Autobiographies du 24 janvier 2007

Première séance de l’atelier d’écriture avec les élèves de première L du lycée Georges-Braque d’Argenteuil dans la classe de Chantal Anglade.


À lire : la visite au musée d’Orsay.
Les Notes de peinture de Cécile Guyonneau.


Ernesto : …m’man, je retournerai pas à l’école parce que à l’école on m’apprend des choses que je sais pas.
Marguerite Duras, La pluie d’été, 1990.



Le texte proposé comme point de départ s’intitule 19 mai 1924/Autobiographie/Aux 20 ans de succès des éditions Piper. Il a été écrit par le peintre Max Beckmann. Celui-ci avait alors quarante ans. Au mois de janvier, après une exposition de gravures et de dessins qui s’était tenue, fin 1923, à Munich, avait paru la première monographie consacrée à son travail.


1. Beckmann est un individu peu sympathique.
2. Beckmann a la malchance de ne pas être doté par la nature d’un talent de banquier mais de peintre.
3. Beckmann est appliqué.
4. Beckmann a entrepris son éducation de citoyen européen à Weimar, Florence, Paris et Berlin.
5. Beckmann aime Bach, Pelikan, Piper et deux ou trois autres Allemands.
6. Beckmann est berlinois et vit à Francfort-sur-le-Main.
7. Beckmann s’est marié à Graz.
8. Beckmann a pour idole Mozart.
9. Beckmann souffre d’une prédilection, hélas incoercible, pour cette invention imparfaite qu’est « la vie ». La nouvelle théorie selon laquelle l’atmosphère terrestre est entourée d’une couche d’azote gelé, le déprime.
10. Beckmann a cependant réalisé que « l’aurore australe » n’existe pas. En outre, l’idée des météores le rassure.
11. Beckmann dort toujours aussi bien.



Voici quelques-uns des textes qui ont été écrits.
Le numéro qui précédait chaque phrase a été supprimé afin de donner à sentir la force de ce qui est affirmé – très sensible dans les textes à la première personne du pluriel -, l’humour de beaucoup, toujours l’intelligence et le sérieux, qualités immédiatement perceptibles de ces lycéens.
Tous les textes ont été lus à voix haute, par celui ou celle qui les avait écrits, quelquefois par le camarade le plus proche.

Nous sommes seuls
Nous sommes impartiaux
Nous sommes vivants
Nous sommes violents
Nous sommes amants
Nous sommes innocents
Nous sommes imparfaits
Nous sommes naturels.
Nous sommes complexes
Nous sommes souvent d’accord
Nous voudrions mieux nous comprendre
Nous ne sommes que des pions
Nous glorifions la beauté et les plaisirs
Nous sommes très nombreux
Nous espérons laisser une trace [Marceau]

Nous sommes antipathiques.
Nous aimons la solitude.
Nous voudrions aimer la vie comme elle est mais nous la changeons à notre façon.
Nous aimons miyavi, L’Arc-en-Ciel, L’Am café et plein d’autres artistes japonais.
Nous nous intéressons à l’Asie et plus particulièrement au Japon.
Nous voudrions l’existence des extraterrestres.
Nous sommes nées et avons grandi à Argenteuil.
Nous sommes différentes selon les personnes avec qui on est.
Nous sommes excessivement sensibles et jalouses.
Nous sommes pas douée pour les études et nous nous lassons facilement de tout.
Nous mettons beaucoup d’espoir dans l’amitié et l’amour : c’est ce qui nous permet d’avancer dans la vie.
Nous souffrons en silence mais il y a des traces sur nos corps.
Nous rêvons de choses impossibles.
Nos familles sont ce qu’il y a de plus important.
Nous avons des tendances sado-maso.
Nous sommes seules, indéniablement seules.
Nous sommes trop petites pour un monde trop grand.
Nous avons tellement de choses à dire en si peu de points. [sans nom]

Nous sommes Spencer.
Nous aimons regarder Kuzco.
Nous écoutons beaucoup de musique.
Nous aimons rire et nous amuser.
Nous préférons écrire que dormir.
Nous avons pour influence Jim Morison.
Nous haïssons les mathématiques, que nous jugeons inutiles dans notre vie.
Nous souffrons d’une incapacité à nous intégrer dans la société.
Nous sommes peinés de n’avoir aucune importance sur notre terre.
Nous aimons nous promener dans Paris.
Nous sommes surtout toutes les personnes que nous ne voulons pas être.[Spencer]

