Les aventures de Rosa Bonheur au pays des bêtes ou la petite fille aux pinceaux (4)

Cela pourrait être conte… Un conte un peu particulier qui ne se conclut point par cette phrase traditionnelle : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants  », mais dont l’épilogue serait : « elle vécut heureuse et peignit beaucoup de tableaux  ». Un conte qui aurait pu faire rêver les petites filles du XIXe siècle àune autre destinée que celle de petites filles modèles.


© Irène Jonas - Agence révélateur

1848 est en France une année marquée par une révolution, l’abdication de Louis-Philippe, la fin définitive de la monarchie, la naissance de la seconde république, l’instauration du suffrage universel et l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Peu troublée par ce soulèvement, Rosa arpente Paris et les barricades avec son père enthousiaste.

1848, pour Rosa c’est aussi l’année de la mort de Louis Frédéric Micas, son père d’adoption. Celui qui dans ses derniers instants fait promettre àNathalie, sa fille, et Rosa de ne jamais se quitter. Ce qu’elles feront puisque la suite de leur vie sera commune jusqu’àce que la mort les sépare, bien des années plus tard. Puis, l’année de la naissance de son demi-frère qu’elle n’associera jamais àla réalisation de certaines de ses œuvres tout en contribuant financièrement àson éducation. Mais, surtout, c’est l’année de la médaille d’or qui lui sera attribuée au Salon, avec l’amorce d’une renommée sans précédent et le début de la fortune.

L’année suivante c’est au tour de son père de disparaître, mais Rosa a définitivement choisi le pays des bêtes et des pinceaux, optant pour un refus sans appel du mariage. La petite fille qui courait libre dans les champs est devenue une femme qui s’affranchit de toute contrainte. Elle est célibataire mais ne fait pas le choix de la solitude, elle est une femme mais porte le pantalon pour les besoins de sa peinture et imagine d’immenses tableaux. Elle veut gagner beaucoup d’argent, clé de l’autonomie àlaquelle elle aspire.

Après le succès du Labourage nivernais, elle se lance en ce milieu du XIXe siècle dans une immense toile qui fait un triomphe : Le marché aux chevaux. D’abord sans acquéreur en France malgré son succès au Salon, elle est finalement achetée par un marchand de tableaux àLondres, Ernest Gambard, qui devient « son  » marchand et ami, assurant pour les années àvenir sa promotion jusqu’au-delàde l’océan.

7 janvier 2022
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