Deux volumes de la revue L’Etrangère, consacrés à André du Bouchet

Pour introduire à la lecture de cette belle moisson de textes François Rannou, qui a présidé à l’édition de ces deux volumes, a bien voulu nous en offrir la présentation que voici. Qu’il en soit vivement remercié.

On pourra lire ici l’introduction au dossier consacré à André du Bouchet sur remue.net, avec les liens vers de nombreux textes et articles.



Pour introduire à la lecture des deux volumes de la revue
L’Étrangère consacrés à André du Bouchet


La revue L’Étrangère tente, avec les deux volumes doubles qui viennent de paraître d’ouvrir un peu les portes de l’atelier d’André du Bouchet. Ainsi, nous le découvrons aux États-Unis où, il n’a pas vingt ans, son sens aigu de la lecture frappe d’emblée par sa justesse sans concession. Nous pouvons mieux comprendre également comment se construit ce qui est moins une poétique (ce serait même, d’une certaine manière, un contresens d’employer ce mot) qu’une ligne de conduite que la poésie, parce qu’elle est parole et silence, écoute et voix, geste et regard, sous-tend et révèle.
L’amitié y tient sa part, celle avec Reverdy, Celan, Des Forêts, notamment — l’amitié, oui, qui n’a rien seulement de littéraire mais engage, concrètement, une responsabilité. Et le dialogue qui se noue avec les artistes (Jean Hélion, Tal-Coat, Giacometti entre autres), très tôt, le prouve. Et sans cesse interroge comment parvenir à saisir ce qui du réel s’éclipse, furtivement se laisse entr’apercevoir et se dérobe — toucher au point muet qui fonde et troue sa propre langue — toute langue, la sienne, alors, devenant étrangère. Cette question soutient de façon centrale la recherche d’André du Bouchet et nous l’apercevons directement dans ce pas au-delà d’elle-même qu’il fait faire à la traduction, l’amenant, par là, paradoxalement, au plus littéral de ce qui la constitue.

La revue propose donc au lecteur de rentrer dans le vif de ce travail en donnant à lire d’André du Bouchet des textes et traductions inédits ou retrouvés, des lettres (à lui aussi adressées), des notes, des esquisses, des extraits de carnet, en permettant, grâce aux entretiens qu’il a accordés généreusement, d’entendre sa voix. J’ai voulu encore que fût présente la parole critique, à laquelle du Bouchet a toujours souscrit, même si c’était souvent en franc tireur — il l’a suscitée, encouragée, elle éclaire, aujourd’hui, d’une lumière différente les enjeux de cette œuvre, et du Bouchet aurait été heureux de constater qu’une nouvelle génération poursuit sa lecture. Les poètes qu’il aimait ont évidemment été invités dans cet atelier — les compagnons et amis de sa génération, et ceux, plus jeunes, dont il appréciait les textes — il faut dire, d’ailleurs, combien cet homme, qui avait la réputation d’être hautain, inabordable, a été à l’écoute de ceux qui commençaient (pour reprendre le terme que Reverdy emploie lorsqu’il dédicace Main d’œuvre à André du Bouchet : « d’un poète qui finit à un poète qui commence »), les a encouragés, conseillés, a pris sur lui, même, de les faire éditer (c’est le cas de Philippe Denis et d’Alain Suied, par exemple).
Enfin, une chronologie permet de mieux cerner encore le parcours, de celui qui, par son exemple, indique une direction, exige d’aller encore plus loin, au devant de soi-même.

François Rannou

DR.
André du Bouchet. D.R.


André du Bouchet. D.R.
D.R.
Un aperçu de ce que le lecteur peut trouver dans chacun des volumes


Le volume 1 s’ouvre sur les derniers textes en cours trouvés rue des Grands-Augustins. La première partie, comme un fronton, s’ouvre avec les textes de Philippe Jaccottet, Jacques Dupin, Yves Bonnefoy et Anne de Staël.
Puis on rentre dans l’atelier. D’abord l’activité de lecteur : André du Bouchet écrit de nombreux textes critiques dans sa jeunesse « américaine » (sur Fénéon, Péguy, Descartes, Rimbaud). Une fois rentré en France, sa réflexion prend une autre dimension comme le confirment ses essais sur Hugo, Mallarmé, Rimbaud, puis Hölderlin comme, plus tard, sur Celan (à qui André du Bouchet rend hommage dans un texte à notre connaissance inédit).
L’œuvre du poète suscite bien sûr de nombreuses approches critiques qui permettent de mieux saisir les enjeux de l’œuvre. Ainsi de remarquables éclairages sont-ils donnés par Emmanuel Levinas, Didier Cahen, Dominique Grandmont, Salah Stétié, Denise Le Dantec, Alain Suied, Jacques Depreux, Jean-Patrice Courtois, Yves Peyré et Jean-Claude Schneider.
Une familiarité s’installe, alors, que les témoignages de ceux qui l’ont rencontré rendent plus claire, plus chaleureuse encore. Les lettres que Reverdy adresse à André du Bouchet forment, d’autre part, la preuve de ce qui se tisse « d’un poète qui finit » à un poète « qui commence ».
Enfin, après des poèmes (ceux qu’on offre à l’hôte qu’on vient visiter), et des entretiens (ici, avec Monique Petillon et Georges Piroué), le volume se clôt par une chronologie précise et un inédit d’André du Bouchet qui dit la perte d’un de ses fameux « carnets ».

Le volume 2 propose de mieux approcher André du Bouchet traducteur. Le lecteur peut notamment percer le cœur du mouvement de traduction grâce à une lettre que Louis-René des Forêts adresse à l’auteur d’Ou le soleil à propos de sa traduction d’une prose de Laura Riding.
Après des études critiques d’une grande justesse où de jeunes essayistes parviennent à renouveler l’approche de l’œuvre d’André du Bouchet (Thomas Augais, Clément Layet, Sylvie Decorniquet, Elke de Rijcke, Rémi Bouthonnier, Victor Martinez, Nathalie Brillant entre autres), le lecteur pourra entendre la voix du poète à travers des entretiens.
Mais il ne saurait être question d’oublier, bien entendu, le rapport étroit qu’entretenait du Bouchet avec la peinture. Une lettre de Jean Hélion, des textes sur Géricault, Masson, Miro et Tal-Coat constituent une partie riche que vient conclure une très belle étude de Jean-Claude Schneider.
Enfin, Victor Martinez donne une bibliographie documentée mise à jour…et le dernier mot reste au poète : « Raconte-moi/ma vie ».

La revue L’Étrangère propose les deux volumes sur André du Bouchet pour la somme de 45 € (chaque volume fait à peu près 500 pages).
On peut trouver ces volumes en librairie. On peut aussi se les procurer en adressant son règlement à l’ordre de :
Pierre-Yves Soucy / L’Étrangère
c/o La Lettre volée
20, Bd Barthélemy
B -1000 Bruxelles (Belgique)

François Rannou

Pour revenir à l’introduction au dossier consacré à André du Bouchet sur remue.net, avec les liens vers de nombreux textes et articles.

15 mai 2007