remue.net, le bulletin

le dimanche 20 juin 2004

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le livre de la semaine : Le roman français aujourd'hui , 5 études chez prétexte ___ invitation : le 25 juin, rendez-vous avec l'équipe du site ___ vie du livre : CRL Languedoc-Roussillon appel et contre-appel ___ Bloomsday : balade rétrospective ___ à l'affiche dans les blocs remue: consultations toujours plus larges pour nos pages actu ___ et mention spéciale: mort au créole.

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le livre de la semaine: Le roman français aujourd'hui

Commençons par une citation, ça pourrait être un jeu, ou une proposition pour atelier d'écriture:
"La stylisation du paysage urbain, la défection des personnages, l'épure de l'intrigue romanesque appartiennent certes au registre du moindre, de l'infime, mais sont constamment mis en déroute par un faisceau de motifs qui contredisent l'allègement fictionnel. C'est la surligne du commentaire incongru et plus inhabituels, le soulignement du corps (la chair dans tous ses états) et de la voix (l'abstraction se fait de plus en plus lyrique). La palette chromatique déjoue ici l'agencement des lignes. Le roman baigne dans une ambiance de surexposition photographique: chambre close, acide révélateur, effets de flou, bain d'exposition, lumière rouge ou bleue, larmes en infra-rouge..."
A vous de trouver de quel auteur et quel livre il s'agit*** , ou lire l'étude de Christine Jérusalem dans Le roman français contemporain, transformations, perceptions, mythologies, qui paraît chez Prétexte éditeur, à la suite des 2 recueils d'études sur la poésie.
Ce qui semble un pas important dans ce petit ouvrage (120 pages, 11 euros), c'est l'opposition en ouverture de 2 études sans quasiment de point commun, Dominique Viart et Dominique Rabaté, qui partent chacun du même constat, la dispersion des formes contemporaines autour et à côté du "roman" pour en reconstruire une définition élargie, mais recentrée sur l'écriture, et sa quête ou son affirmation formelle ou esthétique. C'est enfin prendre acte côté universitaire d'un déplacement de fond, et représente, dans la façon différente d'en produire l'énoncé, une rupture dans l'approche de deux universitaires qui évidemment n'en sont pas à leurs premiers travaux (paraissent en même temps, de Dominique Viart, le Foliothèque commenté des Vies Minuscules de Michon, de Dominique Rabaté, chez Corti, une version reprise et révisée de Vers une littérature de l'épuisement.
L'approche de Dominique Viart, extrait: "Parce que c'est une littérature critique, elle a prise sur les objets qu'elle rencontre, dont elle traite, auxquels elle se confronte, et qui la sortent ipso facto de tout solipsisme. Elle est une littérature transitive. Parce qu'elle traite les objets non dans un pur travail de spéculations imaginaires ou abstraites mais en cherchant en elle et autour d'elle les éléments concrets qui lui serviront de traces, de documents, de signes à interpréter, elle est une littérature matérielle [...] Aussi les fictions ne sont-elles plus de simples productions de l'imaginaire, mais bien des élaborations interrogeantes, et parfois élucidantes, aux confins de l'imagination et de la réflexion."
L'approche de Dominique Rabaté, extrait: "On voit comment Nadja de Breton peut se situer au carrefour exact de ces deux lignes, où se rencontrent à la fois l'anathème jeté par le Manifeste contre le roman descriptif et platement réaliste, l'exigence d'une écriture qui soit mise en jeu totale de celui qui y risque son existence, récit de ce qui a eu lieu et qui pourtant ne cesse d'ouvrir le chemin à l'aventure d'une rencontre future."
Le livre comporte aussi une introduction de Bruno Blanckeman et des études de Thiphaine Samoyault et Lionel Ruffel. On peut retrouver sur remue.net Dominique Viart (notion de sujet) ou Christine Jérusalem (dossier Echenoz).

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le 25 juin, rendez-vous avec l'équipe du site

Pour la troisième année, nous tiendrons au moment du Marché de la poésie l'assemblée générale de remue.net association. Elle aura lieu à 17h30, salle Ferdinand de Lesseps, à l'Alliance Française, 101 boulevard Raspail (mtro St-Placide ou Rennes). Les 212 adhérents de remue.net association y sont bien sûr conviés, nous parlerons des orientations du site, de son fonctionnement, des contenus à venir. Mais nous convions plus largement les amis du site à nous rejoindre de 19h à 20h pour un pot informel. Nous rappelons que remue.net est une structure associative loi 1901, entièrement bénévole, et que seules ces adhésions de soutien permettent l'activité du collectif et son équipement matériel. D'autre part, nous sommes évidemment en attente de toute réflexion sur ces contenus et leur évolution...

