Bernard Bretonnière | "j’ai fait la liste des choses à oublier nous ne manquerons de rien"

Bernard Bretonnière est bibliothécaire en Loire-Atlantique, et a publié notamment au Dé Bleu (voir notice, Ce qu’il faut de patience, ainsi qu’aux éditions Théâtrales. Il pratique et accumule les énumérations, dans la visée d’un projet autobiographique, depuis de nombreuses années. Les cinq énumérations que nous présentons ci-dessous sont inédites.

FB


MOTS 2000
un bilan de fin d’année

 

Bogue, psychopathe, télé-travail, rap, fax, racaille, citoyenneté, messagerie vocale, internet, intranet, métissage, exclusion, multiculturel, e-mail, FPÖ, vache folle, stock-options, Near, Creutzfeldt-Jakob, virtuel, camps de filtration, logiciel, zapper, surfer, Erika, très tendance, ADN, épuration ethnique, de chez (con de chez con), harcèlement moral, ressenti, dévédérom, Alzheimer, jeunisme, bâtard, rebondir, internaute, périphérique, générique, cyanure, dealer, déstabiliser, glauque, sahélisation, outing, guerre, conflit, multimédia, repositionner, économie de marché, e-book, méga-top, bioéthique, politiquement correct, technoculture, hip-hop, pensée unique, exception culturelle, image, pitbull, DJ, djeune, refondation, otages, malbouffe, rottweiller, karaoké, créatine, acter, grande distribution, les boules, percuter, de ma mère, télécharger, érémiste, scooter, point barre, start-ups, lascar, ça défouraille grave sa race, séquençage, graveur, dévirussage, I love you, pacser, global-market, booster, portable, doper, burnout, surmenage, online, Tchétchénie, lifting, Windows, sitcom, relookage, cybermarché, trash, numérique, sans papiers, MP3, listing, exclus, réseau, listériose, Koursk, clone, trente-cinq heures, déstresser, séquençage les affaires, kebab, Pokémon, langue de bois, referendum, pot belge, gagner-des-millions, cohabitation, Lara Croft, troisième millénaire, techno, pics de pollution, courrier électronique, initier, panini, principe de précaution, teuf, rave, hypertexte, traçabilité, mondialisation, Contrat Éducatif Local, anti-bactérien, trottinette, bourgeoise attitude, euro, portail, encéphalopathie spongiforme bovine, sécuritaire, cité, Dancer in the dark, world music, achats en ligne, délocaliser, interpersonnel, gore, Gore (Al), Mairie de Paris, branché, Réduction du Temps de Travail, no problemo, vidéo-surveillance, styrène, revisiter, one to one, funiculaire, Harry Potter, XXIe siècle, Grozny, joyeux Noël et bonne année.


