Choeur : Comment
t'appelles-tu ?
Roberto : Je m'appelle André, André Colin, Andreas
Kolb, Georges Neron, Pol, Kurt.
Choeur : Roberto Suco.
Roberto : Je suis
allemand, belge, italien, suisse, anglais, portugais, hollandais.
Choeur :Tu
as un visage d'ange mais ton curriculum vitae dénonce ton apparence inoffensive.
Roberto : Je suis espion international.
Choeur : Tu es un tueur erratique.
Roberto : J'appartiens à l'état-major insensé du monde.
Choeur : Même à toi cela doit sembler étrange, dérober,
cambrioler, battre, blesser, violer, trucider, puis redécouvrir cette espèce
d'innocence peinte sur ta face comme des fleurs de porcelaine, tu dois te trouver
passablement obscène à tes heures de lucidité.
Roberto
: J'habite un enfer dépourvu de reflets.
Choeur : Dans un fragment
de miroir crasseux, te regardes-tu jamais ?
Roberto : Vous voulez me psychanalyser
?
Choeur : Expertise close.
Roberto : Les médecins ont tous dit
que j'étais fou hier aujourd'hui à jamais.
Choeur : Qu'est-ce
qui te fait croire que je suis psychiatre ? Tu pourrais te tromper.
Premier
inspecteur ( Didier ) ou inspectrice ( Corinne ) : Après son évasion
de l'asile psychiatrique, il habitait un galetas anonyme au dessus d'un bazar
- Toulon. Putes, macs, flics, bars et lui égaré au milieu du milieu.
Roberto : Ceux qui vivent sur la route ne se regardent jamais dans la glace.
Miranda : Je passais des heures à le regarder, il était si beau
quand il dormait dans l'herbe.
Deuxième inspecteur ou inspectrice :
Dans le petit Chicago, le quartier chaud de Toulon, une espèce de Pigalle
tiède et suranné, dans le danger émoussé d'une ville
de marins, il sommeillait.
Roberto : Au delà du miroir est. Éloignez-le
de moi !
Choeur : Qui ?
Miranda : Je me souviens, il parlait souvent d'un.
Roberto : Quand je ne pouvais pas partir, j'affichais des cartes Michelin sur
les murs de la salle de bains - mes yeux suivent les veinules rouge minium des
nationales, butent sur les émeraudes des villes ouvertes.
Deuxième
inspecteur ou inspectrice : Il s'échappe après une fusillade de
truands, il en tue deux et puis.
Choeur : L'enfer itinérant des montagnes
françaises.
Roberto : Non, une sorte de paix, un chalet familial habité
à la sauvette, une dépense folle de mon corps à couper du
bois, à arpenter les sentiers de neige, mille mètres de glacier
entre moi et les navires de guerre, je m'oublie presque, j'oublie mes crimes passés
et à venir.
Miranda : Tous les anciens galions d'Europe appareillent
quand ta bouche s'ouvre, les ombres des colonies projetées sur la mer.
Roberto : Et puis.
Choeur : Miranda.
Miranda : Mon bonhomme de neige rapide
sur ses jambes.
Roberto :Et puis.
Choeur : Au commencement.
Roberto
: Mathilda, donne-moi les clés de la voiture, je sors.
Choeur : Était.
Mathilda : Non.
Roberto : Je me rappelle.
Miranda : Il se rappelle, vous
entendez, alors il finira par se souvenir de moi, moi, Miranda, il ne m'a jamais
oubliée !
Mathilda : C'est moi Mathilda qui suis au commencement de
tout.
Roberto : Je n'aurais même pas eu à lui demander les clés
de la voiture, je les mettais dans mon blouson, tous les matins je mettais le
contact et j'allais à l'école, et puis ce soir-là, ne les
trouvant pas, je suis allé trouver Mathilda - et tout ce temps de maîtrise
de moi-même annulé dans une seule demande : passe-moi les clés
de la voiture.
Mathilda : Non.
Roberto : Mathilda...
Choeur : Donc
vous appeliez votre mère par son prénom ?
Roberto : Je prends
la voiture tous les matins pour aller à l'école, les camarades sont
jaloux de moi, la jalousie dans leurs yeux me dédommage des regards de
dédain des filles, me dédommage des coups de coude que je distribue
aux filles impudiques qui m'entourent.
Mathilda : Tu ne vas pas au lycée
le soir alors reste à la maison, je ne sais pas ce que tu fais dehors et
cela me rend folle.
Miranda : Je l'ai rencontré sur une route de montagne,
il marchait, il regardait en l'air, il m'a souri, on était bien ensemble,
il me tenait par la main d'une manière parfois tellement...
Premier
inspecteur ( Didier ) ou inspectrice ( Corinne ) : Parfois tellement...
Miranda
: ...tellement tendre.
Roberto : Je vais faire un tour en ville, je vais retrouver
des amis.
