Instin, plans de coupe, vues générales.

(Les aventures du général, vécues-racontées par ses germes)




Germés nous sommes deux, deux germes discutent - discutons : du général et d’autres choses, en général nous discutons : du pouvoir des choses, des pouvoirs du général, des campagnes du général.

C’est une aventure, attention : c’est une, microscopique, grande aventure.

[Une aventure]

Nous discutons dans le métro, nous discutons marchant côte à côte dans la rue ou dans les allées, bousculés par des ombres, nous discutons autour d’une table basse, ailleurs – installons-nous, faire simple, une table basse en métro, et quelques verres posés dessus. Le matériel, le prêt-à-discuter, en somme.

La campagne en cours est de propagation : l’expansion est consubstantielle à la conquête militaire, il en va de même avec Instin : ça ne peut pas ne doit pas s’arrêter, sinon ça n’en finira pas, ça ne cessera pas. C’est le principe. Va de l’avant, dans toute direction qui se présente, c’est-à-dire : tourne sur toi-même ? Propage-toi toi-même ? Deviens ton peuple.

Nous sommes un peuple en discussion.

Vous êtes les bienvenus (en principe).
Dans cette aventure (une discussion).
Principe d’une discussion : réponse, question, question, réponse, réponse, question, réponse, réponse réponse - questions.

Ecoute écoute,
tu vois ce que je veux dire,
attends si,
regarde,
non non non rien à voir,
j’entends bien,
je vois,
je vois je vois,
attends,
attends attends.
Enfin mais si.

On ne s’entend pas mais s’écoute. En discussion. On voit on voit, mais n’entend pas, on entend mais ne voit pas, nos mots se bousculent sont bousculés, bousculés par quoi par leurs ombres,
je vois je vois. Non. Attends.
Attends voir : j’ai fait un schéma.

Vous êtes les bienvenus – quelle bienvenue, bienvenus où ? Parmi notre peuple par mon expansion constitué, je vous ouvre mon peuple, bienvenus.
Si si j’ai fait un schéma, regarde :
C’est simple !
Non ?

[Le schéma]

Il a fait un schéma. Je regarde le schéma.
C’est simple !
Mais quand il dit qu’il a fait un schéma, le schéma n’est pas là.
C’est simple, non
Et quand je regarde le schéma qu’il a fait, lui n’est plus là, ses mots sont loin, leurs ombres seules se bousculent
C’est simple – non.

Voyons. Tu veux dire ?
Si, regarde. Regarde
(écoute) :
Mettons que le sous-sous-dossier numéro 2 du sous-dossier général contienne ce morceau-là du général – décomposition générale, morceau par morceau, d’Instin, décomposition méthodique –
Et mettons que ce morceau spécifique soit par ailleurs contenu dans l’épisode saisonnier du dossier revue,
tu suis, ça va ?
c’est simple ?,
non ?

si : c’est simple, tu vois mon schéma ?

Il a fait un schéma, lequel s’en est allé se poser ailleurs, loin, du lieu de la discussion. Il a fait un schéma, le schéma manque. Je ferme les yeux, intérieurement les plisse pour plus de netteté dedans, j’en revois la forme, j’en revois les formes mais ne vois rien des noms écrits dans les formes.

Ce morceau spécifique du général alors doit-il :
Exister en deux endroits – exister deux fois ? (Serait-ce son ombre, se dira-t-on, qui le bouscule.)

Tu vois ? (Tu te vois : exister deux fois.)

(De la double existence d’un fragment du disparu.)

OK, mais non, écoute écoute, le problème, mais si ! justement ! – est là : après fouille attentive après examen du squelette après inspection de chaque osselet,
j’ai été voir,
j’ai été voir j’ai vu, n’ai pas vaincu, ai vu : que feuilles de style et métatags et tous les mots-clés que tu voudras, que la Technique, en somme, ne permet pas. (La technique ne permet pas l’ombre.)

