Thomas Augais, Océan, barques de plâtre






Océan, barques de plâtre, de Thomas Augais a paru en mai 2007 dans le numéro 16-17-18 de la revue l’Etrangère, consacrés à André du Bouchet. Mis en ligne avec l’aimable autorisation de l’auteur et de François Rannou.

Océan, barques de plâtre

Qui revient sur les premiers moments d’écriture de Qui n’est pas tourné vers nous heurte le Cube, ou « crâne », dans l’affrontement duquel semble s’être joué pour André du Bouchet l’accès véritable à l’œuvre d’Alberto Giacometti.
Cette œuvre, André du Bouchet sut maintenir l’exigence qu’elle ne fût jamais tenue pour un acquis, et dans un retour au lieu de l’impossibilité de peindre ou de sculpter, devenu lieu de l’aphasie, ses textes auront rejoué à perte de moyens le franchissement de ce lieu du crâne.
Sur l’obstacle pétrifiant de la mort vient buter à son tour un poète qui aura voulu contraindre le langage à la frontalité, qui dans son rapport même à une parole d’emblée impraticable se vit imposer cet accès frontal qui sans cesse obséda Alberto Giacometti.
De part en part traversée par le texte publié, la mort pourra s’estomper, paroi collée au visage qui se verra, dans un retournement brutal, projetée au plus loin, repoussée jusqu’à épuisement des forces en réserve : « […] mot que j’aurai différé de dire, la mort [1] ».
Mot confondu désormais au recueil, comme inapparent sur la page de couverture, à dessein gommé de la citation de Rilke : « La mort est cette face de la vie détournée de nous [2] ».

Cet affleurement de la mort dans des textes qui pour les plus anciens nous reportent au début des années cinquante [3] ne doit pas surprendre : plusieurs éléments, qu’ils soient d’ordre personnel ou liés à l’élaboration tâtonnante de l’écriture poétique ( et plus vraisemblablement dans un échange constant entre les deux) semblent avoir convergé à cette époque pour faire de la question de la mort une des pierres d’achoppement de sa recherche [4].
Très tôt, l’attitude d’André du Bouchet aura été de défiance à l’égard de la mort littéraire : dégoût de la complaisance, de l’engluement d’une certaine poésie dans des postures faciles. L’article des Temps modernes consacré à Fureur et Mystère en 1949 rend hommage à Char qui fait alors « rentrer la mort dans le circuit de la vie [5] ». L’exigence d’une poésie qu’il faut porter contre des « barrières immédiates [6] » doit être opposée à la mort abstraite. Mort littéralement inconcevable, telle qu’elle apparaît un peu plus tard dans la réflexion sur Baudelaire [7] : la mort n’est pas à imaginer, elle n’est pas à reléguer dans l’improbable ailleurs d’une représentation. La mort, celle du « Rêve d’un curieux », n’est « que cela ». Rivée « au cœur », elle est béance d’un ici, en deux déchiré : « mourir reprend place dans le cours de la vie [8] ». L’expérience de la mort comme chute où retrouver pied - « tombe » où résonne son homonyme - marque un lien évident entre les premiers brouillons de Qui n’est pas tourné vers nous et la réflexion sur Baudelaire :

Mais pour être ainsi soutenu – debout – par la terre entière – pour connaître ce soutien de la totalité de la terre – son agencement inamovible, IL FAUT ETRE TOMBÉ [9].

Cet affrontement de la mort, l’œuvre de Giacometti le reporte en effet depuis plusieurs années vers les « barrières immédiates » de l’espace, l’arrache à son abstraction pour en faire un ensemble de problèmes concrets face auxquels inlassablement les moyens sont à réinventer. Les brouillons les plus anciens marquent cette convergence à la faveur de laquelle André du Bouchet cherchera à préciser toujours plus l’intuition préexistante d’une mort à vivre dans l’immédiat, tout en tâtonnant vers l’invention de moyens poétiques à la mesure de cette intuition. La réserve de mort sur laquelle se détache chaque figure ou figurine d’Alberto Giacometti réitère son injonction : comment enter la mort au cœur de la langue, et renaître à partir d’elle ?
Mais vouloir traverser dans le sillage d’Alberto cet instant scintillant de la mort impose de prendre la mesure du violent arrêt qui lui fut imposé, et comme par contrecoup se le voir intimer à son tour, revivre ce moment de prostration absolue qui barre l’accès à l’œuvre, et qu’il faudra tenter de conjurer, le repoussant au plus loin, « mot que j’aurai différé de dire »… Mort impossible, inévitable, comme pour Giacometti la mort de Van M., « trouée dans la vie » et dans une maîtrise illusoire des moyens de son art, impossible à écrire, insistante pourtant :

Ce voyage que je fis en 1921 (la mort de Van M. et tous les événements qui l’entourèrent) fut pour moi comme une trouée dans la vie. Tout devenait autre et ce voyage m’obséda continuellement toute une année. Je le racontai inlassablement, et souvent je voulus l’écrire, ceci me fut toujours impossible. Seulement aujourd’hui, à travers le rêve, à travers le pain dans le canal, il m’est devenu possible de le mentionner pour la première fois [10].

