Pasolini, tel un machiniste du sens

« Car ce qui compte seul c’est aimer et avoir connu
Et non avoir aimé et non avoir connu »
(Les Cendres de Gramsci, Poésies, Gallimard, 1990).

Il est rare de voir une exposition ouvrir à 8 h. 30, c’est sans doute pourquoi il n’y a pas un chat le 8 mars à la mairie du Xème arrondissement de Paris.

Une fois parvenu au deuxième étage, un panneau avertit que l’on risque des poursuites si l’on prend en photo celles de Dino Pedriali, installées ici, et consacrées à Pier Paolo Pasolini.

La salle est grande, le gardien fait tapisserie derrière une table, les 76 photos qui attendent le visiteur ont été accrochées sur les trois autres murs : elles sont en noir et blanc, format rectangulaire, environ 60 cm x 40 cm. Une lumière intense s’échappe de ces deux seules couleurs. Au centre, le parquet ciré et ses lignes de fuite, continues.

Dino Pedriali, né en 1950 à Rome, a rencontré Pasolini sur le montage de Salo ou Les Cent Vingt Journées de Sodome, son dernier film, mais il a préféré prendre des clichés de l’écrivain dans la ville de Saubadia puis dans sa villa de Chia (une ancienne tour qu’il avait fait aménager). Cette rencontre eut lieu quelques jours avant son assassinat, dans la nuit du 1er novembre 1975, sur la plage d’Ostie.

Pasolini est photographié dans la rue italienne, au soleil ou à l’ombre, et chez lui, assis devant sa machine à écrire, tel un machiniste du sens. On entend presque frapper les petits marteaux et le rouleau aller et venir, avec manette à droite et sonnette à la ligne. Ou bien, l’écrivain est nu sur son lit, observé parfois de l’extérieur, à travers une vitre, par le photographe (l’objectif jouant le rôle du contact voyeuriste qui lui a été dévolu).

« Le vrai protagoniste est le style » a dit Pasolini.

Les photos de Dino Pedriali sont présentées ici comme « inédites » : pourtant l’une d’elles figurait déjà dans la biographie de René de Ceccatty, (Folio, Gallimard, octobre 2005). Elles étaient destinées à illustrer le dernier livre auquel travaillait Pasolini, Pétrole (Gallimard, 1995).

Peu avant sa mort, Pasolini s’était arrêté à Paris pour répondre à une interview : dans la salle déserte de l’exposition, les images de son visage creusé semblent l’avoir fait curieusement revenir pour quelques jours encore.

Des sites à visiter :

http://www.pasolini.net/francais.htm
http://www.pasolinicasarsa.org/percorso.htm
http://www.pasolini.net/

Dominique Hasselmann - 9 mars 2006