Hinstin

Le 10 février 2005 j’ai rencontré Lili, arrière-arrière-petite-nièce du général, qui m’a appris que la famille Hinstin avait déjà partie liée avec la littérature.

Gustave, frère du général, fut le professeur d’Isidore Ducasse, sans doute son maître et son amant (il sera exclu de l’Éducation nationale pour « outrage aux bonnes mœurs ») qui apparaît dans la dédicace des Poésies : « (…) À Monsieur Hinstin, mon ancien professeur de rhétorique ; sont dédiés, une fois pour toutes les autres, les prosaïques morceaux que j’écrirai dans la suite des âges, et dont le premier commence à voir le jour d’hui, typographiquement parlant. » (Voir Jean-Jacques Lefrère, Isidore Ducasse, Fayard, et sur le Web.)
« Rappelons les noms de ces êtres imaginaires, à la nature d’ange, que ma plume, pendant le deuxième chant, a tirés d’un cerveau, brillant d’une lueur émanée d’eux-mêmes. » Maldoror, chant III.

Un fait divers impliquant un autre Hinstin, neveu du général et polytechnicien, accusé d’avoir volé des bijoux pour assouvir sa passion du poker, a été moqué dans un texte d’Alfred Jarry paru dans La Revue blanche, « Le secret de Polichinelle/Le secret de Polytechnique (geste) », du 15 janvier 1903.
« L’honneur militaire ne saurait mieux se comparer qu’à un lac, de niveau élevé, tel que nous nous plaisons à nous figurer, d’après son appellation, en Amérique, le lac Supérieur. Son trop-plein s’épanche vers les simples "hommes" (de troupe), de qui la mission est de recueillir les gouttes répandues, cet honneur mis au pluriel, ces honneurs, et de les "rendre" à leur source. On se fera, croyons-nous, une idée approximative de cet idéal mécanisme d’échange, en considérant mûrement une rôtissoire automatique à arrosage perfectionné. »

Enfin Joseph Kessel en 1963, dans le recueil Tous n’étaient pas des anges, narre sa rencontre à Kaboul avec Charles Hinstin, grand-père de Lili et personnage haut en couleur, mécanicien dans le Chicago automobile des années 20, chercheur d’or en Afrique, puis chef de la Résistance et déporté ; ce récit s’appelle « Le zombie » tel que se dépeint Charles lui-même, se considérant comme un être dont la mort n’a pas voulu, qui finalement n’est ni mort ni vivant.
« Hinstin considéra un instant le whisky dont la couleur était un peu celle de ses yeux et reprit en souriant :
« – C’est à partir de là que je me considère comme un zombie… À qui les Noirs donnent-ils ce nom ? Aux gens qui, tout en étant morts, ne le sont pas exactement et continuent à se promener sur la terre. »

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Une seule famille porte le nom Hinstin. Celui-ci a failli disparaître car il n’y avait plus de garçon pour le transmettre. D’origine juive alsacienne (Seppois), il est la francisation de Hainsthein (au XVIIIe siècle), mais pourrait être lié à Einstein, ou selon Lili plus vraisemblablement Heimstein qui signifierait « pierre de vie ».

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Le général Historique

Le général Adolphe Hinstin (1831-1905) appartient à une fratrie de huit, sept garçons et une fille, représentative de la bourgeoisie parisienne : on y compte des ingénieurs, un négociant, un professeur et deux militaires.
Lui et son épouse Adèle (1848-1906), inhumée à son côté au cimetière Montparnasse (22e division), n’ont eu aucune descendance.

« À Sébastopol, par deux fois, au cours d’attaques de nuit, il est blessé dans la tranchée. (…) En 1870, il prend une part active aux sanglantes batailles des 14, 16, et 18 août, les travaux de défense des positions de Sainte-Barbe et d’Amanvillers. À la capitulation de Metz, il est fait prisonnier et est interné à Hambourg. À son retour de captivité, le commandant Hinstin remplit courageusement son devoir à l’armée de Versailles. (…) Un des inspecteurs généraux écrivait dans ses notes : ce sont des officiers de cette trempe qu’il faut avoir comme chefs de guerre (…) Soldat vaillant, calme, plein d’énergie, d’entrain et d’initiative, il comptait 49 ans de service, 10 campagnes, 2 blessures et 4 citations.
« Général Hinstin, votre mémoire sera précieusement conservée par le corps du génie [1] et votre conduite donnée comme modèle aux officiers qui vous suivront dans la carrière. »
Extraits du discours prononcé aux obsèques du général Hinstin le 1er août 1905, par le général de division Gastay, président du Comité technique du génie.


La famille Hinstin vers 1870 – en l’absence du général




(merci à Lili Hinstin et à Jean-Claude Poulain)












Patrick Chatelier - 26 mars 2006

[1c’est moi qui souligne