remue.net, le bulletin

le dimanche 21 novembre 2004

 

 

Pas des mots, mais un langage ...

 

 

Las de tous ceux qui viennent avec des

mots, des mots

      mais pas de langage

   je partis pour l'île recouverte de neige.

   L'indomptable n'a pas de mots.

   Ses pages blanches s'étalent dans tous

les sens!

    Je tombe sur les traces des pattes d'un

cerf dans la

     neige.

 

Pas des mots, mais un langage. 

 

                                                  EN MARS -79

 

Tomas Tranströmer, Baltiques,

traduit du suédois par Jacques Outin, Poésie/Gallimard

 

 

Cette épigraphe pour saluer également Les souvenirs m'observent aux éditions le Castor Astral, qui publient aussi La Grande Enigme. De même les recensions de Gérard Noiret et Marie Etienne dans La Quinzaine Littéraire N° 888, (16-30 novembre).

 

Nous retenons l'observation de Gérard Noiret:

 

Avec plusieurs livres publiés simultanément, plusieurs soirées de lecture publique et des émissions de radio, on peut espérer, que deux décennies après son apparition en France, Tranströmer, va connaître un élargissement significatif de son lectorat et de sa notoriété. Ce serait une question de justice au regard de sa qualité et des efforts de son premier éditeur. Ce serait également une chance pour notre littérature. La découverte d'une poésie ni lyrique, ni critique, ni post-moderniste, ni hostile à la Technique, ni quoi que ce soit de répertorié, pouvant apporter une énergie neuve.

 

On doit néanmoins demeurer prudents. Les conditions d'accueil se sont plutôt restreintes pour ce qui demande de l'écoute, une compréhension des articulations et un ralentissement. Le consumérisme et le spectaculaire règnent (presque) en maîtres. Et « l'événement » de ce mois d'octobre est plus l'affaire d'un grand lecteur - André Velter - disposant d'une collection puissante, et de quelques proches, que d'un quelconque, hélas, mouvement de fond!

 

Et c'est pourquoi nous vous prêtons la main, amis!

 

*

 

Pas des mots, mais un langage , c'est aussi "le texte magnifique" d’Yves Charnet  prononcé à Jussieu ce 15 novembre  en hommage à Jacques Derrida. "simple et tellement fort à la fois, tellement central tout en restant accroché à ce partage d’homme à homme, main à main, via cuillères et cafetière tout en se haussant au plus haut de ce qu’on reçoit dans les livres... (FB), intitulé très sobrement: Un jour pour parler (précédé de Un lundi de novembre, par Sébastien Rongier).

 

 

 

Yves Charnet a dirigé le collectif Le poète que je cherche à être,  La Table Ronde, 1996 . A l'article "Comment nommer", p. 198, Jacques Derrida –qui souligne- cite Michel Deguy, La poésie n’est pas seule, Court traité de poétique, éditions du seuil,1987:

 

« La responsabilité que la pensée de Heidegger nous somme de prendre -par où elle nous oblige et exerce sur nos pensées une attraction obligatoire - est la responsabilité à l'égard de l'être, dont nos langues maintiennent l'entente et l'attente - et peut-être se maintiennent elles-mêmes à la faveur seulement de cette contenance sans contenu. À force d'entendre l'être", l'être re-marqué, réausculté, mentionné, italiqué, majusculé, guillemetté, nous devenons responsables, nous devons répondre, i.e. dire comment cela résonne à notre entente, "comme nous l'entendons"».

 

Quelle meilleure annonce pour la rencontre Heidegger, le danger et la promesse, qui se tient à Strasbourg du 30 novembre au 5 décembre 2004. 

