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le dimanche 7 décembre 2003

Hommage Tchékhov sur France Culture

un programme Tchékhov exceptionnel sur France Culture, en particulier grâce à la participation d'André Markowicz et Françoise Morvan, la mise en ondes des Contes de Noël par Catherine Lemire, des archives et "mémorables" marquantes, et la participation de quelques expérimentateurs comme le réalisateur légendaire Myron Meerson. Suffisamment exceptionnel, nous semble-t-il, pour reprendre à notre compte l'annonce de presse diffusée par France-Culture.
Nul doute que le site France-Culture, guidé par Anne Brunel, contribuera aux compléments et à l'information, et nous fera voyager comme à son habitude dans les liens Tchékhov. Et bien sûr nous permettra d'écouter chaque émission en différé sur nos ordinateurs... Relire en attendant quelques-unes parmi les 201 nouvelles, pourquoi pas commencer par La Steppe ? Tchékhov n'est certes pas qu'un écrivain "de" théâtre...
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TCHEKHOV – LE CHARME ABSOLU

Pourquoi Tchekhov nous atteint-il, encore, en plein cœur ? Pourquoi ses personnages emportés dans leurs tourmentes familiales et leur faillite financière nous font sourire ou pleurer ? Pourquoi la prose de Tchekhov, cent ans après sa disparition, est-elle, à chaque relecture, un enchantement ?
Cent ans déjà qu’il s’est éteint… toujours aussi modeste, toujours aussi sur la réserve, persuadé qu’il était un homme comme un autre, un vagabond des pays de l’âme et non un créateur et encore moins un artiste ou un écrivain.
C’est sans doute ce sens du bien commun, du tissu intellectuel qui nous unit tous dans un monde sensible, fragile, si fragile qui risque toujours de basculer, de s’évanouir à tout jamais qui nous rend si tendus émotionnellement à chaque fois que nous écoutons Tchekhov au théâtre, à chaque fois que nous lisons une page de Tchekhov.
France Culture, en guise de cadeau de Noël à ses auditeurs, vous propose un voyage géographique, théâtral, sentimental, littéraire dans les contrées inexplorées et peu connues de l’œuvre de Tchekhov.
Catherine Lemire réalise un vœu que seul le père Noël peut nous donner : elle nous permettra d’entendre les mystérieux et si beaux contes de Noël et du Nouvel An ; Julie Brochen nous emmènera chez Oncle Vania ; Jean-Hugues Berrou est parti sur les traces de Tchekhov à Sakhaline ; Joëlle Gayot a suivi pendant des semaines le travail de préparation de Jacques Lassalle à la Comédie-Française sur Platonov ; Jean Daive a revisité avec des archives prestigieuses et les regards contemporains de Sacha Pitoëff, Jean Vilar, Tania Balachova, Michel Simon et tant d’autres, l’œuvre de ce géant mi Dieu mi Diable qui a passé sa vie à la risquer tant dans ses explorations de la réalité que dans l’art d’écrire.
Laure Adler


du dimanche 28 décembre au vendredi 9 janvier 2004
Dimanche 28 décembre 14:00 - 15:58
FICTION
Oncle Vania d’Anton Pavlovitch Tchekhov
Traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan
Mise en scène de Julie Brochen
Réalisation : Brigitte Mazire
Enregistré au Théâtre de l'Aquarium le 6 juin 2003
« Splendide (prekrasny) est le mot clé d’Oncle Vania mais il répond au mot vulgaire, banal (pochly) et tout l’effort des uns pour vivre selon la beauté du monde s’enlise dans la banalité, cependant que les autres la détruisent en tenant des discours d’esthètes. (…) que la révolte s’exprime en termes splendides par leur banalité et que la réponse s’exprime en termes vulgaires par leur splendeur même, c’est ce qui fait que la pièce nous parle, dit notre vérité, maintenant. Ces personnages jetés là, ils sont prisonniers, comme nous le sommes, d’un jeu faussé. Nous voulons, comme eux, échapper à ce jeu faussé et nous ne faisons que tisser plus étroitement les liens qui nous lient à ce que nous refusons. »
André Markowicz et Françoise Morvan
Avec Jeanne Balibar (Eléna Adréevna), Pierre Cassignard (Mikhaïl Lvovitch Astrov), Julie Denisse (Sofia Alexandrovna), Bernard Gabay (Ilia Ilitch Téléguine), François Loriquet (Oncle Vania), Nathalie Nerval (Maria Vassilievna Voïnitskaïa), Jean-Paul Roussillon (Alexandre Vladimirovitch, Sérébriakov), Maryseult Wieczorek (Marina).