La mort, paroi à franchir, à franchir dans l’élan impulsé par l’œuvre de Giacometti, qui toute entière pour du Bouchet semble se confondre avec cet obstacle, devenu « glacier [11] » à l’orée du texte publié :

  si, cette œuvre, de tant de propos qui aujourd’hui l’accompagnent – de la parole, de la présence même de celui qui  :
pour m’arracher un instant à la fascination qu’elle exerce […] je l’oublie
    ou me fie, pour l’instant […] au seul souvenir qu’elle me donne–
    une haute paroi –

Cette paroi fut, pour Giacometti, dès 1923, et pour tout un hiver, celle du crâne :

En fait, j’ai été cinq ans à l’Académie. La seconde année, par hasard, je suis tombé sur un crâne qu’on m’a prêté. J’ai eu une telle envie de le peindre que j’ai laissé tomber l’Académie pendant tout l’hiver. Et j’ai passé tout l’hiver dans une chambre d’hôtel à peindre le crâne, voulant le préciser, le saisir autant que possible. Je passais des journées à tâcher de trouver l’attache, la naissance d’une dent […]. Encore aujourd’hui je regrette de ne pas être allé au bout [12].

Prendre la mesure de ce que proclame l’œuvre de Giacometti demande un temps d’arrêt devant ce que du Bouchet nommera l’ « obstacle pariétal », à la fois paroi (« paries ») et crâne (« os pariétal »). Au pied de ce mur d’os viennent rouler quelques blocs réfractaires à toute prise du langage sur eux. Ces blocs de mutité obstinée, nulle sculpture n’en aura mieux approché l’énigmatique défi que le Cube de 1934, polyèdre, stèle en mémoire de la mort du père, et, pour Giacometti, « tête » ( ou « têtre » encore, dans un des tapuscrits de Qui n’est pas tourné vers nous, improbable concrétion verbale arrachée par le hasard aux doigts empêtrés dans la machine à écrire : « être », « tête », « peut-être »…).
Ce « cube » à douze faces, posé sur l’une d’elles, « imparfaitement à terre », est un dé, le dé du réel que nous contournons « dans l’espoir vain d’entrevoir la face sur laquelle il repose ». Il semble, à parcourir les premiers moments de ce qui deviendra « Sur le foyer des dessins d’Alberto Giacometti », qu’André du Bouchet ait eu l’intuition qu’il lui fallait repartir de ce mémorial d’un moment de prostration extrême pour qu’une brèche pût être percée par la parole dans cette paroi de l’œuvre de Giacometti.
Car cette face « détournée de nous » porte la marque d’un interdit nous la dérobe, formulé laconiquement par un rajout abrupt sur l’un des tapuscrits :

ce qu’on ne voit pas – me paralyse – la mort

C’est pourtant à même ce bloc de paralysie, celui « de la Mélancolie de Dürer », qu’il faudra passer outre l’interdit : « Ce problème est celui de la mort, de savoir si elle nous arrête, si avec elle nous nous arrêtons – ou si au-delà d’elle nous avons un avenir […] ». Mais passer outre cet interdit, ce serait franchir l’intervalle d’une séparation entre le sujet et le réel. Il n’y a pas pour du Bouchet d’autre source d’interdit que cette séparation brandie par les parois lisses du Cube, n’opposant que faces à nos tentatives de le contourner :

comme si tout ce qui se présente au regard ne pouvait nous être donné que dans […] la catastrophe, la chute verticale, l’abrupt d’une espèce de mort qui nous en sépare.

Conjurer cette séparation qui est la marque même de la mort reviendra pour Giacometti à résoudre le problème de la localisation, placé au cœur de sa réflexion par André du Bouchet. Les dessins, partie de l’œuvre que vise particulièrement le texte, destiné à l’origine à accompagner un choix de ses dessins effectué avec André du Bouchet par Giacometti, posent ce problème avec force. Le lieu qu’elle se voit assigner vient en effet grever toute chose d’un poids de mort, de même que la mort effective pour Giacometti ne peut se manifester plus clairement que par l’assignation d’un lieu objectif. Ainsi devant le cadavre de T. :

je regardai cette tête devenue objet, petite boîte, mesurable, insignifiante [13].

Mais si la mort apparaît comme la constriction d’une mesure, il devient possible d’en approcher la genèse, par l’examen des premiers dessins. Ce qui a permis que la mort se constitue en obstacle, ce sont en effet les limites de ce savoir qui au sortir de l’enfance nous fut inculqué. Limites encore, pour Giacometti, de l’Académie, de la recherche d’une construction « qui fait que nombre de [ses] dessins peuvent faire penser à ceux de l’étudiant qui essaie de localiser l’objet de son étude ». Il ne lui aura été possible de s’arracher à la menace du crâne, de franchir cette « mort justement localisée de la construction, cette mort de l’école », qu’en « brisant la hantise de la mise en place », qui « s’exerce sur des corps morts ».

