Tigre de papier

Le Tigre n’est pas a priori une revue littéraire, ni un journal de critique littéraire. Mais, comme la littérature, il traite avec recul, élégance et perspicacité, de tout.

Vous souvenez-vous de R de réel ? Cette revue elle aussi « indépendante et sans publicité », à couverture noire, carrée, à la mise en page soignée et décalée (comme on dit des gens qu’on se plaît à apprécier), est née avec la lettre A et morte de sa belle mort à la lettre Z, après 26 numéros. Textes littéraires ou pas, illustrations en noir, grande et petites signatures, on y lisait des articles sur tous les sujets, l’important était qu’ils soient compris entre A et Z.

Le Tigre va plus loin : il ne se borne pas au seul alphabet. Il est hebdomadaire. Il est en papier journal - ou de papier. Illustré de photos et de dessins en noir et blanc, il montre le monde sans influences télévisuelles ou médiatiques. S’interroge sur les plus beaux villages de France, le sens de métiers invraisemblables et parfois indispensables (un voiturier, un assistant funéraire...), celui de la typographie des pages centrales (textes et dessins en rond et en carré, de dos et de face). Il ironise sur le monde politique, apolitique, médiatique ou touristique, économique et écologique, sans emphase.

Les textes sont signés par des pseudonymes masqués, autrement dit des auteurs que l’on reconnaît aussi bien au masque qui ponctue leur article qu’à leur plume. Rien d’anonyme là-dedans puisqu’il s’agit de pseudonymat.
Les sujets sont aussi variés qu’attrayants : un article géopolitique sur le Hatay, un jeu qui n’est pas un su-do-ku, une liste des légumes à planter, l’autoportrait d’un voiturier, une revue de presse croisée franco-égyptienne, un feuilleton en bande dessinée, un album de voyage en Albanie, la théorie du citron, l’agenda de la semaine du ministre des Transports, et un fait divers sanglant de 1671...

Pas de version en ligne, pour l’instant. Quoique. « Il y aura sans doute la une de chaque numéro en PDF, et c’est tout. Dans un second temps le site accueillera peut-être une version internet du journal (avec du décalage dans le temps) - mais c’est beaucoup de travail pour mettre ça en place. On pense mettre une petite phrase pour rappeler aux gens que le papier, c’est bien aussi... Qu’il n’y a pas qu’internet dans la vie... »

Bref, hebdo à lire dès le 17 mars, parce qu’évidemment « Le Tigre est fait pour être lu » que ce soit « dans son bain, dans ses chiottes, dans le train ou le métro ». Tigre en papier à triturer, à jeter ou à collectionner. Abonnement disponible là.

Constance Krebs - 28 février 2006