Doris Lessing avait reçu le prix Nobel de littérature en 2007

Disparition de Doris Lessing ce dimanche 17 novembre 2013.

« Comment ne pas gagner le prix Nobel », son discours de réception du prix Nobel de littérature en 2007.






Roman, récit de voyage, autobiographie - un parcours possible à travers son œuvre.




Il fait si sombre dans cet appartement, si sombre que la pénombre semble être la forme même du froid. J’ai parcouru l’appartement en allumant partout, l’obscurité s’est retranchée derrière les fenêtres, forme froide qui tente de forcer son chemin pour rentrer. Mais quand j’ai allumé la lumière dans ma chambre, j’ai su que c’était une erreur, que la lumière y était étrangère, et j’ai laissé revenir l’obscurité, contrôlée par les deux poêles à pétrole et la lueur de l’appareil à gaz. Je me suis allongée, et j’ai pensé à la petite terre, à moitié dans l’obscurité froide, ballottée dans d’immenses espaces de pénombre.

Le Carnet d’or, roman traduit de l’anglais par Marianne Véron (Albin Michel, 1976).



1982. Quand je retournai dans le pays où j’avais vécu pendant vingt-cinq ans - arrivée enfant de cinq ans, j’en étais repartie jeune femme de trente -, plus de vingt-cinq années s’étaient écoulées. Parce que j’étais une Émigrée Proscrite. Un statut dénué d’ambiguïté, croirait-on : on est un bon citoyen ou un mauvais, proscrit ou non. Mais ce n’était pas si simple. J’étais déjà une Émigrée Proscrite en 1956 mais je n’en savais rien. Jamais il ne me vint à l’esprit que je pouvais l’être : l’impossibilité était un fait psychologique, qui n’avait rien à voir avec les réalités du grand jour. On ne saurait vous interdire la terre où vous avez grandi, ainsi le veut la trame des sensations, des souvenirs, de l’expérience qui vous attachent à ce paysage.

Rire d’Afrique. Voyages en Zimbabwe, récit traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat (Albin Michel, 1993).




Je devais grandir à tout prix, et le plus vite possible… pourtant la condition d’adulte, la liberté semblaient si lointaines, car j’étais encore au stade où la fin de la journée apparaissait comme un horizon inaccessible.
La raison principale, réelle, de la nature mensongère d’une autobiographie, est l’expérience subjective du temps. Du premier chapitre jusqu’à la fin, le livre suit la cadence régulière des années. Même si, par un tour de passe-passe, vous faites des retours en arrière, dans le style de Tristram Shandy, il n’existe aucun moyen de transcrire la différence entre le temps de l’enfance et celui de l’âge adulte - et le rythme distinct de chaque étape d’une vie. Une année avant la trentaine est très éloignée de celle que peut connaître une personne de soixante ans.

Dans ma peau. Autobiographie (1919-1949), récit traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch (Albin Michel, 1995).


Pleure, ô Zimbabwe bien-aimé, un texte de Doris Lessing.

Site consacré à Doris Lessing, en anglais.


Dominique Dussidour - 17 novembre 2013