l’objet de peindre tombé du ciel – du ciel des idées

Le monde des constructions apprises sépare donc Giacometti d’un accès à la vie continue, et c’est ce crâne qui dans sa finitude doit crouler pour que l’interdit de la mort puisse être levé, ne plus le tenir enfermés dans les « vieilles coordonnées rudimentaires ». Les dessins les plus anciens révèlent ainsi les préparatifs de cet éboulement duquel l’œuvre se dégage, celui d’une « première construction » du réel venue peu à peu entraver les perceptions sensorielles, empêchant Giacometti, d’après ses propres mots inlassablement répétés de « [se] rendre un peu mieux compte de ce qu’[il] voi[t] [14] ».
S’il perçoit le nœud de cette tension avec tant d’acuité, c’est qu’André du Bouchet se heurte dans les années cinquante à une difficulté similaire dans le domaine du langage. Ces années sont celles où il cherche frénétiquement à écrire au plus près de la sensation, réitérant dans ses carnets un mot d’ordre qui pourrait être aussi bien, jusque dans les termes choisis, celui de Giacometti : « copie servile ». Copier la terre au plus près, affublé d’une volontaire myopie, voilà ce que tente alors André du Bouchet, ne pouvant se construire une langue poétique propre que sur les débris de la langue apprise :

  copier servilement
ma copie n’est pas assez servile
je vais m’agenouiller sur la route, dans le champ qui rampe
lécher l’air comme un chien
pour le faire éclater
pour que la maison résonne comme si on la défonçait à coup de vent [15]

Alors que s’élabore la réflexion sur l’œuvre de Giacometti, il apparaît de plus en plus nettement que de l’avancée accomplie dans ces années par la langue poétique, la prose ne peut sortir indemne, et les brouillons de Qui n’est pas tourné vers nous montrent comment peu à peu la construction des phrases d’André du Bouchet se distend, s’ajoure, à mesure que croule cette paroi de la « construction première » d’une langue qui le séparait de son objet et que s’invente une « langue peinture [16] ».
Mais la violence d’un choc aura seule permis cette prise de conscience d’une gangue de savoirs inculqués nous coupant de la vie immédiate :

il y aura eu d’abord, pour que croule cette première construction du corps, choc dramatique, heurt… heurt bref, et fulgurant… à la suite duquel ne cessera de planer , au delà de tout objet vu, quelque interrogation légère

Ce choc de la mort, qui nous arrête et nous sépare, c’est devant la parole, menaçante dans l’instant qui précède sa traversée, qu’André du Bouchet le rencontre à son tour :

Mais la parole même – non résolue – porteuse de problème, se posant en problème – n’est-elle pas cette tête de mort – aux deux yeux ouverts – cette parole vacante jusqu’à ce que notre regard l’investisse -

Sur une cassure le réel nous est à chaque instant retiré, peinture et littérature – « regard », « parole » mêlés dans ce passage - se rejoignent dans ce temps mort où le dehors reflue, crâne vacant. Au bord de cette cassure peinture et littérature pouvaient s’arrêter : se cramponner à l’objet, retenir leur souffle, se murer dans le crâne des constructions apprises. Le franchissement de « l’obstacle pariétal » ne se fera au contraire que dans l’acceptation d’une perte irrémédiable. Les « deux yeux ouverts » de la tête de mort ne pourront être investis, et remis en orbite, que par-delà ce désastre. Une « décollation », celle de la tête « à facettes » de 1934 ou celle de la tête « sur tige » de 1947 permettra seule de « décoller » à nouveau, dans un appel d’air.
L’air apparaît en effet comme le lieu d’accueil de cet instant de dépossession, qui seul aura pouvoir de retourner la mort en vie. Dans cet échange se retrouve un des motif fondamental de l’œuvre, le moyeu. L’ensemble du texte publié en 1972 se déversera de façon révélatrice dans cet air du dernier poème, qui est une aube, préparée par la dernière image du texte précédent, celle du liseron, « roue ayant gagné sur la hampe, et tournant [17] ». Cette blancheur d’un aujourd’hui vierge et vivace par-delà toute tentative d’épuisement pivote et rend toutes choses à leur ciel, permettant le dénouement, permettant de « tourner autour de cette construction du néant ». Tourner autour du Cube et voir la face qu’il nous dérobe, c’est voir « plus loin que son regard », conjurer les limites de notre existence incarnée pour avoir pied dans l’illimité, où la hantise du crâne se volatilise :

le ciel n’est pas construit

Confié à l’air, le dessin se délivre alors peu à peu des « vieilles coordonnées rudimentaires » pour être rendu à une nouvelle naissance :

Nouvelle naissance où le dessin plus large, renonçant à localiser et à saisir, - […] tout à coup s’ouvre, et boucle, et fleurit – le volume est là […] sans qu’il se trouve rivé, crâne, en un point donné de l’espace qui de toutes parts le déborde […] Pourquoi alors les objets glisseraient-ils plutôt qu’ils ne montent – si haut et bas apparaissent égaux, et partie du même ciel […] c’est l’espace […] qui tourne, et tournant met à jour le volume de la page qui se soulève dans le livre entre-ouvert […] course de l’espace environnant auquel – orbites, montagne, assiette, maxillaire entrevus – […] font en quelque sorte office de moyeu – qui en retour leur confère le coupant d’un éclat – ils s’aiguisent dans cette course – leur vie, dans cette immobilité tient à l’allure qu’ils ont imprimé à l’air ambiant, et qu’à l’entour, nous sentons tourner – par cette réversibilité du proche et du lointain, ce continuel échange, ce renversement qui autour d’eux fait cercle, et trace ainsi leur orbite invisible.

