rentrée
littéraire : romans, romans, romans
Tous les journaux ont fourbi leur sélection
de rentrée, leurs éditoriaux, et l'ordre d'apparition
des critiques pareil qu'au PMU. Ce n'est pas le rôle de
remue.net que prendre part à une opération marchande
d'une disproportion devenue quasi suicidaire. Il n'empêche que,
sous le vacarme, l'écriture. Nous tenons juste à signaler
quelques parutions que nous tenons en estime, et proposer quelques
liens lorsque c'est
possible...
POL : Frédéric
Boyer, "ou comment vivre avec le langage, l'autre sexe et
le soir qui tombe "
Frédéric Boyer publie régulièrement
chez POL, mais
il propose ce mois-ci deux textes, l'un d'ordre plus poétique, Mes
amis mes amis (indispensable....), l'autre d'ordre plus narratif, Nous
nous aimons, et la dédicataire de l'un est un personnage de la fiction
de l'autre: réflexion sur l'amour, l'écriture, on attire vraiment
l'attention sur un diptyque ambitieux, qui rassemble les précédents
livres et représente sans doute un virage dans le travail important de
l'auteur - Les criminels avancent / Arc tendu / Flèche prête sur corde /
Pour tirer sur les coeurs droits / Dans le noir / Si l'essentiel est détruit
/ Que peut faire le juste ?
Minuit : Jacques
Séréna, L'Acrobate
Le ton inimitable (et les menus) de l'auteur de Lendemain
de fête - dernière phrase: "Et on dirait bien que
monte jusqu'ici un brouhaha depuis la cage d'escalier. Comme
un choeur, en sourdine, un terrible rire mais encore engourdi.
J'ai encore soif mais je préfère continuer d'écrire." Les premières
pages sur site
Minuit et dossier
Séréna sur remue.net.
Fayard : Philippe
Vasset, Carte Muette
on avait déjà lu, de Philippe Vasset, aussi chez
Fayard, Exemplaire
de démonstration - dans son deuxième livre, une trame
convoquant délibérément
Jules Verne pour une fiction écrite par e-mails, et dont le
thème
même est la partition géographique du monde par la cartographie
d'Internet et sa mémoire - un texte bref, mais d'ambition
fantastique, dans un fantasme qui forcément traverse
tous ceux qui utilisent au quotidien le Net, sans rien céder de l'ambition
littéraire
POL : Martin Winckler, Les
trois médecins
si vous trouvez que le titre fait "trois mousquetaires",
vous avez gagné - plutôt que se contenter de pousser
son travail d'archéologie personnelle, via l'autobiographie
(Plumes d'Ange) ou la fiction (La Maladie de Sachs),
Winckler en prolonge l'exploration par un jeu délibéré avec
le roman de Dumas - voir site
POL, mais aussi le site
personnel de Martin Winckler, avec
un extrait: La
radio de l'estomac, qu'évidemment on recommande, et fort
(à noter
aussi, sur le site de l'ami Winckler, nouvelle rubrique: textes
inédits, textes oubliés)
Léo Scheer : Camille Laurens, Cet absent-là
beaucoup de lecteurs de souviennent de Philippe (POL, 1996),
bref et intense cri devant la mort d'un enfant, avant que se refasse
lentement le chemin vers l'écriture par Quelques-Uns (POL,
1998) - Camille Laurens revient sur cette perte, dans un livre accompagné
de photographies, non plus chez POL mais chez Léo Scheer
POL : Nathalie Quintane, Antonia Bellivetti
continuant son exploration systématique et sa déconstruction fictionnelle
des modes de narration, Nathalie Quintane nous propose une relecture
des codes du roman pour adolescents: à sa façon bien sûr, voir
site
POL, et en même temps qu'elle continue le travail sur un
texte très politique,
L'Année de l'Algérie
Seuil / Fictions : Bernard Comment, Un
Poisson hors de l'eau
Seuil / Fictions : Antoine Volodine,
Bardo or not Bardo
dure tâche pour Bernard Comment, qui prend après
Denis Roche, son fondateur, la direction de la collection Fiction:
il y publie en même temps que le solide Volodine: rien
d'autre en commun, longue phrase souple agrippant des paysages
mobiles pour Comment, habituelle
dureté de l'action et du trait chez Volodine, mais étrange
cousinage dans la constitution d'une géographie fantastique
- on rappelle sur chaoid.com,
dans le numéro 6, le texte d'Antoine
Volodine écrire
en français une littérature étrangère -
en lien associé, on suggèrerait aussi de relire
sur Prétexte l'entretien
avec Denis Roche, retour sur ces grands marqueurs
des années 70 que sont Louve basse et les Dépôts
de savoir et de technique: bel héritage
Verticales : Pierre Senges, La
Réfutation
majeure
majeure, en tout cas, la tentative de Pierre Senges, jeu sur
quelques figures borgesiennes à partir d'une autre figure à statut
légendaire ou mythique, Christophe Colomb - réflexion sur l'illusion,
le dire, la mémoire et les traces - Guénaël Boutouillet avait rassemblé
sur remue.net un dossier consistant sur la démarche
de Pierre Senges,
avec un entretien
Verticales : Régis
Jauffret, L'Enfance
est un rêve d'enfant
rien de Jauffret ne peut nous être indifférent,
mais c'est un livre où le rapport au réel est quasi inverse que dans Univers,
univers, on y croise De Gaulle ou Mussolini, et pour lieu de
départ la salle des mariages de la mairie de Marseille: "Le Vieux-Port
brillait au soleil comme si on venait juste de le repeindre", qu'est-ce
que vous voulez, rien que cette phrase et on continue tout le bouquin...
La Différence
: Eric Pessan, Les Géocroiseurs
on termine la série des livres reçus par un opus discret
paru aux éditions de la Différence, peu de marge, papier fin, pas
de
photo ni de bandeau - c'est le troisième livre d'Eric Pessan, dont
Chambre avec gisant et L'Effacement du monde ont
lagrement conquis leur place en librairie - une tentative résolument
plus ambitieuse, si on accepte de passer les premières pages
plus ludiques: un long monologue hurlé au micro, mais quand il
en sort, Pessan est prêt à prendre au premier degré sa fiction,
et nous forcément à l'y suivre - comme l'Angelus Novus de Klee,
fuite arrière devant paysage en ruine, mais il s'agit bien
de notre monde au présent ("la fin du monde ne change rien")
- on a récemment accueilli sur remue.net le dialogue des deux
jeunes
écrivains
nantais,
Sylvain
Coher
et Eric Pessan, Deux
sur un banc
côté remue.net
parmi les rédacteurs
de remue.net, François Bon publie chez Fayard Daewoo (voir
dossier virtuel)
et Jean-Marie Barnaud chez Cheyne Venant
le jour
à noter que le magazine Les Inrockuptibles présente
au théâtre
de la Colline, le samedi 4 septembre à 20h, une lecture "rentrée
littéraire"
avec plusieurs des auteurs ci-dessus (Bon, Comment, Winckler, Volodine
et d'autres...)