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CRL Languedoc-Roussillon : appels et contre-appels

Nous avions relayé les premiers, sans état d'âme, la pétition Verdier/Climats contre l'arbitraire personnel du président de région PS du Languedoc Roussillon supprimant sans consultation ni appel les aides aux éditeurs (catalogue, prêts à taux zéro, stands aux salons du livre, qui donnent à l'activité des éditeurs en région son assise), pétition signée par à ce jour par plus de 1000 écrivains et intellectuels : le débat s'approfondit, lire article Libération mais aussi communiqué de Benoît Lecocq, président de la C2LR (téléchargement PDF), exprimant les réserves symétriques d'une large part du monde local du livre. D'autres textes circulent (Serge Velay, René Escudié), mais il n'est pas de notre rôle de les héberger ou d'en tenir forum. En l'absence de cahier des charges national pour ces structures qui tiennent désormais une place majeure dans la vie du livre, il serait bien temps d'une confrontation ou d'une réflexion à plus large échelle, voir notre sélection de liens Centres régionaux du Livre...

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Bloomsday: retour sur événement

Le 16 juin 1904, Leopold Bloom se faisait frire des rognons de porc au petit-déjeuner, achetait un savon et assistait à un enterrement, et le récit qui en était fait, 24 heures de la vie de Leopold Bloom faites pour être lues en 24h, temps pour temps, faisait basculer la littérature sur son axe. On s'était promis un large atelier virtuel, en même temps que 50 écrivains liraient, l'invitation de l'IMEC et Beaubourg, en respectant le temps réel, l'intégralité de la nouvelle traduction d'Ulysse. Le propre petit-fils de Joyce a fait capoter le rêve, il doit y avoir un concours entre héritiers d'écrivains, côté Artaud, Joyce ou d'autres, pour empoisonner le monde, comme si on avait trop de littérature, et eux pas assez de reconnaissance transposée, moyennant subsides lourds. Mais cette semaine, l'équipe de remue.net a mobilisé tous les blocs d'actu pour suivre le Bloomsday, en textes, liens et photos: ainsi Miguel Aubouy, Ronald Klapka, Dominique Dussidour et Dominique Hasselmann (et blocs photo précédent et suivant).

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dans les blocs remue

Appelons les "blocs" plutôt que "blogs", mais le résultat est le même: nos 4 pages d'actu bénéficient d'une mise en page toute neuve (due à Philippe De Jonckheere), et d'une intégration dans le site via page d'accueil et navigation révisées. Ces pages sont actualisées en toute indépendance par l'ensemble de la rédaction du site, et les consultations ne cessent d'augmenter, tant mieux. A noter: Gherasim Luca, Flaubert savait-il écrire?, Olivier Cadiot et d'autres à Montevideo, le prochain Marché de la poésie, malgré les menaces qui pèsent sur sa reconduction, Edward Bond à la Colline, Maurice Blanchot, mais aussi découvrir et lire Raphaële George, Le Livre des Retours d'Al Berto, la revue Europe sur Pétrarque, Marcel Béalu... Enfin, nous prenons la phrase du jour (actualisée chaque dimanche depuis 1997, c'est une des pages les plus consultées du site!) à Pascal Quignard, pour son Traité sur Esprit : Jacques Esprit étant l'auteur en 1678 de la Fausseté des vertus humaines...

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mention spéciale: mort au créole

Dans la masse des coups politiques portés tous azimuts au nom de l'économie libérale dominante, certaines font un peu plus mal, parce qu'elles nous déshonorent dans une dette collective. Ainsi l'annulation programmée du Capes de créole. Ci-dessous un très beau texte du linguiste Jean Bernabé, et la colère de l'écrivain Raphaël Confiant. Nous leur transmettrons directement vos réflexions et réactions.