Que ce soit pour la parole ou pour le dessin, qui se rejoignent dans ce même espace de circulation des souffles que doit rester pour eux la blancheur du papier, l’interdit, la catastrophe initiale de l’apparition de toute chose, se laisse donc franchir sur le pivot de l’air, sur le « pas », lieu d’une enjambée autant que particule de la négation :

Double mouvement de l’Interdit (frontal) et du pas (dénouement)

La réflexion d’André du Bouchet éclaire donc un aspect particulier de l’œuvre de Giacometti : le paradoxal renversement de « l’ordre de la vie » qu’elle implique : « c’est à partir d’un crâne – que se prépare la seconde naissance ». Là, dans cette « tête – aux deux orbites fixes », réside le « centre problématique » de son trait. Ayant touché « à un désespoir », l’œuvre « repart [18] ». Et là où la parole de Giacometti, sur l’erre de ce désespoir, pouvait proclamer son échec, protester de son incapacité à accomplir jamais une avancée décisive – dans cette insatisfaction où il puisait la force de relancer sans fin son œuvre – , l’avance aveugle de son trait, la vie silencieuse de la partie de l’œuvre ayant échappé à la destruction témoignera de cette renaissance,

occupant à l’égard de la parole de G. , par ailleurs si exacte et vive, dans ce circuit de l’incessante recherche qu’elle précise – l’espace de la phrase que perçoit Ivan Illitch – Elle est finie la mort – la mort n’est plus – à la place de celle que prononcent , à l’écart, les spectateurs : « il est fini, il va mourir… ».

Giacometti reporte donc le franchissement de cette « cassure finale » de la mort au sein d’un instant abyssal. Un temps mort alterne avec le temps fort de la vie jaillissante et rythme l’œuvre, au même titre que l’alternance des jours et des nuits. C’est dans la « traversée de cette nuit redoutable chaque fois » qu’elle se ressource. Dans cette blancheur d’une nuit sans sommeil pour Giacometti, du long travail poursuivi jusqu’à l’aube, qui est aussi blancheur lustrale d’un monde qui se referme sur chaque trouée, retrouve à chaque instant ce qu’André du Bouchet désignera comme la « fraîcheur » de « l’inentamé » :

Le trait divisé s’irise, comme Giacometti, à bout de force – le jour ayant gagné, déjà, l’autre côté de la montagne – s’endort, pour reprendre, en plein jour, œuvre de très longue haleine [19].

Dans cette « très longue haleine », gagnée sur un instant de syncope, gagnée dans le tourbillon de l’air autour d’un crâne, qui réunit, ou, sur le déclin des glaciers, confond, Giacometti touche à une survie  [20]. Une « sur-vie », c’est-à-dire une vie assumant sa face « détournée de nous », une vie augmentée de la mort. Mais cette résurrection soudée à son revers de mort, Giacometti aura eu l’exigence de ne pas la projeter dans un hypothétique au-delà : la survie à laquelle il accède tire sa force d’être assumée dans l’ici, dans l’instant.
Dans cette traversée d’une mort vécue dans l’immanence, où le ciel se mélange à la terre, la figure cesse d’être « localisée », c’est la mort au contraire qui se trouve « logée » en elle. À la vie engoncée dans des limites construites peut se substituer une vie englobant la mort. Cessant d’être repoussée dans l’incertitude des lointains, la mort intériorisée fait basculer les êtres et les choses dans l’illimité. Dans ce moment de stupeur qui avait laissé la figure de l’Objet Invisible bouche bée, c’est notre assise de mort, notre être lacunaire qui nous étaient révélés : « la mort, au profond de nous-même, ignorée [21] ». La paroi qui nous séparait de la vie redevient alors imperceptible : « dureté ramenée à un souvenir – comme le sentiment qu’à l’occasion nous pouvons avoir de l’armature de l’os sous notre peau ». Cette « armature » est encore « la tige de métal sur le socle aux grands pieds, avant qu’elle ne rentre, comme un interdit se voit tourné, dans le corps du plâtre ou de la terre dont elle constitue au centre l’arête, de nouveau [22] ». Mais dans le corps élargi par la blancheur qui le troue, le renversement s’est opéré, nous ouvrant, par-delà notre propre mort, à la vie « impersonnelle » :

