EPONYME, art et littérature

[Une revue c’est une direction, même quand le directeur s’efface.]

On l’aura laissée grande, l’image de couverture, c’était important - c’était important parce qu’elle raconte, cette image, un peu de l’utopie du projet : une revue, faire une revue, “une de plus” comme ce fut seriné, au long de l’élaboration, à son responsable, Eric Pessan, faire une revue à quoi ça sert, il y en a déjà plein les rayonnages, des revues. Depuis son titre elle joue les discrètes, Eponyme, pas tapageuse, pas que de la gueule (même si de la gueule oui, bien sûr, aussi, cf. la photo de couverture et beaucoup d’autres belles images, dedans, et aussi la qualité, d’impression, de fabrication). Discrète à l’instar un peu de Pessan, auteur peu exposé (mais présent sur remue.net, notamment pour un dialogue avec Sylvain Coher dans notre revue de septembre 2003.)

Or il n’y est pas pour rien ni même pour si peu, Pessan, qui peut bien répéter à l’envi, quand on l’interroge (aux rencontres « Ecrivains en bord de mer » à La Baule, organisées par Joca Seria, en juillet), qu’il n’a pas fait grand-chose dans cette affaire, ou si mais quoi, si peu, presque rien même, que le mérite en revient à la maquettiste de Joca Seria, à Bernard Martin l’éditeur, aux auteurs, aux plasticiens, aux crayons plumes et appareils photographiques - on plaisante. N’empêche qu’on insiste et y revient, à ce mérite dont Pessan refuse d’être orné, et qui tient en un détail : il a su demander.

Quoi et comment demander, comment formuler et à qui cette demande, cette proposition : travail solo ou duo ou multiple (comme l’est potentiellement le général Instin dont on avait déjà dit mot ici et qui se décline et mute dans les pages d’Eponyme), travail d’écrivain ou de plasticien, plasticien écrivain (comme Régis Perray), écrivain plasti-fiant ? plasti-quant ? (entendre aussi, ici, dynamitage des chapelles et cloisons). Il a su conduire et autoriser, leur a creusé l’espace, qu’il revenait à eux de combler.
Au final, Eponyme est en route : revue d’art et littérature, les deux ainsi coagulés, lovés (image dans texte et vice-versa), les deux pages ouvertes comme lieu d’exposition, un lieu où Pessan aurait tracé quelques lignes au sol, des repères, enfin, à peine, de vagues traces, les artistes vous faites avec enfin, faites mine.
C’est ainsi, un peu, enfin, on image, qu’il a su demander.
Et la demande, alors, devient cadeau.

Au final Eponyme, c’est : 17 artistes, choisis. Parmi ceux-ci, nombre d’écrivains suivis sur ce site : Patrick Chatelier, Nicole Caligaris, Arno Bertina... d’autres, évidemment, moins (notamment Marie Darrieusecq, dont ni les textes présents, ni les photos de qu’ils commentent, ne m’ont convaincu).

Le tout, c’est dit alors répétons-le, superbement mis en page, en fait un objet d’art, de vides, de pleins. D’espaces.

Eponyme se présente au public au Lieu Unique, à Nantes, le jeudi 29 septembre à 20 h, en présence de Eric Pessan, Bernard Martin (des éditions Joca Seria), et Nicole Caligaris.

Guénaël Boutouillet - 23 septembre 2005