| Patrick Chamoiseau / écrire en pays
dominé l'hommage de remue.net à Patrick Chamoiseau |
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Comment écrire alors que ton imaginaire s'abreuve, du matin jusqu'aux rêves, à des images, des pensées, des valeurs qui ne sont pas les tiennes? Comment écrire quand ce que tu es végète en dehors des élans qui déterminent ta vie? Comment écrire, dominé? ... L'unique hurlement est en toi. Patrick Chamoiseau. |
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Pour saluer Patrick Chamoiseau, un extrait de la "Sentimenthèque" qui trace à travers un de ses livres essentiels une des lignes de fugue - Ecrire en pays dominé a été publié chez Gallimard en 1997, et repris en Folio en 2002 à lire aussi, sur remue.net
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autres liens et ressources |
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extrait : "écrire
en pays dominé"
D'Agrippa d'Aubigné : Contre peur prudences réalisme, le Tout-possible déjà dans le tumulte génésique des sept rythmes. De Faulkner : Le Lieu, construit de soi pour soi, immense de toutes tragiques mémoires déracinées. De Faulkner : La débâcle des consciences solitaires qui s'entremêlent totales - avec l'art comme régent. De Glissant : Contre l'appel des conquêtes, l'Écrire comme une idée de la grandeur en jeux de relations, non en actes de puissance. De Verlaine : Mélancolie savante, regard total, le rêve-musique par-dessus le malheur pas dicible. De la Bible : La parole qui nourrit l'écriture et l'écriture qui fait parole, l'infinie structure qui s'offre. D'Unamuno : La parole qui fait l'homme, et la mise en alerte, ô veilleur, autour des vérités. De Defoe : Faire mythe dans la légende même, le personnage prenant ta chair... ô enchanteur. De Stevenson : Le réalisme extrême (point l'absolue vérité) dans l'extrême romanesque. L'enchantement, en fulgurance durable dans l'aventure qui baille (sous de secrètes lanternes) le sens merveilleux du réel. De Rabelais : Contre les poignes sorbonicoles, aveuglements et beaux mirages, porter en tout, et en soi-même, la déroute du rire salutaire et des "esprits animaux"; mobiliser science populaire et science savante et affecter toute science au service de l'Écrire, sans faire science. De Rabelais : T'installer en toute langue comme un dévot profane qui mène bacchanale; ne craindre ni l'artifice, ni l'énorme, joue la fable en niant la fable, risque-toi aux impossibles venus des quatre vents - et, le temps haussé, n'oublie pas de vivre mené selon ton coeur. De Villon : La poésie ruée tu tumulte intérieur et non de la mesure hypnotique du troubadour - le paysage brusquement effacé. De Rilke : Se tenir au difficile. Chaque maille de l'Écrire comme une vaste expérience. De Racine : La merveilleuse tourmente, désormais au-dessus de son abîme - achevée. De Garcia-Marquez : Contre les murailles du Vrai, le dire horizontal et les rideaux du Temps, enchante en lucioles, en odeurs, en improbables naturels, en cercles de démesures, ourle la phrase et foisonne, foisonne dans les possibles de l'esprit; et prends garde aux mécaniques de la Merveille. De Jean Giraudoux : Le mot (lustré précieux) qui fait image, et détermine l'idée, la parole qui construit l'homme dans des liens de vérité avec le monde. De Mohammed Dib : Contre leur force coloniale, l'écriture-incendie, qui prolifère aveugle-visionnaire jusqu'aux embrasements. De Cendrars : L'appel du monde en sensations, houles et cassures sèches, rimes et déraillages - l'immesure caressée au-delà des Peaux-Rouges, au-delà de la soif, au-delà des déserts, au-delà des montagnes. De Segalen : L'exigence, intensité goûtée de Différence et de Divers. De Cortazar : L'ensemble entrevu de mille éclats, et laissé libre - ouvert - à son désordre. De Beckett : Attendre, non pas la satisfaction du prévisible, mais la déroute simultanée de l'imprévu - demeurer désirant dans les errances immobiles où le présent s'acclame solaire - se fondre alors une autre lucidité. De Montaigne : Naître au monde et aux autres, par la plongée en soi - ta chair double (regardée gentiment) t'offrant la chair du monde, estrangetés désarmées en commune condition - et l'écart bienfaisant devant les certitudes. De Proust : Contre l'Unicité de l'être, le fugace du réel éclaboussant les strates de notre esprit changeant, là où toute vie ténue, incertaine, sédimente en désordres d'imperceptibles totalités. Et: La construction, comme une rigueur insaisissable. De Rimbaud : L'Errance ennuyée, propulsée par l'énergie primale, l'appétit fondateur en usure dans un salut de Drive au monde, ô consumé... De Baudelaire : Contre soi-même, la forme-symbole qui, dans son geste même, dégage sa mesure d'un enfer de nostalgies boueuses. De Flaubert : Partout dans l'oeuvre, mais sans y être, se projeter sans rien ramener à soi, et méfie-toi des figements de l'huile. De Yourcenar : Du paragraphe, cueille les mots, et cueille encore, jusqu'à ce que la lumière lève sobre du dedans. De Gracq : Le Lieu-frontière, toujours, hors paysage, et le rêve sans paupières (en émotion)... De Pound : Les entrelacs barbares d'un chant d'errance au monde nouveau, ruptures, ombres, rythmes et fragments synchrones, décadences et lumières; l'image comme déflagration de raison, d'émotion, d'enseignement et d'hypnose, d'unité et de diversité, de mémoires et de beauté. De Saint-John Perse : Dans la virulence du sel où tant de contraires s'ameutent, se fécondent, se prolongent, épelle le monde entier en matériau d'Écrire: dans la moindre de ses miettes ouvre le symbole immense; mais ne loue pas les conquérants hautains; soucie-toi des humanités brisées, insonores, couleur de papaye et d'ennui qui t'entourent; et ne fais pas des livres mais une oeuvre. De Joyce : Écrire à fond, langue en tombeau ouvert sur tes ombres profondes, en avenir, en tout risquant à fond, dans la tremblée des certitudes et des os de ton crâne; non l'exposée de soi, mais tout le soi en matière dans l'Écrire; le personnage tissé langage, et le langage tramant le monde en de multiples consciences : c'est l'épique neuf, au sens ouvert, inépuisable. De Lewis Caroll : Contre les murailles du vrai, émerveille, ho émerveille.
© Patrick Chamoiseau / Gallimard |
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