L’espace de l’existence – celui qui suit la découverte, la localisation de cette boîte – de l’espace au-delà, l’espace de la transfiguration, qui n’est autre que celui de notre vie, mais pour qui a la passion, la hantise de la connaissance, elle ne se laisse entrevoir que comme un au-delà, hantise dépassée, effroi pacifié, fixité d’un regard passant à la disponibilité de l’existence : cela, nous ne pouvons le voir que par-delà notre mort, c’est-à-dire au-delà de notre existence personnelle, individuelle, au-delà aussi des moyens de l’art, tels que nous pouvons les saisir et les perfectionner – hors de notre saisie, enfin…

Le premier texte écrit par André du Bouchet sur l’œuvre d’Alberto Giacometti, écrit du vivant d’Alberto Giacometti, et daté de mai 1965, quatorze années après les premières notes dans les Carnets, voit donc son point final changé en « point-du-jour [23] ». En juin 1965 Giacometti et du Bouchet choisissent ensemble les dessins que le texte doit accompagner . Giacometti doit également répondre par des dessins de montagnes aux poèmes de L’Inhabité à paraître chez Jean Hugues, et jamais peut-être le dialogue entre eux ne fut plus vif. André du Bouchet est invité à Stampa. Il s’y rendra seul.

* * * * *

11 janvier 1966 : mort d’Alberto Giacometti. Mort face à laquelle l’anticipation de l’œuvre, répercutée au sein du texte d’André du Bouchet, s’avère hors de propos. La parole à peine prononcée touche à « une mort réelle »… Une mort sur laquelle il n’y a pas d’avance possible, puisque la mort frappe toujours à côté. La mort attendue de face frappe à côté, et en dehors de toute attente.
Comment dès lors confronter l’avance prise sur la mort réelle d’Alberto à l’irruption dévastatrice d’un événement pour lequel toute avance prise se révèle soudain sans objet. La confrontation de la parole au réel effréné provoque ce bouleversement radical de toute intention préalable que les textes futurs auront charge d’élucider [24], pour s’en remettre à lui, pour fonder sur sa réserve d’inattendu son ouverture même :

  paroles auxquelles une mort réelle quelques mois plus tard, est venue, contre toute attente, donner – momentanément – un autre sens –
           à contre temps –
un sens sur l’instant exorbitant…mais ce qui est dit ne s’est pas néanmoins effondré…
     un sens autre que celui que je voulais…

s’il doit aller plus loin, encore, qu’un sentiment vérifié…qu’un simple pressentiment vérifié…
   il ne s’agit toujours – et à la fois, que de la vie réelle de G. – dans les limites précises du hasard des jours, des rencontres, telle que le hasard de l’amitié – les limites de l’amitié, la donnent de son vivant à pressentir – et à la fois de la vie – beaucoup moins limitée – de la vie indéfinie de son œuvre – de cette survie, lui ai-je dit de son vivant – de cette survie déjà enracinée, par cette œuvre, de son vivant, impliquant telle mort – la dépassant…Mais cette mort – cet autre sens venu grever ici ses paroles – irréparable – n’est qu’une enclave – légère atteinte de lumière – réserve de vie, étrangement, comme incluse désormais dans cette œuvre, - et pour nous seuls en avant – nous que cette œuvre, seule, et calmement, désormais, accompagne…que l’œuvre ainsi définitivement réalisée accompagne…que l’œuvre, chargée de ce sens qui paraît sur l’instant radicalement autre, étranger, accompagne…

Le crâne patiemment mis en orbite roule donc sous le poids de cette mort « exorbitante », qui le laisse vacant, privé de regard. De cette chute à nouveau du « bloc de la Mélancolie de Dürer », de ce retour d’une moraine à contre-temps, un texte écrit quelques années plus tard, au moment où les murs de la rue Hyppolite Maindron, sur lesquels quarante années de travail avaient déposé leurs sédiments ont été prélevés, me semble donner, dans la soudaineté même de son impulsion, comme un écho différé :

                Il y avait un mur absolument à portée de main – il suffisait d’étendre le bras – pour un instant gratter, griffer, dessiner, écrire, non ?   Puis il a tout à fait cessé d’être à portée de main, lui étant mort… ayant (bel et bien) disparu…    alors l’instant à portée de main à disparu : la surface […] du mur, au prix de semaines et de journées, de mois, presque, de labeur, s’est laissée prélever : le mur étant bien là, mais hors d’atteinte cette fois, lui ayant disparu :   alors on a étendu le bras vers l’inatteignable bien en vue cette fois…   de son vivant les murs à portée de main n’étaient pas visible…

[…] moi, entre temps, l’innommé   - et je suis pourtant. Innommé, je suis pourtant : et rendu au support : comme rompre plus outre, je ne le peux pas, car je suis là…