Mathilda : Amis ? Gens qui sont autour de toi et parasitent ta beauté,
tes inférieurs, mais tu es si beau alors reste ici.
Roberto : J'ai
de bonnes notes en classe.
Mathilda : Tu es un formidable petit fayot, fils
de ton père, et maintenant que tu veux t'encanailler, tu vas devenir une
formidable petite frappe, exact fils de ton père.
Le père :
Moi je n'ai pas encore voix au chapitre.
Mathilda : Tu dois être le
meilleur, or tu n'as aucun effort à faire pour être le meilleur,
tu l'es puisque mon fils et parce que je t'ai élevé comme je t'ai
élevé, vers le haut.
Roberto : Mon corps est l'illustration
vivante de l'acier - que veux-tu de plus Mathilda ? Miranda : Il faisait de la
musculation, des milliers de pompes en plein air, au milieu des vaches indifférentes,
l'herbe gardait la marque profonde de ses poings, il se laissait tomber, il disait
: tu as vu ? Cent cinquante.
Roberto : Pourquoi ?
Mathilda : A-t-il demandé,
les yeux déjà exorbités, il a vu que mon visage et ma voix
disaient non, diraient non et éternellement non.
Miranda : Il m'apportait
un cadeau chaque fois qu'il venait me voir, des choses chères et extravagantes
ou bien des colifichets sans valeur.
Roberto : Donne-moi les clés.
Miranda : Avec la même ferveur.
Mathilda : Non.
Roberto : Pourquoi
?
Mathilda : Non.
Roberto : Deux ans que j'ai eu mon permis de conduire
du premier coup - rends-moi les clés !
Choeur : Elle a pris les clés
dans votre blouson, je comprends que ça vous ait irrité.
Roberto
: Alors viens dans la salle de bains.
Mathilda :Tu crois que c'est un lieu
propice à la discussion et puis je ne discute pas.
Roberto : Viens
dans la salle de bains. J'aime bien cet endroit. C'est chaud et intime. Et puis
il y a là-bas ton odeur qui s'obstine, l'odeur de musc de tes bas et l'odeur
salée de tes aisselles.
Mathilda : J'ai toujours su qu'il y avait un
viol possible entre nous. Ai-je pensé ? Ai-je dit ?
Le père
: Mais qui fera le premier pas ?
Miranda : Ce matin, j'ai éprouvé
de nouveau le manque de lui juste sous mon corps, j'ai senti la carence de lui
jusque dans mes os, alors j'ai vu l'avis placardé et j'ai couru jusqu'ici
et maintenant que je suis là comment me taire ?
Premier inspecteur
( Didier ) ou inspectrice ( Corinne ) : Il s'appelait ?
Roberto : Combien
tu prends ?
Deuxième inspecteur ou inspectrice
: Il s'appelait ?
Florence : Combien tu me donnes ?
Premier inspecteur
( Didier ) ou inspectrice ( Corinne ) : Il s'appelait ?
Florence : Comment
t'appelles-tu ?
Miranda : Roberto Suco.
Roberto : Je ne dis jamais mon
nom.
Florence : Moi Florence.
Roberto : Moi juste moi toi juste toi -
Combien ?
Le père : On se moquait de lui à l'école, son
nom de friandise, son nom de pâte de fruit, on se moquait surtout de moi
à travers lui.
Mathilda : Tu es un incapable consternant ridicule affligeant
quoi au fait ?
Deuxième inspecteur ou inspectrice : On sait enfin son
nom.
Le père : Moi j'en avais plusieurs.
Roberto : Combien ?
Miranda : Il m'a avoué que mais je n'y croyais pas - comment faire ?
Deuxième inspecteur ou inspectrice : Un nom italien Didier ( Corinne),
il faut appeler l'Italie, les archives du parricide.
Miranda : C'est tellement
bon de le redire, j'ai pensé que je n'aurai plus jamais la douceur de ce
nom sur la langue.
Mathilda : Roberto ? Roberto ? Qu'est-ce que tu as à
la main, mais tu es fou !
Roberto : Je me tue.
Mathilda : Non !
Le
père : Une amitié amoureuse et violente qui se développait
- sous mon regard impuissant et grâce mon silence. Il la ceinturait de derrière
pendant qu'elle faisait la vaisselle, la soulevait, il riait très fort
et elle gloussait au-dessus de l'évier.
Mathilda : Lâche-moi
!
Le père : Le lendemain elle le frappait, comme s'il avait sali sa
culotte en catimini, comme si la scène devant l'évier n'avait pas
existé.
Roberto : Laisse-moi Mathilda !
Le père : Je voyais
tout ça en rentrant du commissariat, j'étais absent et muet.
Choeur : Du dehors on ne voyait rien. Du dedans je ne vois pas davantage.
Le père : Il l'appelait par son prénom et moi il m'appelait papa.
Choeur : Cela nous le savons.