Journal du compte à rebours 6

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Vendredi 6 juillet, petit matin.
Nuit blanche.
Traversée d’impasses : impasse de la voix, impasse de la phrase, impasse de l’histoire, impasse du langage, impasse du souffle.
Mais cette succession dément l’idée d’impasses.

Bandes son de la trilogie :
Alouette lulu : Billie Holiday
Couteaux offerts : airs, motets, cantates profanes de Vivaldi par Nella Anfuso et Cecilia Bartoli
RH : quatuors et quintettes d’Anton Dvorak par le quatuor Talich.

Plus tard. Tout mon travail, quand j’écris une narration, fiction ou pas - de ce point de vue, pas de différence -, consiste à venir à bout des « rustines fictionnelles » (Laurent Grisel). En venir à bout mais non pas en les masquant. On repère vite les « rustines fictionnelles » d’un texte qu’on lit. Ses contorsions. Ses prétextes. Ses lâchetés. Ses incapacités.
Je connais les points aveugles de AL et de CO, les impossibilités de récit dont je n’ai pas su venir à bout.
Le travail : creuser jusqu’à arriver à la logique interne du texte.
Le point aveugle d’un texte : là où il échoue. Certes il y a une beauté de l’échec, encore faut-il que cet échec lui-même n’échoue pas, ce n’est pas si facile, se redire Beckett : Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.

Plus tard. Chaque matin après avoir fini d’écrire le nouveau compte à rebours, chaque soir après l’avoir mis en ligne, je me demande s’il sera suivi d’un autre le lendemain. C’est sans importance, d’ailleurs. Ma question est une remarque, pas une inquiétude.
Le lendemain matin sitôt levée, après deux ou trois tasses de café, je l’écris sans hésitation. Le soir je le relis, corrige quelques fautes d’orthographe ou autres détails, mots plus précis, etc.
Cette façon de ne pas revenir sur ce qui a été écrit (il m’arrive de changer un mot, d’en supprimer un dans un compte à rebours antérieur mais la retouche est mineure) est à l’opposé de ma manière d’écrire habituelle où je ne cesse de revenir sur le texte, de le recomposer, le reconstruire. L’oublier, y revenir.
Là, j’avance en ligne droite.
Autre différence : un texte se présente toujours à moi comme un volume. J’en devine rapidement les dimensions : cinq pages, dix pages, cent pages. (C’est faux : j’ignorais que j’écrirais une trilogie quand j’ai commencé AL. Et j’espère ne pas me lancer ensuite dans une tétralogie ou pire…) J’entre dans ce volume par un mot, une phrase, pas nécessairement le ou la première. Une fois dedans, je l’explore, le parcours en tous sens, j’y écris. L’écrire le définit, le forme. Le plus difficile est la construction.
Là, je tire le fil du premier mot en ne sachant pas si un autre suivra.

Ce que j’aime dans un roman c’est sa façon de traverser d’un unique jet les couches successives de fils et de lignes droites, transpercer le mille-feuilles du réel. Il faut trouver le bon angle.


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Dominique Dussidour - 28 mai 2007