Dimanche 28 décembre 16:00 - 18:28
REDECOUVERTES
Les mystères de l’instant
Tchekhov et la musique (1ère diffusion : 21 octobre 2001)
par Laetitia Le Guay
« Cette fine, à peine perceptible beauté de la douleur humaine… seule la musique semble savoir l’interpréter » A. Tchekhov
Une valse au piano, quelques notes de guitare, une mélodie que l’on fredonne, la musique est très présente dans le théâtre de Tchekhov. Elle affleure aussi, sans cesse, dans ses nouvelles. Car Tchekhov aimait la musique : celle de Rachmaninov, avec qui il s’est lié d’amitié, celle de Tchaïkovski, avec qui il a correspondu, et à qui il a dédié un recueil de nouvelles.
Ce sont tous ces aspects méconnus, les rapports de Tchekhov et de la musique, qui sont évoqués, sans oublier l’utilisation de ses textes par des compositeurs de Rachmaninov dans ses mélodies jusqu'à Peter Eötvös dans son opéra Trois sœurs.
Avec la participation d’André Marcovicz et Françoise Morvan, de Peter Eötvös, du musicologue André Lischké.
Textes de Tchekhov lus par Alain Carré.

Du lundi 29 décembre au vendredi 2 janvier 2004 11:02 - 11:22
FICTION
Contes de Noël et du Nouvel An de Tchekhov
Réalisation : Catherine Lemire
Un homme qui, le soir de Noël après avoir conversé avec l'au-delà lors d'une séance de spiritisme, trouve un cercueil chez lui ; un colonel séducteur, bloqué par une tempête de neige une nuit de Noël, qui trouve refuge dans les bras de la femme de son hôte providentiel ; un mari sommé par une épouse acariâtre d'aller présenter ses voeux de Nouvel An aux parents et amis ; des invités pressés de trinquer à la nouvelle année qui avancent les aiguilles de l'horloge pour faire sonner les 12 coups avant l'heure... Parmi les quelque 250 nouvelles que le jeune Anton Tchékhov a écrites, de 1880 à 1887, dans des revues ou journaux, plusieurs l'ont été à l'occasion de Noël et du Nouvel An, et résonnent singulièrement en cette semaine de fêtes. Très brefs ou plus longs, anecdotiques ou mélodramatiques, cocasses ou morbides, ces contes dessinent avec une sorte de détachement mi-triste mi-amusé un monde empreint de noirceur qu'aucune réjouissance présente ou à venir ne vient adoucir, et composent une inquiétante « comédie humaine ».
Lecture par Jean-Luc Porraz et Jean Lescot.

