Nous ne sommes pas séparés, d’Henry Bauchau

« Quand je l’ai vu, j’ai poussé un cri. Le plateau que je portais est tombé. » Laure parlait de sa rencontre avec Henry encore toute illuminée. Elle était vieille, à mes yeux de seize ans. Mais belle, exigeante, toujours éblouie.

Rien n’était trop beau pour Henry. Ensemble, ils vivaient, travaillaient, en harmonie. Amants aimables, de cette politesse surannée et délicieuse. Ils dégageaient quelque chose de particulier.

Leur amour était un charme dont on percevait la douceur et la force rien qu’en apercevant Henry de loin, assis dans le jardin à écrire. Rien qu’en entendant le cliquetis de la machine à écrire de Laure. Le hérisson qui venait boire du lait au coin de la terrasse l’avait compris.

D’Henry et de Laure émanaient une sensibilité, un respect d’autrui qui les distinguaient, une attention exceptionnelle. Aujourd’hui Laure n’est plus. Ce qui manque est hors de raison.

Henry Bauchau écrit l’essentiel : « Nous ne sommes pas séparés. Nous sommes perdus. » Pas de complaisance. Un respect certain, une distance plongée dans l’inconscient rythment ce texte sensuel et mystique, essentiel.

C’est par la danse que Benoît Théberge a choisi de mettre en scène ce texte important, mélanges de poèmes et de romans. Et quoi de mieux que la danse des mots pouvait évoquer le silence de l’absence ?


Nous ne sommes pas séparés, de Henry Bauchau, à la maison de la poésie jusqu’au 11 février 2007.

Adaptation, mise en scène et scénographie : Benoît Théberge.

Compagnie Zéro théâtre, avec Benoît Théberge et Marie Delmas.

Maison de la Poésie, passage Molière au 157, rue Saint-Martin 75003 Paris,
Renseignements et location 01 44 54 53 00, et sur le site.

Constance Krebs - 10 février 2007