Chaos, de Franck Venaille

Chaos de la naissance, de cette « douleur-première » qui marque le début mais tout autant la fin, d’elle-même, de soi, de l’autre. Perçue comme une erreur jusque dans son humour, elle n’aurait pas dû être, elle n’avait pas lieu d’être, s’envisage en atteinte et se révèle compagne du « petit », de « l’enfant », qui ajoute à son nom cette marque de chagrin, tache de naissance du pire. Le chaos initial accompagne les jours, en accentue douleur et injustice, se saisit du présent pour en marquer l’avenir, s’apparente à la vie, rappelée dans ses errances, son injustice aussi.

De cette « douleur-première » naît pourtant le combat, chaos interne de l’âme revendiquant la force d’être celui debout qui toujours se maintient mais par moment vacille, étourdi par l’angoisse qui revient l’assaillir. « souffre-souffrances », ordonne le poème, en jeu de mots grinçant qui en saisit le sens et le résume aussi : se défendre contre soi, contre le regard de l’autre, en boucle de souffrance qui enserre le poème :

« Demeure avec moi, petit-de-la douleur-première, demeure avec
celui qui puise en toi, jour après jour, dans ton vaste sac noir.

Moi, j’ai la vie active. Toi tu gères mes souvenirs et ce n’est pas
rien.

Vois, ce sac est nôtre. Aurais-tu oublié ce qu’il contient ? Demeure
avec moi. »

De la « douleur-première » reste cette « note insistante » cette musicalité du mal qui éclate et supplie le silence. Symphonie du chaos que ce recueil dirige, distribuant de ses touches un ensemble orchestré jusque dans ses hiatus. Douleur d’être, d’exister, de survivre à soi-même mais affirmation de soi comme être de parole, poésie de souffrance qui chante le néant en un sursaut de vie :

« Je suis. (simplement)

Je ne porte le deuil de personne. Cessez donc de m’interroger sur
l’au-delà. Moi je suis ici.

Au présent. »

De la « douleur-première », un refrain insistant enveloppe de désespoir, se saisit du chaos qu’il embrasse de funeste apprivoisé de sens. La poésie s’entend comme un état des lieux du chaos initial, se déroule en attente, s’observe en vis-à-vis. Douleur de la naissance et de la finitude, le poème s’accorde en une composition autour de la douleur en fin :

« Avez-vous déjà vu un ciel blessé par un grand couteau noir ? Des cicatrices se formeront plus tard, pour le moment nous en sommes au sang qui, lentement, s’écoule. »
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liens Franck Venaille
- sur remue.net : un essai de François Boddaert sur Franck Venaille, compte rendu par Jacques Josse
- la page Franck Venaille du Printemps des Poètes, avec bibliographie complète
- Franck Venaille sur Poezibao

Corinne Godmer - 5 novembre 2006