Claude Ber | le nom, la table, la lampe

Parce que Claude Ber vient de faire paraître ce texte dans un magnifique volume aux Editions Le Grand Incendie, occasion de faire remonter ce texte des archives et d’indiquer les strates de vie d’un texte, les différents possibles d’un même texte.

Il vient donc de paraître dans la collection « les petites anthracites » sous le titre Le livre, la table, la lampe accompagné de photographies saisissantes et émouvantes. Claude Ber nous avait confié cet inédit. Remue.net est heureux de saluer sa parution.

SR

(juin 2010)


Merci à Claude Ber de nous autoriser à publier ce texte inédit où la figure du père se croise, et se trouve dans la nuit via celle de René Char.

Ou bien l’enracinement autobiographique pour extorquer de la poésie cette sape plus au fond, où commande l’histoire ?

De Claude Ber, lire impérativement La mort n’est jamais comme, que vient de rééditer l’Amandier, lire extraits sur son site, et ses invités.

A lire aussi : un travail à partir de René Char avec des élèves de l’Académie de Versailles.

FB

(avril 2007)


 


Claude Ber | le nom, la table, la lampe


Au poète René Char

et au commandant de compagnie FFI René Issaurat

 

1 - Le nom

du col de la Cayolle aux gorges du Loup

dans ces vallées dont les torrents finissent en bouches dans la mer

poème se fait d’échos

et de paroles perdues

comme on dresse la table avec la place du mort

sur la nappe de la page se pose l’image telle la coupe de fruits toujours pleine que les paysans disposent en vue sur le buffet

dans l’humilité de cette abondance du peu le poème

qui se soustrait de sa corolle de fruits

dont je fais simplement offrande aux disparus

le nu à même les mots

faisant histoire du poème et poème de l’histoire

car

dure la terre sous la neige et poreuses les frontières du temps où je vais transhumant derrière chèvres et brebis qui montaient à l’adret des alpages dans l’aboiement des chiens et le frémissement des pattes nerveuses, piquant dans l’herbe des cimes des nappes de mousserons bouclés
ainsi je voyais à vue d’enfance mes lèvres à hauteur des babouines du bouc
et allait le père de son pas de chasseur alpin à l’avant des troupeaux

Puis j’ai seize ans. Il se meurt dans un lit d’hôpital. Je lis Fureur et mystère. Le récit commence qui noue l’histoire à l’Histoire et le hasard des noms à celui des mots. Dans une inattendue proximité, le commandant René chef de compagnie FFI et le poète se joignent sous le double signe de l’engagement résistant et d’un même prénom marqué de renaissance. Tandis que l’un agonise, muet, le corps paralysé, bardé de tuyaux, les paupières seules vivantes - un battement pour "oui", deux pour "non"-, les membres déjà pris dans la rigidité de la mort, résonnent dans ma tête les paroles de l’autre. « Les yeux seuls sont capables de pousser un cri ». Mais il n’y a pas de peur dans ceux du père. Parfois seulement un durcissement, une colère. Et s’il allait falloir durer ainsi des années, pris vif en mort ? Le courage : leur legs. Que je reçois des yeux de l’un et des mots de l’autre.

Le récit est bref d’une mort. La nuit bleutée des couloirs d’hôpitaux. Une jeune femme qui les traverse en courant. Pieds nus. Hurlant « je ne veux pas mourir ! ». Puis s’abat contre le mur, ramenée dans sa chambre soutenue par les aisselles. Le père a perdu conscience. Il commence à râler. Plus tard dans la nuit un homme geint, à moitié tombé du lit. Au moment où je l’aide à se redresser ses bras se ferment brusquement autour de ma nuque. Le corps est si léger qu’il me semble soulever la couverture vide. Mais les bras décharnés d’une vigueur d’os à nu me serrent le cou à m’étouffer. Un second sursaut jette sa face contre la mienne puis il retombe mort sur l’oreiller. Les yeux démesurément agrandis. Les narines dilatées. La bouche béante. Comme pour une dernière aspiration de tout par tous les orifices du visage. Le râle du père s’est alenti. Il y aura un ressaut vers deux heures du matin. Le regard bleu intense. Qui ne cille pas. Puis c’est fini. Le père est mort. Sur les genoux le livre est resté ouvert deux nuits durant

recueillant le silence du père

livre tombeau et renaissance d’où à l’appel de la parole se lève Lazare que nous sommes renés de successives morts

