remue.net, le bulletin

le mardi 24 août 2004

rentrée littéraire : romans, romans, romans

Tous les journaux ont fourbi leur sélection de rentrée, leurs éditoriaux, et l'ordre d'apparition des critiques pareil qu'au PMU. Ce n'est pas le rôle de remue.net que prendre part à une opération marchande d'une disproportion devenue quasi suicidaire. Il n'empêche que, sous le vacarme, l'écriture. Nous tenons juste à signaler quelques parutions que nous tenons en estime, et proposer quelques liens lorsque c'est possible...

POL : Frédéric Boyer, "ou comment vivre avec le langage, l'autre sexe et le soir qui tombe "
Frédéric Boyer publie régulièrement chez POL, mais il propose ce mois-ci deux textes, l'un d'ordre plus poétique, Mes amis mes amis (indispensable....), l'autre d'ordre plus narratif, Nous nous aimons, et la dédicataire de l'un est un personnage de la fiction de l'autre: réflexion sur l'amour, l'écriture, on attire vraiment l'attention sur un diptyque ambitieux, qui rassemble les précédents livres et représente sans doute un virage dans le travail important de l'auteur - Les criminels avancent / Arc tendu / Flèche prête sur corde / Pour tirer sur les coeurs droits / Dans le noir / Si l'essentiel est détruit / Que peut faire le juste ?

Minuit : Jacques Séréna, L'Acrobate
Le ton inimitable (et les menus) de l'auteur de Lendemain de fête - dernière phrase: "Et on dirait bien que monte jusqu'ici un brouhaha depuis la cage d'escalier. Comme un choeur, en sourdine, un terrible rire mais encore engourdi. J'ai encore soif mais je préfère continuer d'écrire." Les premières pages sur site Minuit et dossier Séréna sur remue.net.

Fayard : Philippe Vasset, Carte Muette
on avait déjà lu, de Philippe Vasset, aussi chez Fayard, Exemplaire de démonstration - dans son deuxième livre, une trame convoquant délibérément Jules Verne pour une fiction écrite par e-mails, et dont le thème même est la partition géographique du monde par la cartographie d'Internet et sa mémoire - un texte bref, mais d'ambition fantastique, dans un fantasme qui forcément traverse tous ceux qui utilisent au quotidien le Net, sans rien céder de l'ambition littéraire

POL : Martin Winckler, Les trois médecins
si vous trouvez que le titre fait "trois mousquetaires", vous avez gagné - plutôt que se contenter de pousser son travail d'archéologie personnelle, via l'autobiographie (Plumes d'Ange) ou la fiction (La Maladie de Sachs), Winckler en prolonge l'exploration par un jeu délibéré avec le roman de Dumas - voir site POL, mais aussi le site personnel de Martin Winckler, avec un extrait: La radio de l'estomac, qu'évidemment on recommande, et fort (à noter aussi, sur le site de l'ami Winckler, nouvelle rubrique: textes inédits, textes oubliés)

Léo Scheer : Camille Laurens, Cet absent-là
beaucoup de lecteurs de souviennent de Philippe (POL, 1996), bref et intense cri devant la mort d'un enfant, avant que se refasse lentement le chemin vers l'écriture par Quelques-Uns (POL, 1998) - Camille Laurens revient sur cette perte, dans un livre accompagné de photographies, non plus chez POL mais chez Léo Scheer

POL : Nathalie Quintane, Antonia Bellivetti
continuant son exploration systématique et sa déconstruction fictionnelle des modes de narration, Nathalie Quintane nous propose une relecture des codes du roman pour adolescents: à sa façon bien sûr, voir site POL, et en même temps qu'elle continue le travail sur un texte très politique, L'Année de l'Algérie

Seuil / Fictions : Bernard Comment, Un Poisson hors de l'eau
Seuil / Fictions : Antoine Volodine, Bardo or not Bardo

dure tâche pour Bernard Comment, qui prend après Denis Roche, son fondateur, la direction de la collection Fiction: il y publie en même temps que le solide Volodine: rien d'autre en commun, longue phrase souple agrippant des paysages mobiles pour Comment, habituelle dureté de l'action et du trait chez Volodine, mais étrange cousinage dans la constitution d'une géographie fantastique - on rappelle sur chaoid.com, dans le numéro 6, le texte
d'Antoine Volodine écrire en français une littérature étrangère - en lien associé, on suggèrerait aussi de relire sur Prétexte l'entretien avec Denis Roche, retour sur ces grands marqueurs des années 70 que sont Louve basse et les Dépôts de savoir et de technique: bel héritage

Verticales : Pierre Senges, La Réfutation majeure
majeure, en tout cas, la tentative de Pierre Senges, jeu sur quelques figures borgesiennes à partir d'une autre figure à statut légendaire ou mythique, Christophe Colomb - réflexion sur l'illusion, le dire, la mémoire et les traces - Guénaël Boutouillet avait rassemblé sur remue.net un dossier consistant sur la démarche de Pierre Senges, avec un entretien

Verticales : Régis Jauffret, L'Enfance est un rêve d'enfant
rien de Jauffret ne peut nous être indifférent, mais c'est un livre où le rapport au réel est quasi inverse que dans Univers, univers, on y croise De Gaulle ou Mussolini, et pour lieu de départ la salle des mariages de la mairie de Marseille: "Le Vieux-Port brillait au soleil comme si on venait juste de le repeindre", qu'est-ce que vous voulez, rien que cette phrase et on continue tout le bouquin...

La Différence : Eric Pessan, Les Géocroiseurs
on termine la série des livres reçus par un opus discret paru aux éditions de la Différence, peu de marge, papier fin, pas de photo ni de bandeau - c'est le troisième livre d'Eric Pessan, dont Chambre avec gisant et L'Effacement du monde ont lagrement conquis leur place en librairie - une tentative résolument plus ambitieuse, si on accepte de passer les premières pages plus ludiques: un long monologue hurlé au micro, mais quand il en sort, Pessan est prêt à prendre au premier degré sa fiction, et nous forcément à l'y suivre - comme l'Angelus Novus de Klee, fuite arrière devant paysage en ruine, mais il s'agit bien de notre monde au présent ("la fin du monde ne change rien") - on a récemment accueilli sur remue.net le dialogue des deux jeunes écrivains nantais, Sylvain Coher et Eric Pessan, Deux sur un banc

côté remue.net
parmi les rédacteurs de remue.net, François Bon publie chez Fayard Daewoo (voir dossier virtuel) et Jean-Marie Barnaud chez Cheyne Venant le jour
à noter que le magazine Les Inrockuptibles présente au théâtre de la Colline, le samedi 4 septembre à 20h, une lecture "rentrée littéraire" avec plusieurs des auteurs ci-dessus (Bon, Comment, Winckler, Volodine et d'autres...)

remue.net, la rédaction

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