Nous aimons les bonbons et nous devons un malabar à quelqu’un.
Nous sommes timides.
Nous aimons rire.
Nous aimons sortir.
Nous avons besoin d’amis.
Nous adorons la musique et les livres.
Nous voulons voyager.
Nous sommes nuls en matières scientifiques.
Nous souhaitons être heureux.
Nous aimons le cinéma.
Nous sommes comme nous sommes, ne nous jugez pas. [sans nom]

Indépendant, il trouve pourtant la solitude déplorable.
On peut lui attribuer un grand charme contrarié par une grande bêtise.
Quand quelque chose l’intéresse, il s’y investit sans relâche.
L.D. est passionné par la boxe, le cinéma, mais seulement quand le film est digne d’un chef-d’œuvre, la musique prend aussi une grande place dans son cœur.
Il est fils d’immigré portugais, mais considéré comme français grâce à la loi de 1889, édifiée cent ans avant sa naissance.
L.D. habite Argenteuil dans le Val-d’Oise mais a habité quatorze ans de sa vie à Colombes dans le 92, il n’est à Argenteuil que depuis cinq ans.
Il a juré une haine éternelle pour la science et les scientifiques, les lettres cependant savent se faire comprendre de lui et c’est pourquoi il les apprécie tant.
La nuit, il est partagé entre rêves et cauchemars, il regarde la vie de manière mitigée, un coin de soleil brille et les autres fois le ciel est obscur.
L.D. a réalisé à quel point le monde était dangereux et mal fréquenté, il est sans cesse sur ses gardes, on le qualifie parfois de paranoïaque.
Après avoir sombré, un ange lui a tendu la main, depuis il ne le quitte plus.
Malgré qu’il soit malin, son orgueil et ses colères le perdent, les années l’assagissent mais il ne fait pas toujours les bons choix. Dans la vie, sa famille reste sa plus grande priorité. [L. Desk]

Il se demande toujours s’il n’aurait pas mieux fait de rester couché ce matin.
Il n’aime pas être deviné.
Il est une personne agréable, parfois.
Il aime ne rien prendre au sérieux.
Il aime se prendre au sérieux.
Il a envie d’en foutre une à son voisin, mais lequel ?
Il ne sait jamais quoi dire sur lui.
Il est las de ce monde ancien.
Il n’aime pas Apollinaire.
Il a oublié de E de Apollinaire dans sa dissertation, pardon.
Il vous demande de ne pas oublier le point 2. [Idhem]

Je suis une personne d’une grande sensibilité.
Il m’arrive souvent d’être dans mes pensées, pensive.
Je suis très joyeuse, je rigole en permanence.
J’aime être en compagnie de mes amis.
Je suis un être chaleureux, souriant mais je suis aussi une jeune fille nostalgique et mélancolique lorsque je me retrouve seule avec moi-même.
J’exprime peu mes sentiments à l’être aimé de peur de souffrir davantage.
Je pense à lui mais il ne me voit pas.
J’aime m’occuper d’enfants.
Mon rêve serait d’aider tous les enfants en difficulté sur terre.
Je suis comme je suis et je ne changerais pour aucune personne au monde. [sans nom]

Tu es parfois d’une horrible maladresse.
Ton prénom ne rentre jamais en entier dans les papiers administratifs.
Tu es la plus petite de ta famille, après trois grands gentils garçons.
Tu es autoritaire, même avec les gens que tu aimes.
Tu es paresseuse et aimes traîner des heures au lit.
Tu t’intéresses à tout ce qui t’entoure et à tout ce qu’on te dit.
Tu aimes la vie et tous ses petits bonheurs.
Tu pardonnes à tous un jour ou l’autre.
Tu aimes tout en général et tu es prête à faire de nouvelles expériences.
Tu es parfois en manque d’inspiration et tu écris des choses sans aucun sens comme maintenant.
Tu es un point dans l’univers parmi tant d’autres. [Marie-Claire]

Il n’est pas de ce monde.
Il n’a pas de vie sociale.
Il ne sait pas.
Il se demande pourquoi il est venu.
Il déteste l’école à mort.
Il déteste les hippies. [I.P.]

Il aime la musique.
Il est joyeux.
Cependant il peut être énervant.
Il a faim.
Il quitte l’école assez tard aujourd’hui, et cela le déprime un peu, beaucoup, en fait.
Son voisin le regarde assez bizarrement, il doit être jaloux, son voisin.
Il vit en région parisienne. [Il]

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Dominique Dussidour , Chantal Hibou Anglade - 31 janvier 2007