les mots qui tombent

« je ne me sens pas une bouche, je ne sens pas les mots se bousculer dans ma bouche, et lorsqu’on dit un poème qu’on aime, lorsqu’on aime la poésie, dans le métro, ou dans son lit, pour soi, les mots sont là, quelque part, sans faire le moindre bruit, je ne sens pas ça non plus, les mots qui tombent, on ne sait pas où, on ne sait pas d’où, gouttes de silence à travers le silence, je ne le sens pas, je ne me sens pas une bouche, je ne me sens pas une tête »

Samuel Beckett, L’innommable, Les éditions de Minuit, 1953, p. 159.