2 - La table

Dans la maison désertée par le père, l’après de la mort. Sur le verre froid recouvrant la table bureau — toujours depuis la maladie, cette vitre entre le bois et la main du père, lui qui était homme de forêts et de bâtons taillés, fut cénotaphe comme plus tard sous les vitrines les manuscrits du poète disparu-, sur cette table, où encore j’écris, sont ouverts le livre et le vieux cartable. L’un blanc immaculé. Le livre. L’autre fripé. Un cuir brun déteint et noirci aux marques des doigts. Dedans les papiers. « Dans la sacoche, a dit le père, tu trouveras les papiers de la Résistance à léguer aux archives, quand tu voudras, après ma mort ».

Des noms sortent des feuilles du livre — « Marius Bardoin l’imprimeur de Forcalquier, Figuière, Passereau, Joseph Fontaine d’une rectitude et d’une teneur de sillon, François Cuzin, le docteur Jean Roux, Gabriel Besson, Roger Chaudron à Oraison … »— qui rejoignent ceux des maquisards consignés sur des fiches cartonnées. FFI Alpes Maritimes Corps Francs de la Libération, Groupe Alexander. Nom. Prénom. Profession. Adresse. Situation de famille. Date d’incorporation. Eventuellement spécialité militaire (mitrailleur, instructeur, mécanicien, tireur, infirmier, interprète, chauffeur, cuisinier, canonnier…). Quelques annotations : en bleu à gauche « volontaire pour le combat ». En rouge : « tombé au combat ». C’est tout. Cent cinquante fiches. La compagnie du commandant René. Une photo de pendu – c’est Torini exécuté au bas de l’avenue de la Victoire à Nice- prise à travers le pare-brise d’une voiture en marche et qui érafle d’une gifle de flou le visage d’une femme, le corps désarticulé. Une lettre de dénonciation menaçant le père et sa mère de la gestapo pour cacher des juifs et entretenir des activités subversives. Une carte d’infamie où le visage poupin d’un Paul Josué Benoit est balafré du mot juif. Et puis de faux certificats de baptême. Des faux papiers à l’enseigne de la Sicherheitspolizei. Dans une boite à l’effigie du Maréchal Leclerc la croix de Lorraine en laiton avec le numéro matricule. Des médailles pliées dans les lettres jaunies qui les décrivent : croix de la résistance, croix de combattant volontaire, croix de guerre avec étoile. Et puis encore des témoignages d’actions. Des notes. Des ordres griffonnés. C’est le legs du père. Dont il a peu parlé. Comme tous ceux qui ont agi. « La qualité des résistants n’est pas, hélas, partout de même !… A prévoir ces coqs du néant qui timbreront aux oreilles, la Libération venue… ». Les coqs à tondues exaspéraient aussi le père. Pour le reste, avec nous, juste quelques mots. L’essentiel : « j’ai combattu une idéologie non un peuple, fillette. Le pire peut naître en tous. En chacun de nous. Sois vigilante. Je te fais confiance. Veille bien. »