Je suis là    - épitaphe refusée…

pluies…    pluies…

Ce moment de déréliction d’une épitaphe refusée, il faudra lui aussi que le livre le traverse. L’instant de perte irréparable au cœur de « Sur le foyer des dessins d’Alberto Giacometti », pierre ayant roulé ou pris encore visage momentané d’un Cube, et que l’œuvre pour se faire jour avait dû convertir en énergie de rupture, devient alors image comme en abyme prémonitoire – sans autre préméditation pourtant que celle d’une vie si démesurément supérieure à « toute la peinture, […] littérature… [25] » - de ce manque sur lequel prendre élan de nouveau.
La force des textes rassemblés après coup sous le titre Qui n’est pas tourné vers nous tient au fait que du Bouchet aura su convertir ce refus d’épitaphe qui dans le contrecoup de cette mort lui était pour lui-même signifié, en refus, pour Giacometti, de toute épitaphe, et d’avoir poursuivi l’écriture de ce livre dans l’exigence maintenue du refus de toute épitaphe.
Qui n’est pas tourné vers nous apparaît à bien des égards comme un anti-tombeau, où les contours du pesant édifice chargé de renvoyer aux vivants la dernière image du mort volent en éclats. Poussière où le fond prend le pas sur les figures d’un instant, où les contours « rompus » du visage de Giacometti le rendent à cette absence de limites que du Bouchet nous l’avait montré gagner sur la mort même.
De la même manière que les figures dessinées par lui se détachaient sur une réserve de mort, réserve lacunaire logée au cœur du papier, la figure d’Alberto Giacometti - logée plus particulièrement entre « sur le foyer des dessins d’Alberto Giacometti » et « Plus loin que le regard une figure », sur l’un et l’autre versant de sa mort - apparaît comme le centre absent dont le texte de plus en plus aéré par les blancs typographiques marque le seuil. Comme une mort se sera résorbée dans chacune des pages gagnées sur sa traversée.
Textes où l’enchâssement, à la parole même d’Alberto, sera refusé : paroles non serties, dans un reliquaire comme éclaté, rendues à une survie possible, où du texte qui les pulvérise plus rien presque ne semblera les distinguer. André du Bouchet semble alors se souvenir, citant les notes prises par Giacometti au cours de son retour de New-York, du mythe de la barque funéraire – cette barque-cercueil, par exemple, de Queequegg dans Moby Dick - , où l’âme du mort est confiée à l’informe d’où elle provient pour y être réabsorbée, dans un voyage périlleux où se prépare une seconde naissance :

La mer… pour moi sans nom bien qu’on l’appelle aujourd’hui l’Atlantique. Pendant des millions d’années elle n’avait pas de nom et un jour elle n’aura plus de nom, sans fin, aveugle, sauvage comme elle est pour moi aujourd’hui [26].

Barque funéraire, mais rendue à l’immanence, à la traversée d’un instant, de cette houle d’un instant, « support aveuglant qui se soulève, déborde soudain, et double le corps des choses entrevues [27] » :

Je sais maintenant que c’est pour ces deux traversées que j’ai fait ce voyage [28].

Pourtant dans l’instant particulier de la mort d’Alberto Giacometti, le monde pour André du Bouchet semble refluer vers cette constriction à laquelle il avait été arraché. L’annonce de cette mort produit chez lui la sensation d’un réel « amenuisé » de nouveau, alors que le visage du mort par un secret échange paraît se dilater… Apparition, au moment de cette annonce, d’Alberto vivant, de son visage en relief, c’est-à-dire puisant sa profondeur en « nous » comme à l’avant de « nous », rendu à cette absence de limites à laquelle par son trait les objets dessinés par lui se voyaient révélés.
Tout l’espace de la vie vient se réfugier dans le visage de celui qui sans cesse avait cherché à l’augmenter, et ce visage nourri sans relâche de l’ardeur d’apparaître des êtres et des choses pivote brusquement pour se muer en apparition. Apparition, non pourtant du visage d’un mort, mais d’un vivant : « revenant » revenu vivant, lui qui avait anticipé ce retour des êtres à même leur disparition, leur soif de retour :

Impossibilité de voir le visage (d’Alberto mort) ce qu’alors j’ai pu y chercher ne s’y trouve pas – se pencher… dérision…    aurais-je – parlant, avant d’avoir entrevu la forme étrécie du visage de G –[…] parlé sans le savoir de ce visage – rien – entrevu deux ou trois jours plus tard…    non : c’était le visage d’un vivant… pas la forme du visage resserré […] mais la forme d’un visage – du visage d’A vivant, mais tel que de son vivant je ne l’avais jamais vu – jamais n’avais eu à la voir – aussitôt à l’annonce de sa mort… « qu’Alberto est mort »    Apparition, donc, d’un vivant – du vivant que j’ai connu, et que je n’avais donc pas à voir… vu donc, comme pour la première fois, et la dernière – puisque cette apparition ne se renouvellera pas - apparition comme prémonitoire de cette mort que je venais d’apprendre, comme si elle était encore à venir… apparition de la vie indissolublement liée à la mort – ressentie comme certaine, pour la première fois, puisque nous sommes le plus souvent habités par cette certitude qui brouille le relief justement… le relief de l’existence… mais dans ses rapports avec la mort pour la première fois apparue comme certaine, (la figure en retrait) l’ordre paraissant interverti : apparition « en relief » d’un vivant prémonitoire de sa mort certaine , donc – mais de cette mort que nous ne pouvons dire certaine qu’une fois qu’elle a eu lieu, et qui , seule, confère aux traits ce « relief »… Y a-t-il là, prémonition, et renversement, de quelque chose, qui […] se trouve au centre de la recherche de G - de la vie de G - ? je le crois…
[…] puisqu’il aura fallu de fait cette mort pour qu’à l’instar de son œuvre il se détache – il se détache lui-même à son tour en relief comme les vivants qu’il regardait… comme les vivants lorsqu’il les regardait… à contre-jour de sa mort et de celle d’autrui