Du lundi 29 décembre au vendredi 2 janvier 2004 11:30 - 11 58
MEMORABLES
Tchekhov et l'expérience théâtrale
Réalisation : Clotilde Pivin
Au fil des générations, le théâtre de Tchekhov a fasciné un très grand nombre de comédiens et de metteurs en scène - de Stanislavski à Éric Lacascade. Chacun a sans doute pu rendre à sa façon la complexité, la richesse, le tragique de la vie racontée par l'auteur des Trois sœurs, de la Mouette, de la Cerisaie ou de Platonov.
Lundi 29 décembre : Autour de Sacha Pitoëff avec Ludmilla Pitoëff et la voix de Michel Simon
Mardi 30 décembre : Tania Balachova
Mercredi 31 décembre : Jean Vilar
Jeudi 1er janvier 2004 : Antoine Vitez et Claude Régy
Vendredi 2 janvier 2004 : Marina Vlady et Bruno Bayen

Du lundi 29 décembre au vendredi 2 janvier 2004 17:02 - 17:27
A VOIX NUE
Tchekhov et l'expérience théâtrale
Réalisation : Clotilde Pivin
Le théâtre fondamentalement musical de Tchekhov a inspiré un grand nombre de metteurs en scène contemporains. Monter Tchekhov est une expérience incontournable voire indispensable.
Lundi 29 décembre : Jacques Lassalle, metteur en scène
Mardi 30 décembre : Georges Lavaudant : metteur en scène
Mercredi 31 décembre : Éric Lacascade, metteur en scène
Jeudi 1er janvier 2004 : Roger Grenier, écrivain
Vendredi 2 janvier 2004 : André Markowicz et Françoise MorvanDu lundi 29 au mercredi 31 décembre 22:30 - 0:00
SURPRIS PAR LA NUIT
Tchekhov à Sakhaline
par Jean-Hugues Berrou
En avril 1890, Anton Tchekhov se lance dans un voyage démesuré. Alors que le transsibérien n’existe pas encore, il mettra plus de deux mois pour rejoindre l’île de Sakhaline, à 10 000 kilomètres de Moscou. Pourquoi ce voyage vers le plus isolé des bagnes russes ? Pour témoigner des conditions de vie des détenus déportés par les Tsars ? Pour fuir vers un « plus loin possible » ?…
Le photographe Jean-Hugues Berrou et le dessinateur Pascal Rabaté sont partis explorer cette part d’ombre dans la biographie de Tchekhov.
On y rencontrera des paysans, des historiens, des nostalgiques du communisme, d’anciens déportés, des Nifx et des Bouriates, ces peuples « assimilés » de l’Orient sibérien. Au fil des lectures et des entretiens, le quotidien de la Russie contemporaine s’ouvre peu à peu sur le temps complexe de la mémoire.

Jeudi 1er et vendredi 2 janvier 2004 22:30 - 0:00
SURPRIS PAR LA NUIT
par Joëlle Gayot
Réalisation : Anne Fleury
- Jeudi 1er janvier 2004 : Platonov, de Tchekhov : la tentation du théâtre
Avec Platonov, le jeune Anton Tchekhov découvre le théâtre. L’auteur n’a pas vingt ans mais l’ensemble de son œuvre dramatique est posé dans cette première pièce. A la Comédie-Française, Jacques Lassalle met en scène Platonov, dans une nouvelle traduction de Serge Rezvani, restituant, du coup, à la pièce l’intégralité de son titre : Platonov ou le fléau de l’absence des pères. Si de nombreuses coupes ont été effectuées, elles ne portent néanmoins pas sur la structure du texte, conservée dans sa totalité. C’est au cœur du processus de création que nous nous introduisons. Des sous-sols de la Comédie-Française (la Salle Escande) au grand plateau de la Salle Richelieu, le spectacle se fabrique, jour après jour, heure après heure. Jacques Lassalle qui, pour la première fois en France, met en scène une pièce de Tchekhov, est le maître de ce processus. Séances de coupes, répétitions, filages : les scènes résonnent, différentes, sculptées mot à mot par les acteurs. Un travail en cours d’élaboration, un work-in-progress dont nous ferons entendre les étapes.
Sur les traces de Platonov, dans les pas d’un Tchekhov s’essayant au théâtre, « tentant » le théâtre, nous croisons la route de quelques-uns uns des protagonistes : Jacques Lassalle, metteur en scène et les comédiens, Clotilde de Bayser, Muriel Mayette et Denis Podalydès.
- Vendredi 2 janvier 2004 : Oncle Vania, de Tchekhov : le théâtre accompli
En mettant en scène Oncle Vania, Julie Brochen choisit le Tchekhov de la transition. Celui qui, après les pièces de jeunesse, s’engage vers un théâtre plus accompli et plus soutenu. Oncle Vania clôt un cycle qui court de Platonov à l’Homme des bois et ouvre une nouvelle période dans l’écriture tchékhovienne. Suivront, ainsi, la Mouette, les Trois Sœurs, la Cerisaie. Créé la saison passée, le spectacle est repris au Théâtre de l’Aquarium. C’est dans ce lieu, dont elle assume la direction, que nous reçoit Julie Brochen. Après avoir suivi le pas à pas de Jacques Lassalle, précédant la création à la Comédie-Française de Platonov, nous nous tournons vers une autre parole : celle d’une autre génération, plus jeune. Julie Brochen, metteur en scène, raconte ainsi son Tchekhov. L’auteur n’est plus dans la tentative. Il maîtrise désormais le théâtre. Nous ne sommes plus dans la fabrication et le work-in-progress. Nous sommes, cette fois, sur l’autre versant. Le spectacle n’est pas en devenir. Il existe.
Retour sur une création, avec Julie Brochen.