De même

Peu de mots le poème pour cette vigilance arquée

Au tracé de la table de verre, entre le T et le compas d’architecte, dans la poussière venue de temps d’orages où voisinent les lettres et les traces, se déplace la question du poème : nature morte au recueil tandis que repose le cadavre du père dans la pièce voisine et que continuent de courir les mots d’une époque où les maquis les joignaient ailleurs que sur des pages quelque part du côté de Forcalquier

et cela - odeur de résine et de châtaignier sous le glacé du verre où se reflétaient ensemble papiers et livre consignés à la fugacité de leur image - à ce moment là a fait poème

haletant mystère de ce qui se vit et que seule noue la langue résistante

la langue consistante

la langue nourrissante

la substantifique langue de la moelle des mots et des morts

où résiste la langue au mirador

où résiste la langue à l’obscénité de transparence

où résiste la langue à l’asservissement

où résiste la langue à l’avilissement

où résiste la langue sous la dent

et tient ferme le poème en bouche dans la langue du bouc qui broute le chardon dur

langue de bouc et de boue

mains du mort et du vif entrecroisées à la fable du poème meulé au broyeur des molaires

dans l’arc en ciel des fontaines où se noyaient le sable rouge et le silex des étoiles jamais résistance n’eût pour l’enfant sens de refus mais bien plutôt d’élan allant

celui du pas du père allant

entre les aiguilles de pins et de mélèzes. Dans les gorges du Cians ou du Verdon. Sur les versants pentus, grimpant au Pic de la Colmiane ou à la Cime de l’Agnel. Pêchant les truites dans les launes de la Vésubie mais évitant le saut du cavalier où avait baigné le crâne fracassé d’un des siens

que parle pour lui le poème comme intercède un cierge dans les vasques
votives de la grotte de St Colomban

et scande le pas du poème le pas du père plus que sa parole

lui, silencieux, taiseux, de peu de mots comme des stèles

sachant l’ongle pointé de la mort et la vie si vite qu’aucun mot n’y suffit

et en cela pareils les deux René dans le silence

à peine paroles comme une pierre au pied

« la source est roc et la langue est tranchée » tandis qu’au passage du soc s’ouvre la terre en lèvres rouges et que va le sillon du poème- sa tranchée — d’un bout à l’autre du coeur

il y a toujours au poème et à la vivisection de vivre une multitudes de bourgeons

et « on ne taille pas sa vie sans se couper »

cela dit,

c’était des choses simples — le feu, les vignes, l’amandier, l’olivier, les bêtes de terriers et de nids, l’audace, l’amour, le risque- glissant entre chair et peau : un filet de sang au genou éraflé par une ronce

« L’avion déboule. Les pilotes invisibles se délestent de leur jardin nocturne puis pressent un feu bref sous l’aisselle de l’appareil pour avertir que c’est fini. Il ne reste plus qu’à rassembler le trésor éparpillé. De même le poète… »

c’est ce « de même » là qui m’a tenue au poème

nouant au pouls du poignet et des chevilles le va-tout de vivre éparpillé dans l’éventail des veines

greffant un avenir à cette saignée de lin ou de cuivre

pour que, grappillant des grains de grenades au dos de la nuit, cesse enfin la langue d’être successive comme à un cortège de mots empesé alors que,
dedans, en chair et cervelle, tout est toujours en même temps d’un seul coup explosé rassemblé et jamais aligné en sage procession.

Comme m’avaient pesé ces récits d’école où tout se devinait aux premières lignes et dont il fallait attendre interminablement qu’ils déroulent leurs évidences !

Tandis que sur la table de verre, superposés en laques translucides du céruse de l’aube jusqu’au noir d’encre du plumier, où le père rangeait compas et crayons, poèmes et reflets donnaient le tout de tout soustrait de sa narration
épelant appelant le dédale et le poing

la lame ébréchée de l’opinel et le coupant du fil des herbes

le sans limite et l’ici bas

et dans les nœuds du bois

le loriot, l’alouette, l’eau au rebond des drailles, l’arrière pays de cimes et de vallons, où, de Lantosque au col d’Allos, fut le commandant René et son réseau de maquisards puis plus tard y rejoignant sa mort lentement ralentissant son pas, bientôt traînant, paralysé aux jambes prises vives, lui qui allait allant marcheur infatigable,

et le poème dit son pied posé au sol dans l’équité.