Le monde, dépouillé de cette lumière absolue à laquelle le dessin réalisé l’avait fait naître semble rendu à la localisation, à une gauche et une droite périmées. Cette impression, qui sera évoquée dans « Plus loin que le regard une figure », fut surtout vive lorsque du Bouchet, à Stampa, découvrit l’intérieur d’un chalet qu’il ne connaissait que par les dessins. Alors que le réel, arraché à cette lumière de face des dessins la voit ressurgir de côté, la vérité de la mort d’Alberto se délivre au contraire dans une frontalité nouvelle : mort effective lorsque celui qui travaillait et conversait, vivait à côté fait soudain retour de face.

    comme vu, pour la première fois, Alberto, - à l’instant de l’annonce de sa mort – mais de face – vivant, mais de face… identique à l’un de ses personnages… renversé comme son œuvre… en chemin… à jamais… A jamais, comme l’œuvre même, en chemin…
    Face à nous… à jamais, comme son oeuvre, en chemin… A. qui se trouvait à côté…

Mais ce retour frontal, par-delà le reflux provoqué un temps par l’annonce de la mort d’Alberto, André du Bouchet le porte de nouveau jusqu’à l’air, à mesure que la traversée de cette mort se résout en aube éclatante. Par-delà la reconquête d’une mort « indissolublement liée à la vie », la beauté singulière des textes consacrés par André du Bouchet à Alberto Giacometti me semble résider dans cette saveur aurorale qui les déborde. Une floraison irrépressible gagne peu à peu le livre, les images de naissance prolifèrent. Le rire et l’enfance tiennent dans ces textes une place particulière et révélatrice. L’existence résolue en dissémination de poussières ou pollens appelle dans « Et (la nuit » la réminiscence de la première fois où, enfant, André du Bouchet vit danser la poussière. Poussière qui rejoint une autre poussière, tombée des plâtres de Giacometti, pour devenir « poussière sculptée », « poussière rieuse », « poussière enfantine [29] » (le rapport de l’adjectif au substantif traduit bien ici le pas gagné sur la pulvérisation par un horizon de renaissance). Quant au rire, c’est toute l’amitié avec Alberto Giacometti qu’il ressuscite, comme l’angoisse d’une mort conjurée soudain éclate en rire, en un moment de rire partagé.
Ces instants de fou rire évoqués par André du Bouchet prennent en effet tous naissance sur fond de mort, mais d’une mort que la vie tourne, contourne dans le tourbillon de l’air :

[…] rire – d’une VIE débordant, subitement, comme un éclat, l’être – la personne-

[…] sourire d’Alberto – surpris, souvent, à travers son discours – ou rire échangé – la parole se trouvant subitement traversée – jusqu’au rire – l’éclat de rire, le dernier, sur lequel nous avons pris congé – le premier étant, quelques années auparavant déjà, dans la chambre d’hôpital, sur une « bonne vie » - le second, et dernier, alors, sur le pas de la porte de la rue Hyppolite Maindron, et jusque dans la rue où il avait fait quelques pas dehors dans la nuit la veille de son départ pour la ville suisse – rire soulevé, et aussitôt partagé, par la question finale – par la question – par la ruse – le ton de ruse avec lequel il avait rétorqué : « et si - il – y – avait – un rapport ? » en réponse à la superstition selon laquelle il n’y avait sans doute eu aucun rapport – pas le moindre rapport (il s’avéra, Alberto mort, qu’il n’y avait eu, effectivement, pas le moindre rapport) entre l’état de fatigue et de faiblesse extrême qui soudain était le sien ( ce soir là, je l’ai vu, debout, frappé de le voir comme se maintenir debout en s’appuyant sur la sellette – comme frappé de le voir, pour la première fois, donner un signe de fléchissement physique) – ( et un rire – partagé – répercuté - ) - rapport entre cet état de fatigue et le mal pour lequel il avait été opéré plusieurs années auparavant –
« Et – si… » question qui, par le ton sur lequel elle avait été émise, devait susciter un rire – aussitôt partagé – rire sur lequel nous restons, nous serons restés – où l’inanité de la question – où question, supposition, et réponse possible – paroles, toutes – demeureraient évidemment sans prise – que l’on vive, que l’on meure, que l’on soit mort – sur le fond réel, sur quelque chose qui, à travers nous (rire) continuerait, telle une figure même d’Alberto, d’avancer (rire) imperturbablement… comme indifféremment… imperméable à ce rire même qu’elle aura cependant suscité – comme elle traverse la personne d’Alberto, et le couvert de cette parole, qui se devine, et s’avère (rire) traversée…