un troisième gros dictionnaire, le leur

Pour Michel Fréard
et tous les Aquatintiens

Accélérateur de particules (Jean-Michel Maulpoix)
Adversaire de l’écrivain (Jean-Michel Maulpoix)
Âme collective qui interroge, qui pleure, qui espère et qui devine quelquefois (Charles Baudelaire)
Amoureux fou du silence (Octavio Paz)
Arpenteur de l’existence (Petr Král)
Artiste assembleur de mots pratiquant d’un art aussi largement partagé que la marche sur deux pattes ou le rire complice (Gil Jouanard)
Artiste de la langue (Gil Jouanard)
Attelle qui relie les univers chaotiques et les équilibres éphémères précédant un nouveau départ, vacillant et maladroit (Hawad)
Attrapeur de poésie (Claude Roy)
Baratineur, jacasseur, bévue de Dieu (Luuk Gruwer)
Beau fruit de confinement (Jean-Pierre Georges)
Bon conducteur d’énergie logée dans les mots (Gil Jouanard)
Bonhomme qui fait des poèmes (Louis Scutenaire)
Bulle soufflée par la ville (William Congreve)
Cartilage de conjugaison (Caroline Sagot-Duvauroux)
Cavalier (Alfred de Musset)
Celui à qui s’adressent les apparitions, les visions, les cieux qui s’enroulent comme des papyrus, le buisson ardent, la colombe à quatre ailes (Marosa Di Giorggio)
Celui dont les mots sont le monde (Gil Jouanard)
Celui dont les paroles vont dans toutes les directions (Rajasekhara)
Celui qui cherche le système intelligible et imaginable, de l’expression duquel ferait partie un bel accident de langage : tel mot, tel accord de mots, tel mouvement syntaxique, - telle entrée, - qu’il a rencontrés, éveillés, heurtés par hasard, et remarqués, - de par sa nature de poète (Paul Valéry)
Celui qui cherche sa pensée et redoute de la trouver (Jules Supervielle)
Celui qui crée, à son seul usage, sa métaphysique (Marcello-Fabri)
Celui qui espère dans le passé (Jean-Pierre Milovanoff)
Celui qui imagine des personnages auxquels personne ne croit et que nul pourtant n’oublie (Elias Canetti)
Celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré (Paul Éluard)
Celui qui ne rêve pas (Marcel Béalu)
Celui qui nourrit le plus grand nombre d’intuitions (Marcello-Fabri)
Celui qui oppose au doux parfum de la servitude l’amère liberté d’être (Michel Thion)
Celui qui prend la réalité par surprise (Dominique Noguez)
Celui qui respire sans en avoir l’air (Pierre Autin-Grenier cité par Samuel Autexier)
Celui qui s’efface (Antoine Emaz)
Celui qui s’ouvre à ces voix multiples à l’intérieur de la voix (Peter Broome)
Celui qui se sert des mots moins pour dévoiler leur sens immédiat que pour les contraindre à livrer ce que cache leur silence (Arthur Adamov)
Celui qui tient sa parole (Patrick Watteau)
Celui qui tient mal sa parole (James Sacré)
Celui qui travaille à la libération des territoires occupés (Christiane Veschambre)
Celui qui trouve l’idée en forgeant le vers (Alain)
Celui qui voit double (Salah Stétié)
Chirurgien de la cataracte mentale (Jean-Pierre Georges)
Chose légère, ailée, sacrée (Platon)
Chose que l’on peut seulement être, non devenir (Hermann Hesse)
Cleptomane métaphysique (Sigitas Geda)
Colporteur de vent (Jean-Marie Barnaud)
Conservateur des infinis visages du vivant (René Char)
Déviant en bonnne santé (Jean-Pierre Georges)
Diseur de mots (...) qui, dans l’extrême veille, harponne un équivalent de rêve (Pierre Jean Jouve)
Égaré sublime qui porte en lui-même sa bergerie (René Guy Cadou)
Enfant du tocsin (René Char)
Enfant extrêmement petit (trois ans) et adulte qui coexistent dans la même personne (Umberto Saba)
