la corruption, l’ignorance crasse, la peur
du supérieur, la déchéance dans les destins avortés,
condamnés à l’échec, à l’usure
du temps, « menue monnaie de la mort », il gardera constamment
foi en l’homme. Il croira toujours possible la « révolution
de l’esprit », révolution individuelle, personnelle
qui seule permet, grâce à la connaissance, au savoir,
l’amélioration de la nature humaine, donc de la société.
Peintre sans fard d’une réalité sordide, il sut être,
sans passion, sans intolérance, sans exclusive, sans anathème,
un des premiers défenseurs des droits de l’homme.
- Nuit du mercredi 31 décembre 1:00 - 6:00
- 1:00 - 3:10 Les Trois Sœurs (1901)
d’Anton Tchekhov (1ère
diffusion : 16.06.1949)
Traduction-adaptation : Denis Roche ; réalisation : Alain Trutat
Avec Tania Balachova, Jacqueline Morane, Jeanne Moreau - de la Comédie
Française, Martine Sarcey, Jean Marchat, Jean Hervé,
Michel Vitold, la participation de Bernard Noël - de la Comédie
Française, Hubert Prélier, Pierre Olivier, Teddy Billis
- de la Comédie Française, Jean Topart, Géo Leconte,
Cécile Barré.
- 3:10 - 5:30 La Mouette (1896) d’Anton Tchekhov (1ère
diffusion : 08.06.1961)
Dans la série « Théâtre et Université »,
production de Philippe Dechartre et Marcel Giraudet ; traduction de
Georges et Ludmilla Pitoeff ; présentation de Paul Peronnet
; réalisation Eléonore Cramer
Avec Arlette Merry, Antoine Bourseiller, Harry Max, Delphine Seyrig,
Pierre Leproux, Madeleine Cheminat, Luce Garciaville, Sacha Pitoeff,
Yves Brainville, Paul Chevalier…
- 5:30 - 6:00 L'Ours d’Anton Tchekhov (1ère diffusion
: 04.09.1952)
Dans la série « Théâtre pour rire » d’André Roussin
et Louis Ducreux ; présentation de Frédérique
Grendel ; réalisation : Gérard Herzog
Avec Sacha Pitoeff, Nicole Verville, André Roussin
- Nuit du jeudi 1er janvier 2004 1:00 - 6:00
- 1:00 - 3:25 La Cerisaie (1904) d’Anton Tchekhov (1ère
diffusion, depuis le Théâtre de France : 18.09.1960)
Traduction : Georges Neveux ; présentation : André Rançon
; mise en scène : Jean-Louis Barrault
Avec Jean Desailly, Judith Magre, Jean Parédes, André Bruno,
Françoise Goléa, Madeleine Renaud, Pierre Bertin, Simone
Valère, Georges Cusin, Marie-Hélène Dasté,
Jean-Pierre Granval, Gabriel Cattand, Régis Outin, Guy Jacquet,
Marc Halford, Henri Gilabert, Louis Masson, Céline Salles, Dominique
Santarelli, Ginette Ancey.
- 3:25 - 6:00 Oncle Vania – scènes
de la vie de campagne (1899) d’Anton Tchekhov (1ère diffusion, depuis le Théâtre
du Tertre : le 04.06.1961)
Traduction de Georges et Ludmilla Pitoeff ; présentation : André Saudemont
; mise en scène réglée par André Sellier
Avec Jean Clarence, Hélène Roussel, Paulette Hanène,
Denise Bailly, André Sellier, Robert Rimbaud, André Julien,
Séverine et François Mirante.
Nuit du vendredi 2 janvier 2004 1:00 - 4:35
Ce Fou de Platonov (1880) d’Anton Tchekhov (1ère
diffusion : 18.05.1956)
Traduction : Pol Quentin ; Régie TNP - Festival de Bordeaux
: Jean Vilar
Avec Maria Casarès, Daniel Sorano, Christiane Minazzoli, Monique
Chaumette, Georges Wilson, Jean Topart, Jean-Paul Moulinot, Jean-Pierre
Darras, Philippe Noiret, Jean Vilar.
Musique : Maurice Jarre.
Samedi 3 janvier 2004 15:00 - 17:00
RADIO LIBRE
Anton Tchekhov
Qu'est ce qu'il y a de nouveau : tout est ancien
Réalisation : Clotilde Pivin
La tragique condition humaine et la solitude permettent néanmoins
l'espoir insensé d'un problématique bonheur futur. Les
nouvelles sont elliptiques, presque banales en apparence, riches de
résonances cachées. Le théâtre met l'accent
sur des moments privilégiés ou se montrent à nu
certains mouvements de l'âme. D’où ce théâtre
envoûtant. Les personnages ne sont pas dans l'action, mais dans
l'incapacité d'agir. Les sentiments intimes sont incommunicables.
Les mots sont inutiles. Anton Tchekhov a fasciné des générations
de spectateurs, de lecteurs et de metteurs en scène par la vérité multiple
et simple qui se dégage des lents cheminements et des silences
de ses compositions dramatiques. Chaque intervention éclaire
singulièrement aussi bien l'art que l'homme : l'espace et le
temps chez Tchekhov, l'obsession du roman familial, le médecin
de campagne, le voyage à Sakhaline, la figure du serf, l'imminence
de la révolution.
Avec Éric Lacascade, metteur en scène, Hélène
Chatelain, cinéaste, Georges Lavaudant, metteur en scène,
Jacques Lassalle, metteur en scène, Roger Grenier, écrivain,
Marina Vlady, comédienne, André Markovicz et Françoise
Morvan, traducteurs.
Pages lues de Nathalie Sarraute et Vladimir Nabokov.
Voix d'archives : Michel Simon, Jean Vilar, Peter Brook, Sacha Pitoëff,
Tania Balachova. Du lundi 5 au vendredi 9 janvier 2004 11:02 - 11:22
CORRESPONDANCES
Tchekhov par Tchekhov
Réalisation : Myron
Meerson
Après la publication de plusieurs recueils de nouvelles, Tchekhov
se lance dans l'écriture d'oeuvres de plus grande envergure,
et dès 1887 a lieu la première représentation
d'Ivanov, tandis que l'année suivante est publiée La
steppe. C'est à travers sa correspondance qu'il nous est proposé de
suivre la genèse, la rédaction et la réception
des plus grandes oeuvres de l'écrivain et dramaturge russe : évoquant
ses premiers succès, son vaste travail sur L'île de Sakhaline,
ou ses pièces les plus célèbres, Oncle Vania,
la Mouette et la Cerisaie, ces lettres sont adressées tour à tour à son éditeur
Alexis Souvorine, à des écrivains amis tels que Dmitri
Grigorovitch, ou Maxime Gorki, à ses frères, ou encore à sa
compagne, Olga Knipper. Toutes disent avec une extraordinaire sincérité les
doutes, les déceptions, les colères, mais aussi les joies
et les moments de grâce d'un écrivain saisi dans l’intimité de
sa création.
infos, courrier, changement d'adresse
ou désabonnement
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