Qui n’est pas tourné vers nous : méditation sur la mort, rattrapée par la mort (d’Alberto Giacometti), et prolongée en tombeau ( de poussière rieuse)…
Poussière « dansante », « enfantine », vibrante comme l’œuvre de Giacometti du poids de mort qui la délivre, rire sur lequel nous […] serons restés :

Mais pour celui qui a imaginé la mort – au point d’en avoir inclus dans son œuvre même comme par avance une parcelle rayonnante… alors la mort venue prend un sens, un poids plus grand encore… car elle contredit également ce qu’il peut avoir imaginé à son sujet…et l’œuvre, si elle existe, se déleste subitement de toute l’appréhension, de ce poids mortel dont il l’a grevée…

Comme une mort éclate soudain en éclosions effrénées, en infini de naissances… Ce tombeau pulvérisé, rieur, André du Bouchet n’aura de cesse d’en accentuer la danse légère, rendue à quelques pages : D’un trait qui figure et qui défigure. Trace d’une survie de l’œuvre de Giacometti incorporée à la sienne propre, dans un incessant entretien dont la dernière marque visible vient effleurer la mort d’André du Bouchet lui-même :

   Alberto apparu – debout, bien entendu…[…]
      - tel qu’une conversation, à travers les ans interrompue, et reprise à travers les ans, mort ou non, se serait poursuivie…conversation que la vie n’aura fait qu’engager…que la vie poursuivie n’aurait encore fait qu’engager…et qui alors, lui silencieux, se poursuit…

Mort d’André du Bouchet. Neige.
Neige du couteau, de l’ongle.
Neige, comme plâtre.

Comme un éclat de plâtre en barque sur le rire.
« Nous » sommes là, épitaphe refusée…

Thomas Augais

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12 mai 2007

[1« Sur le foyer des dessins d’Alberto Giacometti » , in Qui n’est pas tourné vers nous, Paris, Mercure de France, 1972, p. 21.

[2Rainer Maria Rilke, lettre à Witold von Hulewicz, in Œuvres, t. III, Paris, Seuil, 1976, p. 588.

[3Les premières traces du nom de Giacometti dans les carnets datent de 1951. Cf. Carnet, Fata Morgana, Fontfroide-le-Haut, 1994.

[4Michel Collot, dans son étude d’un carnet de 1956, rencontre la nécessité de « s’arracher à l’emprise de la terre et de la mort » : « Morts, il fallait encore monter[…]. Nous sommes moins morts que les morts ». Cf. « D’un carnet de 56 », in Autour d’André du Bouchet, Paris, Presses de l’Ecole Normale Supérieure, 1986, p. 196.

[5« ‘Fureur et Mystère’, par René Char », in Les Temps modernes, n° 42, avril 1949, p. 745.

[6ibidem, p. 746.

[7Parue pour la première fois en mai 1956.

[8« Baudelaire irrémédiable », in L’emportement du muet, Paris, Mercure de France, 2000, p. 31.

[9Sauf précision contraire, les citations proviennent de brouillons inédits de Qui n’est pas tourné vers nous.

[10« Le Rêve, le Sphinx et la mort de T. », in Alberto Giacometti, Écrits, Paris, Hermann, 1990, p. 35.

[11« Sur le foyer des dessins d’Alberto Giacometti » , op. cit. , p. 9.

[12Alberto Giacometti, « Entretien avec Georges Charbonnier », op. cit. , p. 245-246.

[13Alberto Giacometti , « Le Rêve, le Sphinx et la mort de T. », op. cit. , p. 29.

[14Alberto Giacometti, op. cit. , p. 268.

[15Carnet de 1952 (inédit)

[16Michel Collot a analysé les traits essentiels de cette « langue-peinture » dans Qui n’est pas tourné vers nous (Cf. « D’un trait qui figure et qui défigure », in Écritures Contemporaines, n° 6, Paris ; Caen , Lettres modernes minard, 2003, p. 100). Les brouillons nous montrent son élaboration progressive, qui nécessiterait une étude particulière.

[17« Et ( la nuit » , in Qui n’est pas tourné vers nous, éd. cit. , p. 175.

[18Réflexion formulée à propos du dessin Lunaire, où apparaît également le polyèdre de Dürer

[19« Sur le foyer des dessins d’Alberto Giacometti », op. cit. , p. 24.

[20idem

[21ibidem, p. 21.

[22ibid. , p. 23.

[23ibid. , p. 24.

[24Cf. « Et ( la nuit », op. cit. , p. 132-3 : « […] dès lors que telle parole à signifier avant la mort se voit au cours du même rêve désavouée, puisque la mort qu’elle avait pour fin de nier, s’y révèle échue brusquement… Et sans que le cours de ce rêve en soit arrêté, mais il se prolonge, emportant, comme au-delà de soi, l’interruption qu’y marque, en silence, à la fois une mort avérée et le réveil imminent, aussitôt la parole de rêve découverte sans objet… ».

[25Alberto Giacometti, op. cit. , p. 100.

[26« …qui n’est pas tourné vers nous », in Qui n’est pas tourné vers nous, éd. cit. , p. 43.

[27ibidem, p. 44.

[28ibid. , p. 45.

[29« Et ( la nuit », op. cit. , p. 135.