3- La lampe

« Nous n’appartenons à personne sinon au point d’or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous, qui tient éveillés le courage et le silence »

C’était du libre. Du joyeusement audacieusement lucidement libre. De l’épaisseur d’épais. Du couches sur couches. Du temps en même temps que le temps. Du dedans et du dehors tressés. Du tissu dont est issu et tissé le texte qui naît de lui. Car c’est de fils, de fibres, de draps, nappes de fête, linceuls, vieilles vestes de pêcheur – l’autre René parle de chasse – qu’est fait le texte. Ouvrage de tisserand et de fileuse. Dans une modestie charnelle. Fait main. Le poème c’était du cousu main. Ajusté à la peau. A la dépouille. Et comme elle paradoxalement orné et dépouillé.

arme chargée dans l’odeur de tabac des gants portant encore la marque de la crosse

ainsi le poème :

sur le cassant du verre le redoublement dicible du reflet.

Là bas, vers Aspremont, dans le brouillard, il y eut « des choses qu’il vaut mieux ne pas voir ». Alors mains devant les yeux pour ne pas voir, tire l’enfant la corne du bouc tandis que levant du cul une ruade il montre ses belles grosses couilles rondes et que de nouveau vire la danse de la vie : « Allez hue ! La bête ! Et toi, petite, course les chèvres dans la pente – jamais vers le haut, gamine, là tu peux toujours courir pour les rattraper, vers le bas et en douceur, c’est comme les femmes, si tu tires ou tu pousses, elles ruent ! Mets du sel dans ta paume et elles te suivront. Allez va fillette ! Sache le bouc et la chèvre et l’oseille pour le chevreau sacrifié ! »

ainsi disent-ils saluant le père de deux doigts portés au béret, l’appelant encore Commandant des années après tandis qu’à longues enjambées il descendait du Seuil ou du Terron

entre les herbes, près du moulin à huile sentant l’olive et dont la pierre avait roulé – meule menhir dressée- jusque dans le lit de la rivière qui l’avait reçue jambes écartée giclant en deux filets d’eau gonflée de remous

fouille la source le sourcier et les couleuvres et les aspics que le père pinçait au bout des branches de coudrier ouvertes en V par l’ allumette

ce serait juste quelque chose qui baratte la langue et la fasse tourner

jusqu’à ce que tourne court discours sur le poème qui n’a d’autre à dire que lui-même burinant la parole

gouges, limes, râpes et rabots sur l’établi de l’atelier

et seulement ce creusement cette résistance
cette résonance

clarines et sonnailles dans les prairies de marguerites d’où dégringole la sente parfumée de lavande jusqu’à la place des fusillés, dont nul ne connaît plus le nom

il faut sac à dos pour un bivouac si précaire qu’est vivre

à ce déjeuner sur l’herbe d’une vie j’ai fait de poésie un plat de résistance qui peut sembler bourrative pitance, estouffa babi comme aurait dit le patois alpin
des francs tireurs et que je traduis poésie égale maximum de sens sur minimum de surface

ration de survie pour des temps de disette mentale

Sur la table de verre se sont scellées les lèvres à la parole

j’y demeure à l’ascendant

maison du ciel au répit des étoiles

enfin dormir.

Car rien du dit n’est à redire. Ni à dédire. De la manière on se défait. Le legs ne lie pas.

Seule vigie la vigilance

à l’ordre

du poème comme un bélier jeté sur la complaisance de la langue

un déni à la désertion de la pensée, à la facilité de la pensée, à l’abandon sentimental de la pensée.

