Beau temps, belle mer

Sous cette couverture sobre et claire, bleue, couleur d’eau calme ou d’aube d’été, se cache une jeune revue. Sabre au clair, elle s’affiche ? Non, tranquillement, Laurent Pinon et Olivier Gallon réunissent des textes courts, en prose ou en vers, parfois accompagnés de dessins et, bientôt, de musique.

Outre les deux fondateurs de La Barque, Laurent Pinon et Olivier Gallon, on peut lire Julien Pauthe, écrivain qui fréquente le site du brillant Lièvre de Mars, et qui se prononce sur son existence dans le Désordre. Là, sous la rubrique « j’aime/ je n’aime pas », Julien Pauthe clame à la manière de Perec son désamour pour la poésie. Pourtant il écrit aussi, pour La Barque et notre plus grand plaisir, « a », « N’en rien savoir » et « Au vide », trois poèmes qui font preuve de sensibilité et de rythme. Auteur à suivre.

Pinon et Gallon insèrent quelques textes d’un grand méconnu : Michel Vachey écrivit autant qu’il peignit, grava, cutterrisa, caviarda et découpa même beaucoup plus qu’il ne publia. Heureusement La Barque répare cette injustice avec trois textes ni caviardés, ni gravés, ni découpés, ni cutterrisés, ni peints, mais bel et bien écrits : « Amanhecer », « Le jour s’amasse » et « Xerxès ». Textes qui restent, qui se déploient peu à peu dans la mémoire après qu’on les a lus. On en retient les titres magnifiques et quelques phrases : « Il avançait, croyait avancer, il est certain qu’il marchait au bord de cette plage ou de cette ville mythique où il se plaisait indéfiniment, là un peu avant midi sans hâter le pas, des gens en slip de bain jouaient au ballon sur les galets la veille de Noël, quelle douceur stupéfiante (quelle force), il tenait la raison de toutes les raisons, la joie physique de défaillir, bel orange vif, teinture intemporelle, lobaria pulmonaria. »

Laurent Pinon a commencé à écrire sur le Net, dans La Parole Vaine avec des amis comme Le Lièvre de Mars ou Olivier Blondel. Mais il s’agissait alors de textes critiques. Laurent Pinon s’embarque aujourd’hui dans l’écriture de nouvelles - chouette ! Lisez vite « Remerciement » pour vous réconcilier avec la vie et l’humour.

Venus du Net - support incompatible avec la lecture, où les auteurs n’écrivent que des choses incompréhensibles et incompatibles avec la vraie littérature, croit-on - les auteurs de La Barque démontrent avec talent que les idées reçues sont à combattre rapidement. Du Net, le fait de passer au papier prouve que la littérature n’a pas besoin de support pour s’exprimer, mais d’auteurs... Inconnus, méconnus, à découvrir, il s’agit bien d’une seule et même chose : le plaisir d’écrire. C’est net et sans bavure.

La Barque est avant tout une revue littéraire. Elle s’ouvrira peut-être bientôt vers des supports audio, mais conservera le grain et l’odeur de son papier blanc, la graisse de sa typo noire, et la pertinence de sa curiosité. La Barque nous mène sur des flots harmonieux, laissez-vous donc séduire par son abonnement. Et souhaitons-lui bon vent !

Constance Krebs - 15 mars 2006