Enfant qui chante sa mère (Umberto Saba)
Enfant qui s’étonne des choses qui lui arrivent, à lui-même, devenu adulte (Umberto Saba)
Éponge aptère (Valérie Rouzeau)
Errant (Raoul Ponchon)
Être qui sait dire mieux que personne où il a mal (Pedro Salinas)
Évangéliste d’une déesse intime (Pierre Louÿs)
Façon de l’âme (Édouard Maunick)
Fantassin de la vie féroce (Jean-Pierre Georges, sous l’influence de Franck Venaille)
Femme ou homme ordinaire désigné(e) par ce qu’il écrit (Annelyse Simao)
Fossoyeur de son langage et de lui-même (Yves Cosson)
Fou qui chante le mal de beaucoup (José Hierro)
Four à brûler le réel (Pierre Reverdy)
Funambule au nez rouge (Marie-Florence Ehret)
Funambule entre deux pôles contraires : la solitude et le collectif, le désespoir et l’euphorie, l’insignifiance et la lumière (Alain Blanc)
Funambule sans fil auquel il manque le manche (Michel Thion)
Géant qui passe sans effort par le trou d’une aiguille (Pierre Reverdy)
Gêneur qui dérange nos manies (Jules Supervielle)
Grand artisan, qui, au métier, se fit des muscles d’acier (Giosuè Carducci)
Grotesque du genre humain (Montesquieu)
Hagard musicien (Stéphane Mallarmé)
Héritier d’on ne sait quoi (Peter Broome)
Herméneute (Jean-Michel Maulpoix)
Hiérophante d’une inspiration instinctive (Percy Bysse Shelley)
Hirondelle sur une charrue par temps de neige (Pascal Commère)
Homme contradictoire (Bernard Pingaud)
Homme d’absence et de présence (Saint-John Perse)
Homme de refus et d’affluence (Saint-John Perse)
Homme des utopies (Victor Hugo)
Homme le plus cultivé de son époque (Cesare Pavese, cité par Hugo Gola)
Homme qui feint (Fernando Pessoa)
Homme qui marche (Gaston Puel)
Homme qui porte en lui / la cruelle pitié du printemps (Giuseppe Conte)
Homme qui veut faire renaître le sens du langage et la façon de regarder les choses (Giuseppe Conte)
Humain qui refuse toute fermeture à la pensée nourrie par nos sens, par notre corps sensible et, qui sait, capable peut-être d’accéder à une autre dimension de ces ensembles d’idées et de sens (Lorand Gaspar)
Idiot du grand village (Jean-Pierre Lesieur)
Influence qui n’est pas émue mais qui émeut (Percy Bysse Shelley)
Intermédiaire du souffle magique de la poésie (Silke Cornu)
Le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, - et le suprême Savant (Arthur Rimbaud)
Le meilleur de tous les critiques (Charles Baudelaire)
Le meilleur des critiques (Robert Kanters, visiblement inspiré par Charles Baudelaire)
Le plus doux des animaux (Jules Supervielle)
Le plus ridicule de tous les hommes (Montesquieu)
Le plus solitaire et le moins solitaire des hommes (Charles Ferdinand Ramuz)
Législateur non reconnu du monde ou Législateur secret du monde (Percy Bysse Shelley, selon les traductions)
Magicien de l’insécurité (René Char)
Malade mental de temps à autre (Jean-Pierre Georges)
Malin qui peut se morfondre à plaisir, qui s’acharne aux perplexités, qui s’en procure par tous les moyens (E.M. Cioran)
Mauvaise conscience de son temps (Saint-John Perse)
Mégalomane obstiné (Michel Thion)
Mensonge qui dit toujours la vérité (Jean Cocteau)
Mère qui chante son enfant (Umberto Saba)
Métaphysique instantanée (Gaston Bachelard)
Miracle, le seul miracle humain (Alain)
Miroir des ombres gigantesques que l’avenir jette sur le présent (Percy Bysse Shelley)
Moins un inventeur qu’un éclaireur (Jorge Luis Borges)
Monde enfermé dans un homme (Victor Hugo)
Multiplicateur de progrès (Arthur Rimbaud)