Nuits du mercredi 31 décembre, jeudi 1er et vendredi 2 janvier 2004 1:00 - 6:00
NUITS DE FRANCE CULTURE
« (…) est passé un homme grand, intelligent, attentif. Il a jeté un regard sur ces mornes habitants de sa patrie et, déchiré de désespoir, sur un ton de doux mais profond reproche, il a dit avec un triste sourire, d’une belle voix sincère : « Que vous vivez mal, messieurs ! » » (Maxime Gorki)
Né en 1860 à Taganrog, petit port de la mer d’Azov, Tchekhov gardera de son enfance et de son adolescence passées là-bas un souvenir amer. Ce fut une enfance douloureuse parmi des gens grossiers, ignorants, imperméables à toute notion de beauté, de justice ou de pureté. Son père, Pavel Egorovitch, est épicier. Fils de serf, à peu près analphabète, il consacre une grande partie de son temps au chant (il dirige un chœur religieux), à la musique (il a appris à jouer seul du violon), à la peinture (il peint des icônes). Fanatique religieux, c’est un despote familial. Tchekhov vit dans la terreur du père et se demande chaque matin : « Serai-je battu aujourd’hui ? ». Sa mère, Eugénie Iakovlevna, est une créature douce et passive, pieuse et tendre, maltraitée par son tyran de mari. La vie des enfants Tchekhov (Anton a quatre frères et une sœur) est rude : ils passent à la boutique paternelle tout le temps laissé libre par le lycée et l’église. A. Tchekhov dira : « Je n’ai pas eu d’enfance… J’étais un prolétaire… Nous nous sentions de petits forçats… Notre enfance a été empoisonnée par des choses terribles… ». Il demeurera pourtant intimement lié à sa famille et à ses parents qu’il juge « admirables ». Quand son père, ruiné, est obligé de quitter Taganrog pour aller s’installer à Moscou avec femme et enfants, le jeune Anton, âgé de seize ans, reste seul dans sa ville natale pour terminer le lycée. Pendant trois ans, il donne des leçons particulières pour survivre. Une fois bachelier en 1879, il part rejoindre les siens à Moscou. La vie y est très difficile pour les Tchekhov. Anton devient le chef de famille et organise la vie de chacun. Il s’inscrit à la faculté de médecine. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il donne des cours, fait de petits travaux journalistiques et ses premières tentatives littéraires. Il reste indifférent à l’agitation révolutionnaire qui bouleverse la société russe. En 1880, son premier récit paraît dans un journal humoristique. Il utilise alors le pseudonyme d’Antocha Tchékhonté. De 1880 à 1887, il va collaborer à plusieurs revues humoristiques. En 1884, il achève ses études de médecine. Il connaît soucis d’argent, soucis familiaux, soucis de santé. Il est victime de sa première hémoptysie. En 1886, il acquiert la célébrité avec un recueil de nouvelles, les Récits bariolés, qu’il signe A. Tchekhov. Il devient le collaborateur du journal Temps nouveau, de tendance conservatrice. Cette collaboration marque le début d’une longue amitié orageuse avec Alexis Souvorine, le directeur de cette publication. Tchekhov continue à écrire régulièrement des nouvelles et travaille à ses premières pièces : Ivanov en 1887, Oncle Vania en 1890. En 1890 également, il part pour le bagne de Sakhaline afin d’étudier une institution qu’il juge scandaleuse. En 1893, il publiera son témoignage l’Ile de Sakhaline à la place