Une lettre de Pierre Reverdy à André du Bouchet

Une lettre inédite de Reverdy à André du Bouchet, confiée à remue.net par François Rannou, à l’occasion de la publication du double numéro de la revue l’Etrangère (14-15 et 16-17-18) consacré à André du Bouchet.


8- 11- 50

Mon cher Ami,

Je vous remercie de votre gentille lettre et des poèmes dont je suis très heureux de vous dire qu’ils marquent un pas décisif sur ceux que je connaissais déjà. Mais ce qui est très bien, ce n’est pas qu’ils soient différents au fond, ce n’est pas que vous ayez changé de ton — seulement ce ton s’est affermi, assuré, accentué même, dans le même sens et vous représente davantage vous-même. Pour ma part, il me semble sentir déjà beaucoup plus clairement votre nature de poète. Je vous ai peut-être déjà dit mon idée là-dessus, je la répète. Je crois fermement qu’un poète ne donne son timbre dès le début — je veux dire dès les premiers poèmes qu’il juge lui-même dignes d’être montrés ou publiés. Ce timbre il le donne à son insu — comme celui de sa voix qu’il ignore jusqu’au jour néfaste où il l’entend mécaniquement reproduit. Mais ce timbre de sa voix, c’est ce qui fait que parmi une foule on peut la reconnaître aveugle ou les yeux fermés. Il ne s’agit pas de l’accent qui est commun à tous ceux qui sont nés ou ont été élevés dans un même milieu, il s’agit du timbre qui est unique, personnel. Ce timbre vous me l’avez donné dès le début, mais il fallait le retrouver pour l’identifier. A présent il n’y a plus qu’à marcher, produire pour vous décharger, pousser jusqu’à vos extrêmes limites vous révéler à vous-même, connaître celui que vous êtes et montrer aux autres votre être essentiel. Ce chemin n’est pas toujours facile, mais vaut la peine d’être fait. Tout à vous. P.R.


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11 mai 2007