Géographie compliquée, impossible, du général : dont ainsi certains morceaux,

si si si c’est nécessaire, absolument, et puis, c’est quand même pas compliqué – non ?

dont ainsi certains morceaux doivent : exister deux fois, d’autres : une seule fois mais c’est temporaire, une seule fois pour l’instant, d’autres encore : n’existent pas pour l’instant mais, un jour, peut-être.

Un schéma : dessine un monde. Si le monde est général, ce général a une foutue bizarre allure. Un schéma manque, un monde s’évase.

c’est quand même pas compliqué

Peut-être est-ce, en fait, un schéma d’une partie du général, lequel est en devenir (un devenir-disparu).
En ce cas, quelle partie ? Dentition déchaussée ? Membres en quinconce ? Circulation neuronale comme un circuit électrique dont on fait des schémas, circuit en dérivation incomplet ? Un montage foireux, l’organisation minutieuse d’une déperdition d’énergie.

[Marche du général]

(Mimant du bec et du pouce droit un clairon d’opérette.)
Vous êtes les bienvenus.

(Dessinant du bout des doigts un ovale cabossé, hula-hop de tôle ondulée.)
Bienvenue, ici. Ici, chez vous.

(Redessinant du bout des doigts un presque cercle, incomplet – on ne peut déterminer si l’idée est de boucler une boucle autour de soi, de dessiner un cercle en faisant le tour de soi, mais assurément on constate, que : faire le tour exact de soi-même n’est pas une chose possible, n’est pas une chose physiquement possible, car : dès rendu à un angle ouvert de mettons 240°, nécessitant alors, ou bien, de bouger un pied ou bien, de bouger le torse : en chaque cas l’origine, le centre et l’ensemble auront bougé, c’est quand même pas compliqué : puisque ce dont je fais le tour bouge aussi dans le temps que dure le tour, le tour est invalidé, et il faut en refaire un autre. Durant lequel encore, inévitablement, à nouveau bougerai-je.)

Vous êtes ici
(Ici = un demi-cercle incomplet cabossé.)

Iciii vous êtes les bieeeenvennnnuuus

dans cette discussion qui tourne demi-cabossée, cette discussion métataggée, en quinconce, déchaussée, dépavée où trottine le général, décalé, décavé, sinon multiple, double (au moins).

Le général marche remarche dans ses pas sur ses pieds, sur les nôtres, il se balade entre tous bras (au moins quatre, puisque nous marchons avec, emportés par la discussion agitée), dans sa vieille capote, le général se suit se précède se double ; le général est (au moins) double. Selon le théorème : un général marchant sur ses propres pieds, une fois déchaussé se suit, se précède, se mélange, jusqu’à faire deux général. Puis quatre. Puis huit, exposant l’infini de général (pluriel, désaccordé).

Le général marchant sur ses pieds sur les nôtres, foulant notre table renversant nos verres dessus posés, s’emparant des commandes de la rame de métro, en général soudain soudard, pleurniche, rugit, se plaint de son inexistence, devenue double et doublement pesante, il n’en peut plus, que cela cesse enfin, s’il est une ombre cette ombre pèse, c’est immense, son ombre immensément pesante, de poids croissant, de volume croissant, la faute tout ça à l’expansion, au jamais clos,

la faute à ces tours entamés sur lui-même qui n’en finiront pas de reprendre de se reproduire, la faute à cette force toujours légèrement centrifuge et toujours réalimentée qui force le tour à se rejouer,
la faute aux schémas marqués puis effacés, aux schémas palimpsestes qui s’ouvrent pour accueillir,

attends,
attends attends,
attends voir : je fais un schéma

 [1]]





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Guénaël Boutouillet - 17 septembre 2007

[1[ici, faire figurer schéma suivant : report des traces invisibles des trajets du général en rotation sur nous-mêmes.

Par-dessus quoi faire figurer schéma suivant : report des traces invisibles des trajets du général en rotation sur nous-mêmes.

Par-dessus quoi faire figurer schéma suivant : report des traces invisibles des trajets du général en rotation sur nous-mêmes.

(réitérer l’opération à chaque carrefour emprunté dans les allées du cimetière)