de sa thèse de médecine. En 1891, il part visiter Vienne, Venise, Florence, Rome, Naples et Paris. En 1892, il achète une propriété à la campagne, Melikhovo, où il s’installe à demeure avec sa famille. Il y exerce la médecine tout en continuant d’écrire. Il est le témoin de la difficile condition des paysans. En 1895, il rend visite à Tolstoï dans sa propriété de lasnaïa Poliana. Les idées de Tolstoï auront une grande influence sur lui. En 1897, atteint d’une très grave crise d’hémoptysie, il se voit contraint de partir pour Yalta, en Crimée, où il achète, un an plus tard, une maison dans laquelle il passera le plus clair de son temps jusqu’à sa mort. Il écrit à la fin de sa vie les trois pièces qui le consacrent grand dramaturge, la Mouette en 1896, les Trois Sœurs en 1900 et la Cerisaie en 1903. De nombreuses personnalités (dont Gorki) viennent lui rendre visite à Yalta. Il se marie en 1901 avec une actrice, O.L. Knipper, qui a joué la Mouette au Théâtre d’Art de Moscou, dirigé par Stanislavski et inauguré en 1898. En juin 1904, il part avec sa femme pour l’Allemagne. Il s’arrête à Badenweiler où il meurt en juillet. Il est inhumé à Moscou, dans le cimetière du monastère Novodiévitchi.
En quoi Tchekhov a-t-il profondément marqué la littérature russe ? Tchekhov est le maître de la nouvelle brève. Pour lui la brièveté est sœur du talent. Il érige en idéal de perfection : la sobriété, la simplicité, l’économie des moyens, la concision. Il charge de signification les plus modestes composantes du récit. Mais Tchekhov n’atteint pas la perfection sans travail. C’est un créateur minutieux et laborieux, obsédé par une certaine qualification technique de l’écriture. Il s’insurge contre Tourgueniev, dont la prose a fait son temps. Par son style, Tchekhov opère une véritable révolution dans la littérature russe (comme Cézanne dans la peinture française). Bien qu’il ne s’aime pas comme dramaturge, Tchekhov va également provoquer une révolution théâtrale. Le théâtre a besoin de formes nouvelles. Tchekhov s’attaque au principe même de la concentration dramatique.
Ses pièces sont des drames du quotidien, où l’affabulation est inexistante, les pauses nombreuses, où « la vie est laissée telle qu’elle est et les gens tels qu’ils sont, vrais et non boursouflés ». Ce sont des drames statiques, des coupes pratiquées dans l’épaisseur de la vie et qui mettent à nu les strates les plus profondes de l’âme humaine. Tout au long de son œuvre Tchekhov se montre le témoin d’une certaine époque de la vie russe, il en restitue les types, les décors et les humeurs. A travers récits et pièces, Tchekhov peint la grande misère de la condition humaine avec pour seul but la vérité absolue et sincère. Il dit : « l’artiste doit être un témoin impartial… le littérateur doit être aussi objectif que le chimiste. Tchekhov montre mais ne dénonce jamais. Rien ni personne ne fait figure de porte-parole dans son œuvre. A son propos Gorki écrit : « C’est le premier homme libre que j’aie rencontré, le premier qui n’adore rien. » Loin de tout dogme, de toute chapelle, toute sa vie Tchekhov préférera la philanthropie individualisée au large mouvement d’indignation et d’action collective. Dans sa propriété de Mélikhovo, lors de l’épidémie de choléra, il installera un dispensaire volant et se dévouera sans compter.