Jean Bernabé: une manifestation rampante de négationnisme
Je suis Jean Bernabé, professeur des Universités, spécialiste de créole, fondateur et responsable du GEREC-F (Groupe d'Etudes et de Recherches en Espace Creolophone et Francophone), chargé, en 2001, par le ministère (aux destinées duquel vous présidez aujourd'hui) de la coordination des programmes de langues et cultures régionale au Collège et au Lycée. C'est au motif de ces fonctions et qualités que je m'autorise à vous faire part de la stupéfaction qui m'a saisi à l'annonce, encore officieuse, relative à une éventuelle périodicité du CAPES de créole non annuelle et soumise à des contingences par définition non programmables.
Je sais que divers concours font déjà l'objet de telles mesures, dites d'ajustement à la demande, une demande fluctuante parce que n'ayant pas fait l'objet de prévisions adéquates. J'admets volontiers que les données démographiques, notamment en contexte de stagnation économique, ne peuvent pas être ignorées par les gouvernants, lesquels ne sont pas des thaumaturges. Ce qui, en revanche, me semble incompréhensible, voire inadmissible, c'est que votre ministère, auquel la morale républicaine fait obligation, indépendamment des options partisanes, de protéger, voire de promouvoir le patrimoine moral et spirituel accumulé par les gouvernants précédents, n'ait pas pris la véritable mesure de ce que représente pour nos pays créoles, parties prenantes, que je sache, de la République Française, un concours comme le CAPES de Créole. Ce concours, obtenu de haute lutte, a pour vocation d'être non seulement le vecteur d'un meilleur développement linguistique et culturel mais encore source d'une plus grande harmonie et d'une efficacité scolaire accrue. Qui plus est, il revêt une valeur emblématique de réparation des sévices et humilations causées par l'entreprise criminelle qui non seulemnt a perpétré l'esclavage mais encore l'a spécialisé dans la traite négrière.
Aucun descendant d'esclaves n'a obtenu de réparations matérielles des dommages subis, sauf à assigner cette fonction aux transferts financiers issus de la Métropole, organisant depuis trop longtemps une mentalité d'assistés et qui, pour d'évidentes raisons éthiques, ne peuvent ni ne doivent, quels qu'en soit le montant, constituer un argument de réparation.
Contrairement au CAPES dont l'exiguIté du coût financier est sans commune mesure avec la capacité symbolique qui s'en trouve développée. La remise en cause du CAPES de créole, fût-ce dans sa périodicité, ne peut être vécue que comme une manifestation rampante de négationnisme et l'expression d'un mépris dont la République ne peut se prévaloir à l'endroit de citoyens à part entière dont une vision réconciliatrice conforte la pertinence d'un tel CAPES dans sa tenue annuelle. Je me permets de vous informer que la demande aux les Antilles et en Guyane est importante et que pour la seule académie de la Guadeloupe, il y a eu, cette année, 132 candidats au baccalauréat ayant choisi l'épeuuve de créole à l'oral.
" Réonciliatrice", ai-jedit et non point "conciliatrice". Car pour toutes les femmes et les hommes responsables de nos pays, le maintien du CAPES de créole dans sa régularité ne saurait être de l'ordre du négociable.
Ausi, sachant que le texte définitif n'est pas encore paru, osé-je espérer que, mieux informé des enjeux d'une telle décision, vous aurez à coeur de revoir votre position.
Dans cette attente, je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre l'expression de mon respect républicain.
Jean Bernabé

Raphaël Confiant : 14 enseignants pour 2 millions de locuteurs
Monsieur le Ministre,
Je viens d'apprendre avec stupéfaction que votre ministère envisage la suspension du CAPES de créole à compter de la session 2004-2005. Je tiens à rappeler que ce CAPES n'existe que depuis 3 ans, contrairement aux autres CAPES de langues régionales qui, eux, datent de plus d'une quinzaine d'années. Je rappelle aussi qu'avec près de 2 millions de locuteurs actifs (Martinique-Guadeloupe-Guyane-Réunion), le créole est la langue régionale la plus parlée sur le territoire français. La création d'un CAPES de créole, quoique tardive, n'était que justice, d'autant qu'on doit l'inclure dans le cadre des réparations de ce crime contre l'humanité que fut l'esclavage des Noirs. L'Assemblée Nationale a, en effet, voté en 1998, une loi reconnaissant l'esclavage comme étant un crime contre l'humanité.
A ce jour, seuls 5 Capésiens de créole ont été recrutés pour la Martinique, 1 pour la Guadeloupe et 8 pour la Réunion. Soit 14 (quatorze) enseignants pour...2 millions d'habitants. A qui fera-t-on croire que continuer à en recruter, à doses homéopathiques en plus (il n'y a que 4 postes ouverts au CAPES de créole), grèvera le budget de votre Ministère et celui de l'Etat ?
Je considère donc cette éventuelle suppression comme une violation grave de nos droits de citoyens français d'Outre-Mer lesquels citoyens ont donné leur sang pour la France en 1863 (guerre du Mexique menée par Napoléon III), en 1870, en 14-18, en 39-45, en Indochine, en Algérie et j'en passe.
Recevez, monsieur le Ministre, mes salutations indignées.
Raphaël Confiant

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remue.net, la rédaction

le bulletin remue.net a été transmis le dimanche 20 juin 2004 à 1242 abonnés
*** réponse : Jean-Philippe Toussaint, L'Amour, Minuit, 2001

 

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