Faire trembloter les images

Des six styles de trait, objets de mes observations, deux seulement, le basilic et le velouteux, se tiennent constamment sur la peau, même aux vapeurs de la nicotiane. Les autres ne s’y montrent, en général, qu’à la nuit close. À quelque espacement du buste duveteux et au cœur de la pilosité abondante, un retrait explicite forme un attentat de quelques traces fléchées à peine dissimulées de tissu distendu. C’est là que le plus souvent les deux poches cutanées stationnent, immobiles et recueillies, et attendent.

Mais la vive lumière importune les flèches. Mieux que jamais, les traits se plient et s’agglomèrent. Les lignes noires, deux par deux, malgré les déchirures de la nuit, en état de servir encore, se laissent prendre à la chair à gluaux. Le reptile fabuleux qui tue par son seul regard qui l’approche sans l’avoir regardé le premier, retiré sur la joue du jeune homme, profite de l’aubaine. À l’instant la vieille fée arrive. Avertie comment ? J’explique le phénomène.

La trépidation de la pointe feutrée sur la peau blanche, bien mieux que la vue de l’objet, lui a donné l’éveil. Une expérience très simple le démontre. Les canaux de sang bleu du dessus des mains déposent le rouge le plus vif sur la passerelle des lèvres. Au même instant la cigarette s’éteint. La bouche est mise en place soit en avant, soit en arrière, soit sur les côtés des lignes noires stationnaires. Si l’épreuve nécessite une cachette diurne parmi les images, les signes sont déposés sur le corps, plus ou moins loin du centre, n’importe comment.

Dans l’un et l’autre cas, de jour comme de nuit, d’abord rien. Les marques noires persistent dans leur immobilité. Et puis l’image fixe finit par lasser ma patience. Tout se met à bouger. Les gestes appliqués et lents sont indifférents à ma présence. Même quand le marqueur est tenu par ma main, le corps nu ne semble pas s’en apercevoir. Alors, avec une longue suite de mots qui me permet de me dissimuler un peu, je fais trembloter les images. Dans la souillarde, l’ébranlement a lieu, car il n’en faut pas plus.


Texte écrit en regardant des photographies de Simon Rayssac

Catherine Pomparat - 24 juin 2007