Nain qui remplit l’univers (Pierre Reverdy)
Névrosé (Julien Blaine)
Obsédé qui crie de temps en temps ce qu’il ne peut plus taire (Jean-Paul de Dadelsen)
Oiseau (François René de Chateaubriand)
Oiseau de passage (Alphonse de Lamartine)
Ombre portée d’un grain de sable dans le désert (Jean-Michel Maulpoix)
Ombre qui fait un poème (Gérard Prévot)
Orme qui peut donner des poires (Juan Jose Hernandez, sous l’influence d’Octavio Paz)
O.S. des lettres (Jean-Pierre Lesieur)
O.S. du langage (Georges Perros)
Otage silencieux, forcément reclus, de la pensée occidentale (Gérard Lemaire)
Parent pauvre de la faune épistolaire (Jean-Pierre Lesieur)
Partie de l’homme réfractaire aux projets calculés (René Char)
Passant qui voit flotter les rubans de la forêt (Petr Král)
Petit Dieu (Vicente Huidobro)
Peut-être quelqu’un qui, à tort ou à raison, veut des mots là où il n’y en a pas... et pour cause. (Antoine Émaz)
Phare (András Forgách )
Plongeon lumme* qui crie sur le lac (Ingela Strandberg)
Prince des nuées (Charles Baudelaire)
Professeur d’espérance (Jean Giono)
Professeur dans les cinq sens corporels (Federico Garcia Lorca)
Prophète (Pierre Leroux)
Prophète, philosophe, peintre, musicien et prêtre (Mikhail Nuaymah)
Propriétaire d’AX diesel de 230.000 kilomètres qui se retrouve un samedi matin dans un hôtel trois étoiles face à deux bonsaïs arrogants et qui se venge en les mettant dans un poème (Roger Lahu)
Prosateur (Jean-Pascal Dubost)
Prospecteur aventureux qui quitte la piste, va tout seul et s’avance, et découvre Dieu où nul autre encore avant lui ne s’était avisé qu’il fût (Paul Géraldy)
Quelqu’un capable de décrire Sophia Loren sans faire de gestes (Michel Thion, d’après une vieille blague italienne)
Quelqu’un qui cherche ses mots (Ariane Dreyfus)
Quelqu’un qui fait des strophes avec une morale à la fin (Véronique Pittolo)
Qui est vis-à-vis de nous, qui est si mal habillé ; qui fait quelquefois des grimaces et a un langage différent des autres ; qui n’a pas d’esprit pour parler, mais qui parle pour avoir de l’esprit (Montesquieu)
Reflet embusqué de l’Histoire (Jean Miniac)
Rêveur (Victor Hugo)
Roi des Gueux (Jean Richepin)
Rossignol qui, assis dans l’obscurité, chante pour égayer de doux sons sa propre solitude (Percy Bysshe Shelley)
Sans-souci (Jules Supervielle)
Secret reconnaissable (Édouard Maunick)
Seul étranger de la terre (Édouard Maunick)
Seul interprète des vrais dieux (Pierre de Ronsard)
Sorte d’aventurier de l’âme (Claude Nougaro)
Sorte de monstre dont les sens ont une forte personnalité (Jean Giono)
Souffrance (Pierre-Jean Buffy)
Synthèse des générations qui ont convoité la beauté absolue quand elle ont vu luire en elle un éclat de l’édifice cosmique (Srecko Kosovel)
Témoin si souvent troublé par l’injustice ou les larmes, et qui y participe silencieusement (Juan Luis Panero)
Toi / toi qui te nourris de la nostalgie du futur (Mohammed Kaïr-Eddine)
Travailleur qu’on ne voit jamais travailler (Jules Supervielle)
Trompette qui sonne la bataille et ne se sent pas dans ce qu’elle inspire (Percy Bysse Shelley)
Trou du cul somptueux (Daniel Biga)
Un (María Zambrano)
Un qui traficote avec sa lucidité et son aveuglement, avec son inhabileté, avec son innocence et avec le contraire de son innocence (Olivier Bourdelier)
Vase où les femmes versent leur cœur (Victor Hugo)
Ver de terre (Jacques Roubaud)
Visiteur inacceptable et inaccepté (Bernard Pingaud)
Voleur de feu (Arthur Rimbaud)
Voyant (Arthur Rimbaud)