Persuadé que « la vie est uniquement faite d’horreurs, de soucis et de médiocrités qui se suivent et se chevauchent », il gardera cependant une foi absolue dans le progrès. En lui se mêleront toujours la tendance positive et la tendance idéaliste sans doute parce qu’il était à la fois médecin et écrivain. Il disait : « La médecine est ma femme légitime, la littérature ma maîtresse. » Ne cessant de souligner au travers de son œuvre l’esprit petit-bourgeois, la trivialité, la corruption, l’ignorance crasse, la peur du supérieur, la déchéance dans les destins avortés, condamnés à l’échec, à l’usure du temps, « menue monnaie de la mort », il gardera constamment foi en l’homme. Il croira toujours possible la « révolution de l’esprit », révolution individuelle, personnelle qui seule permet, grâce à la connaissance, au savoir, l’amélioration de la nature humaine, donc de la société. Peintre sans fard d’une réalité sordide, il sut être, sans passion, sans intolérance, sans exclusive, sans anathème, un des premiers défenseurs des droits de l’homme.
- Nuit du mercredi 31 décembre 1:00 - 6:00
- 1:00 - 3:10
Les Trois Sœurs (1901) d’Anton Tchekhov (1ère diffusion : 16.06.1949)
Traduction-adaptation : Denis Roche ; réalisation : Alain Trutat
Avec Tania Balachova, Jacqueline Morane, Jeanne Moreau - de la Comédie Française, Martine Sarcey, Jean Marchat, Jean Hervé, Michel Vitold, la participation de Bernard Noël - de la Comédie Française, Hubert Prélier, Pierre Olivier, Teddy Billis - de la Comédie Française, Jean Topart, Géo Leconte, Cécile Barré.
- 3:10 - 5:30 La Mouette (1896) d’Anton Tchekhov (1ère diffusion : 08.06.1961)
Dans la série « Théâtre et Université », production de Philippe Dechartre et Marcel Giraudet ; traduction de Georges et Ludmilla Pitoeff ; présentation de Paul Peronnet ; réalisation Eléonore Cramer
Avec Arlette Merry, Antoine Bourseiller, Harry Max, Delphine Seyrig, Pierre Leproux, Madeleine Cheminat, Luce Garciaville, Sacha Pitoeff, Yves Brainville, Paul Chevalier…
- 5:30 - 6:00
L'Ours d’Anton Tchekhov (1ère diffusion : 04.09.1952)
Dans la série « Théâtre pour rire » d’André Roussin et Louis Ducreux ; présentation de Frédérique Grendel ; réalisation : Gérard Herzog
Avec Sacha Pitoeff, Nicole Verville, André Roussin
- Nuit du jeudi 1er janvier 2004 1:00 - 6:00
- 1:00 - 3:25 La Cerisaie (1904) d’Anton Tchekhov (1ère diffusion, depuis le Théâtre de France : 18.09.1960)
Traduction : Georges Neveux ; présentation : André Rançon ; mise en scène : Jean-Louis Barrault
Avec Jean Desailly, Judith Magre, Jean Parédes, André Bruno, Françoise Goléa, Madeleine Renaud, Pierre Bertin, Simone Valère, Georges Cusin, Marie-Hélène Dasté, Jean-Pierre Granval, Gabriel Cattand, Régis Outin, Guy Jacquet, Marc Halford, Henri Gilabert, Louis Masson, Céline Salles, Dominique Santarelli, Ginette Ancey.
- 3:25 - 6:00
Oncle Vania – scènes de la vie de campagne (1899) d’Anton Tchekhov (1ère diffusion, depuis le Théâtre du Tertre : le 04.06.1961)
Traduction de Georges et Ludmilla Pitoeff ; présentation : André Saudemont ; mise en scène réglée par André Sellier
Avec Jean Clarence, Hélène Roussel, Paulette Hanène, Denise Bailly, André Sellier, Robert Rimbaud, André Julien, Séverine et François Mirante.

