Journal du compte à rebours 11

Mercredi 11 juillet, matin.
Cette nuit j’ai accompagné une jeune fille dans la ville. C’était la nuit. Je ne sais pas où nous allions. Il m’a fallu assez longtemps pour comprendre que la maison d’où nous sortions n’était pas la mienne mais celle d’un ami peintre. Les repères en étaient bousculés. Et cette nuit qui durait ne facilitait rien. Trois femmes africaines, vues de dos, en boubou et en foulards colorés, regardaient un plan du métro parisien, dehors. En contrebas, il y avait une fête ou un concert sur les quais du métro qu’on apercevait du haut d’un escalier si vertigineux que nous avons décidé, elle et moi, de continuer notre chemin à pied. Il y a eu des bousculades, un cabas noir, des coiffures rasta, des bras nus. Nous n’avancions pas dans un quartier particulier mais dans l’idée d’une ville, la nuit. Des bâtiments, des immeubles, une chaussée, des trottoirs, des néons. Ni cafés ni commerces. Je restais près de la jeune fille qui me faisait confiance. Personne à qui demander sa route. Chacun se tenait dans la ville à la façon dont on s’y tient, impersonnelle, anonyme, ayant l’air d’être perdu mais ne l’étant pas, ayant seulement à être là et à continuer d’y être, sans contacts avec les autres, sans relations, sans enjeux, seule la ville persévérait dans son être de ville, pas ceux qui y étaient. Nous. Nous ou d’autres était sans importance, ne changeait rien, n’aurait rien changé. La nuit ne cessait pas. Nous avancions toujours. Nous sommes arrivées devant une porte. J’ai sorti des clés de mon sac, un lourd trousseau. Aucune n’entrait dans la serrure. Un flash-back rapide m’a ramenée devant la porte de la maison de départ, c’étaient les clés de cette maison-là et l’ami peintre s’est amusé de cette confusion de ma part. Cependant une femme nous a ouvert la porte. À l’intérieur c’était éclairé. Une sorte de vaste cuisine en désordre. Des plantes. Des étagères. La femme laissait échapper chaque objet qu’elle prenait en main et l’objet se cassait, éclatait sur le sol carrelé. C’est à ce moment-là que la jeune fille a disparu. Peut-être était-ce elle qui m’avait guidée jusqu’ici et avait veillé sur moi, et non l’inverse. Je suis ressortie de chez la femme. Un hall, un escalier d’immeuble, un ascenseur à proximité, des étages. Quelque chose de familier.


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Dominique Dussidour - 25 mai 2007