* ou plongeon arctique (gavia arctica)


PAROLES ET MUSIQUES
une valse à mille temps

Pour Dominique Vissuzaine.

Prête-moi ta plume pour écrire un mot / y’a une pie dans le poirier j’entends la pie qui chante / ohé ohé matelot matelot navigue sur les flots / quand tu descendras du ciel / chantons tous son avènement / j’ai trouvé l’eau si belle que je m’y suis baigné / pour la mère pour la mère scions scions du bois pour la mère Nicolas / do do l’enfant do l’enfant dormira bientôt / sonnez les matines dig ding dong / lapin lapin viens me serrer la main / à dada sur mon bidet quand il trotte il fait des pets / j’ai bien mangé j’ai bien bu j’ai la peau du ventre bien tendue merci Petit Jésus / on les plante avec le doigt à la mode de chez nous / les mains aux côtés marionnettes recommencez / roi des forêts que j’aime ta ramure / tapent tapent petites mains / bateau sur l’eau la rivière au bord de l’eau / à Saint-Malo débarquez sans naufrage / dix onz’ douze ell’ seront tout’ rouges / il est passé par ici il repassera par là / à la volette sur un oranger / je l’attrape par la queue je la montre à ces messieurs / picoti picota lève la queue et puis s’en va / la belle si tu voulais nous dormirions ensemble lon la / mon papa ne veut pas que je danse la polka / du haut de son grand chêne il répond au hibou / on y danse tout en rond / moi je dis que les bonbons valent mieux que la raison / la belle que voilà ira les ramasser / lui dit ô mon roi votre majesté est mal culottée / le marquis lui a répondu majesté c’est ma femme / joli tambour donne-moi ta rose / rendez-moi donc mon chat vous aurez un baiser / son petit cœur pour un baiser / mais comme il n’y est pas il nous mang’ra pas / si tu y mets la patte tu auras du bâton ron ron tu auras du bâton / et le bec et le bec et la tête et la tête alouette alouette ah ! / au pas camarade au pas camarade au pas au pas au pas / ah les cro-cro-cro les cro-cro-cro les crocrodiles / j’en ai du fin et du bien râpé mais ce n’est pas pour ton vilain nez / fais dodo Colas mon p’tit frère / dodo l’enfant do l’enfant dormira bien vite / Marie trempe ton pain dans le vin / il pleut il pleut bergère / ton moulin ton moulin va trop vite ton moulin ton moulin va trop fort / que les yeux de la Paimpolaise qui m’attend au pays breton / ses escaliers sont en papier / entrez dans la danse voyez comme on danse / trois beaux canards s’en vont baignant / le fils du roi s’en va chassant avec son beau fusil d’argent / cinq éléphants ça trompe énormément / gentil coqu’licot mesdames gentil coqu’licot nouveau / colchiques dans les prés c’est la fin de l’été / elle épousa monsieur Gimblette coiffé d’un beau fromage blanc / oui monsieur Po oui monsieur Li oui monsieur Chi oui monsieur Nelle oui monsieur Polichinelle / quand il mourut chacun le pleura dans son potiron on l’enterra / sur sa tombe l’on grava ici gît un avocat / le chat l’a pris pour une souris mon Dieu quel homme qu’il est petit / pondait un p’tit coco pour l’enfant s’il dort bientôt / j’les ai mangées d’un seul repas / sont venus chez moi pour me serrer la pince / ça prouve que par les femmes l’homme est toujours guéri Carabi / et qui cassait des tas d’cailloux et qui cassait des tas d’cailloux / ils m’ont appelée vilaine avec mes sabots dondaine / qu’est-ce qui passe ici si tard gai gai dessus le quai ? / dans les prisons de Nantes il y a un prisonnier / à la paillasse le feu prit je trouvai mon mari rôti / c’est pas moi qui l’ai brûlée c’est la charcutière / en avant La Tulipe en avant / Malbrough s’en va-t-en guerre, ne sait s’il reviendra / le roi Renaud de guerre revint portant ses tripes en ses mains / et l’on pendouilla Pierre et la Jeannette avec / voilà le sort des enfants obstinés qui vont au bal sans y être invités / on cherche alors à quelle sauce le pauvre enfant-fant-fant sera mangé ohé ohé / ils n’étaient pas sitôt entrés que le boucher les a tués les a coupés en p’tits morceaux mis au saloir comme pourceaux...


