Des vagues dans le local

Dans cette collection de poche intitulée Carnets de L’Herne, qui présente comme un côté Série noire, on compte Jacques Derrida, Paul Ricoeur, E.M. Cioran, Arthur Koestler, Carl Gustav Jung, F. Dostoïevski, Arthur Schopenhauer, Noam Chomsky et Michel Foucault.

Une des dernières publications, A l’agité du bocal (et autres textes), sortie en septembre 2006, a remis Louis-Ferdinand Céline sur les tables du local des libraires : présent encore hier, il se vend donc toujours bien, l’ermite de Meudon !

Ce qui était frappant, à sa lecture il y a quelques mois, c’était déjà la typographie en couleur sur la page blanche : non pas le bleu du ciel, mais celui sans doute, plus sombre, de la polémique, de la rancœur ou de la lucidité vacillante, de l’atmosphère méphitique de certains lieux …

« Pauvre banlieue parisienne, paillasson devant la ville où chacun s’essuie les pieds, crache un bon coup, passe, qui pense à elle ? Abrutie d’usines, gavée d’épandages, dépecée, en loques, ce n’est plus qu’une terre sans âme, un camp de travail maudit, où le sourire est inutile, la peine perdue, terne la souffrance, Paris « le cœur de la France », quelle chanson ! quelle publicité ! La banlieue tout autour qui crève ! (…) » (Bezons à travers les âges, préface, 1944.)

Et puis, cette adresse de Céline à « Jean-Baptiste Sartre » (sic) qui avait publié contre lui « Portrait d’un antisémite » dans Les Temps modernes, numéro de décembre 1945, repris plus tard dans Réflexions sur la question juive (1954).

Alors, ce déluge d’insultes… ce délire de cacaphonie… ce jet ininterrompu d’attaques concernant le physique de Sartre… ce rappel qu’il avait fait représenter Les Mouches « sous la Botte »…

« Ah ! quel avenir J.-B S. ! Que vous en ferez des merveilles quand vous serez éclos Vrai Monstre ! Je vous vois déjà hors de fiente, jouant presque déjà de la flûte, de la vraie petite flûte ! à ravir !... déjà presque un vrai petit artiste ! Sacré J.-B. S. »

Les autres textes de Louis-Ferdinand (et non Loïs-Bertrand !) Céline sont aussi intéressants par rapport à tout ce que l’on savait de l’écrivain : Les Carnets du cuirassé Destouches, la Préface inédite à Semmelweis, le 31, cité d’Antin, L’argot est né de la haine, Des pays où personne ne va jamais...

Ce Céline-là ne vaut que 9,50 euros…

Dominique Hasselmann - 20 janvier 2007