Autopsie d’un supplice 2

(texte en cours)







C’est un projet réaliste et sans équivalent.

Mais ça n’a aucun sens ; j’aime ta queue en moi, je pense à Lancelot, et je maudis l’esquive. Si toutes les civilisations naissent, grandissent puis meurent de pratiquer l’art du détour, je veux la ligne droite, le refus qui partage et endure, et qui change l’écriture en pouvoir de traverser.

Pour comprendre, il faut écrire ce que j’écris, pour ressentir, prendre les drogues que je prends.

Ce projet est sans égal : je suis née sans sexe déterminé et je ne suis pas surprise quand ça arrive. Chaque nouvelle fois est parfaitement semblable à la précédente, si ce n’est que l’amour s’éloigne encore un peu, et que le langage se met plus profond dans les trous. Je ne fais aucune différence entre baiser et parler, entre parler et cogner, entre baiser et cogner. L_o_q_u_e_s.

NONONONONONONONONONONONONONONOM

Ils ne se posent aucune question lorsque je leur montre ce grain de beauté en forme d’étoile, il ne s’étonnent pas que j’aie si vite appris à parler, à lire, à compter, avec leurs doigts dans mon vagin. Je suis l’un d’eux, et je ne le suis pas.

Je saute à la gorge de chaque corps à ma portée, vous avez vu l’Exorciste ? « baise-moi, baise-moi ! », mais je ne peux pas me consoler de la perte de mon époux aux cheveux noirs et lisses. Ca empire, mais ça ne devient pas plus fort. Lorsque je suis trop drogué, ou juste après l’avoir été, je mets toutes mes forces à le faire, et toute ma faiblesse à me laisser faire, car ce qui réussit relève de ça, comme ce qui échoue. Je mets simultanément les mêmes forces à le repousser, à m’en tenir éloigné.

Ce projet ne verra pas le jour, mais j’y tiens beaucoup. Certains ont des projets similaires. On entend des rythmes, des battements, on lit des fragments, des répétitions, on voit bien qu’il s’agit de poésie et que ceux qui font ça, y croient. Il y en a qui hurlent, ou font la face du délirant, certains même en sont morts, et puis rien. Adieu la viande, avec les livres, et les vêtements pliés à côté. Ils travaillent, certains lisent Angelus Silesius, d’autres Artaud, Bataille, tous s’observent et veulent.

Hagard, éponge, regarde : jamais eu besoin réel d’autrui.

Je suis l’un d’eux, et je ne le suis pas, car je suis vivant.

Je supplie, j’implore que me soit rendue ma joie volée. Massage du cœur, respiration artificielle, voici la princesse aux oranges gonflées, puis le feuillage sec qui tombe en poussière, les insectes sur le dos, dévorant leurs yeux de miel. La majorité des hermaphrodites subissent l’ablation post-natale de l’organe sexuel apparemment le moins développé. Cette estimation revenant au chirurgien, la majorité des hermaphrodites deviennent apparemment des filles.

Est-il plus belle chose que de vivre une vie d’immense courage et de laisser derrière soi les fleurs éternelles des victoires remportées ?

Une même goutte d’eau tombe, tombe, tombe, tombe, tombe. Sans pour autant s’expliquer, ça pourrait commencer par une naissance, puis il y aurait la violence et quelques vêtements d’homme, enfin ça, dont personne ne se souviendrait, mais qui se reproduirait avec régularité durant l’enfance, avec du blanc et du fer car le métal comprend et sait reproduire tous les cris. Enfin, on serait maintenant, ça continuerait à se produire, mais pas de la même manière, puisque maintenant il y a des poils.

La langue rouvre les trous bouchés, l’impur à nouveau libre de circuler, d’une plaque à l’autre, d’un écran à l’autre, avec l’électrosmog.

Pour se faire une idée, il faut écrire ce texte. Ou prendre les drogues que prends. L’héroïne voit la main à plat sur la civière, les doigts écartés. Toutes les forces mises à détacher le pouce de l’index qui ne se touchent pas. Elle se baisse silencieusement, met les cheveux dans sa bouche. Ecrire sera cet effort continu pour personne, rien, jamais.

Choisir, sans quitter le misérable.




Image : me performing slut girl, Haruna Genom4 (Haruna Kawanabe)

Philippe Rahmy - 5 septembre 2007