PAROLES DANS LES BRASSERIES
une deuxième captation vraie de vrai

Lance-moi un tartare
Elle faisait croire à tout le monde que tout allait bien
Si t’as besoin d’éteindre t’appuies sur le rouge mais pas longtemps
Tout le problème il est là
Moi je sais ce que je veux je mets pas longtemps
Si j’ai pas mes deux millions cinq ça va bouger ça va bouger
Il mange pas il dort
Il a ça dans la peau il peut pas s’arrêter il dit chaque fois c’est la dernière il met des capotes quand même il s’est décidé
Je voyais la plaque mais je voyais pas le numéro
Si t’as fait une java et que le lendemain tu dois voir quelque chose tu vois rien
Ils se laissent vivre ils regardent la télé sur leur canapé
ils vont faire des courses au Leclerc
Il me dit viens avec nous elle suce bien mais moi c’est pas mon genre à plusieurs
Il est timide il a aucun esprit comptable c’est une catastrophe
Un p’tit muscadet Jacky ?
On va s’taper un cul
C’est un truc d’hormones c’est plutôt féminin
Ils se brûlent les voitures entre eux
C’est pas normal de faire des différences comme ça par rapport aux gens
C’est des mecs d’astreinte
Ça me porte au cœur
Ils sont tous enflés
Ça marche en direct une escalope.
Ils tiennent pas mes cheveux
T’as vu des Italiens porter une casquette portugaise ? T’en n’a jamais vu !
Il a un nom je me rappelle jamais
Mais lui il s’est battu
Ben non ça me prenait le chou j’ai zappé
Qu’est-ce que je vous fais marcher, M’sieur ?
J’ai un nerf qui s’est cassé ben oui j’ai cinquante ans
Il est beau ! Il est grand !! Il est intelligent !!!
Autrement on a Nathalie qui attend un bébé.
Ce qui est chiant avec lui c’est qu’il dit rien on sait pas ce qu’il pense oh et puis on s’en fout.
Tu t’appelles Elsa comme la chanteuse ?
On a envie de dire bonjour avec ce temps-là.
Un italien un
Parce que moi je me suis dit dans ma tête
Cette fille elle a été cambriolée onze fois
Ça a été ?
Je me suis contentée d’écouter
Mais sincèrement tu sors avec lui ?
Là t’es dure avec moi t’es dure avec moi
Elle suit sa route elle
Deux allongés un café
Ben ouais mais ils sont payés à coups de trique
Le souci il a dit à Jocelyne c’est enlever des heures à l’une pour les donner à l’autre
J’t’le dis que c’est une pute
Je vous installe là
Ils nous ont caché des trucs c’est sûr
Regarde comme c’est beau - C’est normal c’est la mer
Elles sont bien croustillantes ?
Ah merde j’avais pas le droit de le dire
Je l’ai vue une fois au Super U
J’ai honte mais pas longtemps
J’aurai deux cocas
Je prends la main de la mariée et je lui demande combien tu pèses depuis ce matin ha ha
Il pédalerait il irait plus vite
Pourtant j’ai pas de sous je suis comme tout le monde
Non mais Jean-Bernard reconnais que tout le monde tire dans le même sens
Un petit café derrière ?
Je te dis que j’en ai rien à branler.
Y’a longtemps que j’ai fait une croix dessus.
Un muscadet.
Pas de souci.
Un jambon bien grillé.
Forcément qu’il lui fait des caprices parce qu’elle s’en occupe pas.
Une crème caramel une glace café.
Y’avait plus de musiciens que de spectateurs.
Une salade de chef.

2004-2005


73 MOTS
un bagage léger pour l’île déserte

Appartenir,
royaume,
jouet,
cru,
horripiler,
raccord,
tamponner,
croupe,
hasarder,
trilliard,
tocsin,
ruisselant,
napperon,
rogatons,
rémora,
Laure,
remugle,
creuser,
mandragore,
sortilège,
insigne,
bistre,
orage,
personnage,
je,
tu,
chahut,
assuétude,
fouailler,
ratiocination,
violine,
palpitant,
boréal,
trousser,
soufre,
moelle,
reins,
domino,
pierre,
sauvage,
rehaut,
déjeté,
delta,
gamberge,
menu,
inouï,
anamnèse,
compulsion,
commotion,
tordre,
peccamineux,
remuer,
étal,
toucher,
lune,
carnation,
démuni,
haute,
visage,
alchimie,
panique,
braise,
septentrion,
équivoque,
accorder,
gesticulation,
singulier,
miracle,
déchiqueter,
sillon,
vif,
gracile,
morsure,
impérieux,
injonction,
compulsion,
énigme,
soixante-treize.


Bernard Bretonnière