Mon histoire serait autre si je ne devais aux deux René une résistance tenace héritée du père et du poète à la langue rétive. Qu’hommage leur soit ici rendu. En tant d’années de traversée, dont plusieurs aux côtés de la folie, je n’ai vu que le poème et le courage lui faire pièce. Ne se choisissent plus, alors, ni bons ni mauvais sentiments. C’est elle qui choisit. Toute limite – de la douleur, de la guerre, de l’atroce- tranche les camps. C’est ainsi. A cette borne, le poème n’est plus question de choix mais de fait. A en croire les rescapés, il en fut et reste de même aux camps de mort et d’enfermement. La folie- comme toute souffrance extrême- est une lectrice implacable. Ca tient ou ne tient pas. D’expérience ce sont les poèmes qui tiennent le mieux. Parce qu’ils oeuvrent comme elle à la trame de l’être. Usent de mêmes ruses. Images. Métaphores. Répétitions. Ils riment. Tête-bêche. Dans le face à face des figures. C’est le fin fond du sac de l’esprit. Le millefeuilles des neurones. Le contenant de tout contenu. L’argile des vases brisés. Les fragments dispersés de la conscience. Le retrait de la présence éclatée. La mécanique à vif de la langue. La chaussette retournée du cerveau. Au troc avec le pire - féroce usurier - la poésie est bonne ménagère qui fait le plus en dépensant le moins. Maigre vertu que cette économie domestique de gens de peu mais tant pis

ce tant pis est tant mieux

d’une certaine façon pour toujours j’en suis

comme le poème est toujours de peu au bavardage prétentieux de la parole

« le poète recommande : « penchez-vous, penchez-vous davantage ». Il ne sort pas toujours indemne de sa page, mais, comme le pauvre, il sait tirer parti de l’éternité d’une olive »

au nom de ce peu qui est si peu que son nom même l’excède

posera juste un instant le poème en paysanne - tel les saisonniers gagnent de quoi survivre le temps d’une vendange- menant troupe de mots meuglant comme vaches à l’étable, ressemblant à ces culs terreux dont je suis issue et dépiautant la volaille dans un envol ébouriffé de plumes et de caquètements car il y a place pour tout dans la poétique panse qui tout engloutit, tant l’ample que le chétif, le murmure que le brame, le mot minime en bout de langue que la logorrhée du potlatch

« Il y a des choses que non » disait la mère du père dans son parler de montagnarde, désignant ainsi l’ordinaire des atrocités humaines barbares et policées en allant au poulailler d’un même geste distribuer le grain et les balles cachées sous la paille des œufs.

Il arrive inépuisablement des choses que non et que, pareil au disque d’argile ou au pain d’olives partagé entre les hôtes, tende parfois le poème sa moitié de parole, dont l’autre possède égale part, rappelant que jamais, sauf à tuer, aucune parole n’épuise la parole, avec cette incomplétude, ce suffisamment de manque et d’excès, d’écart à l’équilibre des antiques particules pour que quelque chose naisse…

parfois – parfois seulement car le poème va aussi au tout venant -

il y a de l’inquiet dans le poème

du non quiet qui enfin s’inquiète de ce qui se dit
de l’indéfini qui cesse enfin de clore le monde aux bruits d’une bouche

et puis de l’altérité non réduite enfin de l’autre non assigné à soi

alors

tandis que vacillent les lettres à la lueur de la vieille lampe torche qui, au Mont Alban ou à la Tête de Tigène, a éclairé des nuits de sentinelles, d’assauts
meurtriers, de visages de prisonniers comme de rescapés, de héros et de traîtres

dans ce pays qui blasonne à ses gorges, ses cols et ses bouches la voix le chant
et les mots mais aussi la corde au cou des suppliciés et la balle dans la nuque

en icône à l’insignifiante et précieuse parole humaine qui s’égrène dans l’oubli :
le poème

comme un coin dans le gras de la parole

obstinément poème

pillé pillant à mille moineaux jetés par poignées dans les halliers

pelletant les mots pour déterrer l’arête de seiche sous la croûte de sel

comme sous l’échine frémissante des luzernes

une question dans la profusion de la parole

ou pris à la gueule du loup

un éveil dans l’indigence de la parole

Claude Ber

Paris-Nice avril 2007