Ernst Herbeck / 100 poèmes

"écrits fous magistraux", c'est le titre de la collection de Harpo &, où vont paraître, avec une postface de Léo Navratil, les premiers poèmes d'Ernst Herbeck traduits en français.

C'est Jacques Rebotier qui attire notre attention sur cette publication. On en fait part bien volontiers.

à lire (en anglais) : un entretien avec Leo Navratil, psychiatre, éditeur de Herbeck, sur art et schizophrénie
présentation d'Ernst Herbeck dans le Neue Züricher Zeitung

à découvrir : les éditions Harpo & ont publié Les Cahiers de Voronoej de Mandelstam, des lettres de Chaissac, et plusieurs livres de Jacques Rebotier

le site de Jacques Rebotier, voQue et son théâtre des questions

"personne n'aurait pu se douter qu'un homme aussi gravement handicapé dans sa parole, chaque fois qu'on lui donnerait du papier, de quoi écrire et un mot-clé, trouverait , tout au long de 30 années, le chemin de tels trésors linguistiques" Ernst Jandl


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Ernst Herbeck, 1920-1991, est, à sa demande, interné en 1946 à l'hôpital psychiatrique du Gugging. Répondant à la suggestion de son médecin, il y écrit pendant trente ans des milliers de poèmes, qui sont autant de cailloux. J'ai envie de parler à leur sujet d'intra-réalisme, tant ils traitent d'une réalité infraphysique (il y a quoi à l'intérieur des objets, ou plutôt: comment est le réel quand on passe à l'échelle en-dessous ?) Et dans les mots eux-mêmes,il y a quoi ? Comment elle pense, la langue ?
Les cailloux — ou les clous — de Ernst Herbeck sont incisifs, et durs.
Chacun d'eux procède d'un tourbillon lent et bref. Ils sont candides, voire blancs, c'est-à-dire transparents. En équilibre sur l'apparence. Petites torsions du réel. Ils sont générateurs de très courts-circuits de la pensée. Ils frôlent le vide.


dessin d'Ernst Herbeck

Ce grand livre est publié, en bilingue, par ce qu'on appelle un petit éditeur: Harpo &. Il sera en librairie le 12 novembre.
Le film de 1980 sur le Gugging, où se voit Herbeck lire ses poèmes, sera projeté à la Halle Saint-Pierre (Paris) le 27 novembre à 19 h 30.
Jacques Rebotier

1
Je tape un clou.
Je, pronom pers., tape, un
verbe, un clou, un symbole
de dureté et de force. Je
tape un clou – un
processus de travail
Ich schlage einen Nagel ein.
Ich, pers. Fürtwort, schlage, ein Zeitwort, einen Nagel ein, ein Symbol des Härte und der Kraft. Ich schlage einen Nagel ein – ein Arbeitsvorgang.

 

2
La mort.
La mort est toute grande.
La mort est grande
Ta mort est semoule.
La mort est belle.
La mort est aussi.
La mort des animaux.
La mort est stupide aussi.
Je peux aller dans la mort.
La mort dans l'école en fille.

 

3
Un poème est une prédiction
Le poème est un Phourquoi. Le poète ordonne la langue en phrases courtes.
Le reste, c'est le poème lui-même.
Ein Gedicht ist eine Voraussagung.
Das Gedicht ist ein Varum. Des Dichter ordnet die Sprache in kurzen Sâtzen.
Was über ist, ist das gedicht selber.

4
La bougie appartient à toute la famille. Avant tout pour les jours sombres. L'allumer et l'apprécier. Je veux dire l'obscurité.

 

© éditions Harpo - traductions : Eric Dortu - Sabine Günther - Pierre Mréjen - Hendrik Sturm - Bénédicte Vilgrain