 

Le Parlement des philosophes consacrera une session exceptionnelle à Heidegger et à la question de la fin de l’histoire et réunira quarante philosophes américains et européens, de Peter Sloterdijk à Jean-Luc Nancy, de Giorgio Agamben à Richard Rorty,  de  Jean-Luc  Marion  à  Samuel Weber. Pourquoi une telle rencontre  aujourd’hui ?  Les  raisons pourraient être nombreuses : la révolution philosophique dont il fut l’instigateur (l’une des plus importantes depuis Kant), l’« affaire Heidegger » et sa compromission    avec    le    nazisme,    son influence sur la philosophie contemporaine, etc. (voir p. 8 du Journal des Conversations, n° 1)

 

 

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Pas des mots , mais un langage encore avec La journée d'étude : « Gherasim Luca à gorge dénouée » organisée par l'Université de Cergy-Pontoise le Vendredi 10 décembre 2004.  Sereine Berlottier, qui avait donné dans la revue de Janvier 2003, "son" Gherasim, un texte rare, a rassemblé les meilleures informations.

 

Comme dit Serge Martin, l'un des organisateurs:

 

Cette journée d'étude montrera ainsi la multiplicité interne du continu rythmique et éthique de l'oeuvre de Luca dont la force intempestive ne cesse d'entraîner chacun de ses lecteurs dans l'invention solitaire peut-être mais jamais solipsiste de sa propre lecture autant que de sa vie.

 

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A Chaumont (Haute-Marne) seront (pour deux jours) les Méditerranées. Hubert Haddad a invité aux Silos: Leila Sebbar, Tahar Bekri, Salah Stétié, Rachid Boudjedra et combien d'autres...pour un programme assez exceptionnel pour ce deuxième Salon du livre qui souhaite mettre en évidence la sensibilité méditerranéenne, si multiple et si prodigue en échos solidaires, en croisements mélodiques et en sagesse ancestrales

 

 

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Pour les lecteurs de Büchner (Lenz, Leonce et Lena), Celan (Le Méridien) résonne sans doute encore cette phrase : Le 20 janvier, Lenz marchait dans la montagne ... Dominique Dussidour nous offre de découvrir Le plus sentimental des romans, traduction, notes et postface de Hugo Hengl, paru aux éditions Grèges (14, rue Emile-Zola, 34000 Montpellier), dans la collection Lenz.

 

*

 

On lira avec intérêt la réflexion de François Bon: Comment gérez vous vos blogs?, au moment où surgit celui d'Eric Hoppenot, et après que celui de Pierre Assouline a enclenché via un détour par le Japon (journal littéréticulaire de Patrick Rebollar) une belle réflexion sur la traduction de Bartleby, the scrivener, A Wall Street story de Melville.

 

*

 

A l'heure d'internet et des blogs, la quatrième de couverture du Méridien de Greenwich (Minuit, 1979) prend allure étrange:

Chacun sait que le méridien de Greenwich se prolonge,

de l'autre côté du globe, par une ligne imaginaire, de

part et d'autre de laquelle cohabitent, à tout moment,

une journée avec la journée du lendemain.

 

« C'est un scandale », dit Caine, « c'est la preuve

que l'on n'est jamais arrivé à concilier le temps et l'es-

pace. » Ce scandale détermine et contamine l'écriture

du livre : deux organisations parallèles ne cessent de s'y

rencontrer dans la même quête d'un secret dont seul le

lecteur connaîtra en définitive la nature.

Le thème "Espaces et temps" était au programme du récent colloque de Saint-Etienne. En accompagnement de celui-ci, une réflexion sur Echenoz et l'argent, de Christine Jérusalem: à propos de Stevenson et de quelques libellules. Et si l'on aime le jazz, ces quelques notes sur l'auteur.

 

*

 

 

 

Nous terminerons par -litote- un petit tour de librairies avec des livres de proches du côté du canal Saint Martin grâce à Dominique Hasselmann.

 

S'y procurer le dernier numéro de La Femelle du requin, dont le grand invité est Antonio Tabucchi.

 

 

pour remue.net

Ronald KLAPKA  

 

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