Echo Cheval | Arno Calleja

Qu’il est intense ce moment où la lecture d’un texte réveille le souvenir d’un autre. Soudain le besoin vital de relire ce qui a surgi dans notre mémoire, ce qui est venu en écho. Cette évidence alors que lire n’est pas remplir un espace temps - une distraction - mais cette possibilité d’une conversation avec d’autres. D’être plusieurs à penser dans un seul corps.

Lisant « Je, cheval » d’Albane Gellé, s’est imposé le texte d’Arno Calleja : cheval que l’on peut lire sur le site d’Inventaire-Invention.
Malgré les apparences, ce n’est pas le sujet qui fait lien entre les deux textes mais cette pulsion dans l’écriture qui vient identifier l’auteur à son sujet. Le champ-contrechamp fonctionne d’autant plus que l’un est écrit par une femme et l’autre par un homme.
Le corps humain sexué confronté au corps animal.

« j’ai 7 ans. je suis déjà complètement taré. je veux de la vitesse. je veux du cheval. je veux pédaler sous le ventre tendu du cheval. je veux être avec le cheval. sous le cheval. dans la vitesse du cheval »

Avec cheval, Arno Calleja poursuit cette forme d’écriture où les mots s’appuient les uns aux autres pour prendre un élan particulier. Une vitesse que le point vient accentuer au lieu de la ralentir. La lecture à voix haute permet au texte de mieux déployer le sens. Le lecteur peut alors se faire happer par la vitesse et exaspérer l’entêtement des mots à se dire et redire.
Pas de pause. On aimerait parler d’emballement, mais il y a le risque de filer la métaphore facile. Ici, le cheval est prétexte. Le cheval est objet transitionnel.
Et l’enfant - narrateur n’est pas un ange. N’est pas figure innocente inventée pour rassurer l’adulte.
Au contraire, cet enfant-là est traversé par des pulsions sexuelles. Il est dans un désir de toute-puissance. C’est un enfant dérangeant. C’est le petit de l’Homme qui vient rappeler son animalité.

« je veux être un cheval de sexe. je veux passer au sexe. en vitesse je veux passer au sexe. j’ai 7 ans et je veux le sexe du cheval. je veux quitter mon vélo pour prendre le sexe du cheval. je veux me reproduire sans vélo. je veux reproduire mes 7 ans. »

L’enfant fait un avec le monde (Toumonde) parce qu’il ne sait pas encore l’immortalité des hommes. Il se doute mais il ne sait pas. Et peut-être en lui, naît déjà l’espoir fou, qu’avec les mots, il pourra échapper à l’inéluctable.

« toumonde se sauve en soi. toumonde crache son ego à l’égout. toumonde se coule. toumonde sort. toumonde sort au trou de soi. toumonde s’en va en soi. tchao toumonde. »


Lire également sur sur Remue.net

Fabienne Swiatly - 10 octobre 2007