Nuit du vendredi 2 janvier 2004 1:00 - 4:35
Ce Fou de Platonov (1880) d’Anton Tchekhov (1ère diffusion : 18.05.1956)
Traduction : Pol Quentin ; Régie TNP - Festival de Bordeaux : Jean Vilar
Avec Maria Casarès, Daniel Sorano, Christiane Minazzoli, Monique Chaumette, Georges Wilson, Jean Topart, Jean-Paul Moulinot, Jean-Pierre Darras, Philippe Noiret, Jean Vilar.
Musique : Maurice Jarre.

Samedi 3 janvier 2004 15:00 - 17:00
RADIO LIBRE
Anton Tchekhov
Qu'est ce qu'il y a de nouveau : tout est ancien
Réalisation : Clotilde Pivin
La tragique condition humaine et la solitude permettent néanmoins l'espoir insensé d'un problématique bonheur futur. Les nouvelles sont elliptiques, presque banales en apparence, riches de résonances cachées. Le théâtre met l'accent sur des moments privilégiés ou se montrent à nu certains mouvements de l'âme. D’où ce théâtre envoûtant. Les personnages ne sont pas dans l'action, mais dans l'incapacité d'agir. Les sentiments intimes sont incommunicables. Les mots sont inutiles. Anton Tchekhov a fasciné des générations de spectateurs, de lecteurs et de metteurs en scène par la vérité multiple et simple qui se dégage des lents cheminements et des silences de ses compositions dramatiques. Chaque intervention éclaire singulièrement aussi bien l'art que l'homme : l'espace et le temps chez Tchekhov, l'obsession du roman familial, le médecin de campagne, le voyage à Sakhaline, la figure du serf, l'imminence de la révolution.
Avec Éric Lacascade, metteur en scène, Hélène Chatelain, cinéaste, Georges Lavaudant, metteur en scène, Jacques Lassalle, metteur en scène, Roger Grenier, écrivain, Marina Vlady, comédienne, André Markovicz et Françoise Morvan, traducteurs.
Pages lues de Nathalie Sarraute et Vladimir Nabokov.
Voix d'archives : Michel Simon, Jean Vilar, Peter Brook, Sacha Pitoëff, Tania Balachova.

Du lundi 5 au vendredi 9 janvier 2004 11:02 - 11:22
CORRESPONDANCES
Tchekhov par Tchekhov
Réalisation : Myron Meerson
Après la publication de plusieurs recueils de nouvelles, Tchekhov se lance dans l'écriture d'oeuvres de plus grande envergure, et dès 1887 a lieu la première représentation d'Ivanov, tandis que l'année suivante est publiée La steppe. C'est à travers sa correspondance qu'il nous est proposé de suivre la genèse, la rédaction et la réception des plus grandes oeuvres de l'écrivain et dramaturge russe : évoquant ses premiers succès, son vaste travail sur L'île de Sakhaline, ou ses pièces les plus célèbres, Oncle Vania, la Mouette et la Cerisaie, ces lettres sont adressées tour à tour à son éditeur Alexis Souvorine, à des écrivains amis tels que Dmitri Grigorovitch, ou Maxime Gorki, à ses frères, ou encore à sa compagne, Olga Knipper. Toutes disent avec une extraordinaire sincérité les doutes, les déceptions, les colères, mais aussi les joies et les moments de grâce d'un écrivain saisi dans l’intimité de sa création.

 

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