Je me souviens de remue.net, par Philippe De Jonckheere



Je me souviens des premières versions du site de François, la page d’accueil en casiers avec des petites animations pour le courrier et des lumières rouges pour indiquer les nouvelles mises à jour. D’ailleurs qu’il ne prenne pas cela pour de la moquerie, les premières pages du désordre étaient à peine meilleures.

Je me souviens du prêt gratuit en bibliothèque et de l’affaire d’Abbeville, première fois que je voyais mon nom inscrit sur une page d’html.

Je me souviens de la très brève première rencontre avec François à Lagrasse, où il avait disserté à propos des Mots et des choses de Michel Foucault, première fois que j’entendais « fin du premier point » alors qu’on le pressait de conclure, et après une fois descendu de l’estrade, poignée de main et pour se présenter c’était tout juste s’il ne fallait pas donner son adresse de mail.

Je me souviens du mail de François visitant le désordre pour la première fois, on entre comment ? Là j’ai compris que j’allais sans doute trop loin. J’ai agrandi mon image map.

Je me souviens d’une nuit à mon travail, j’avais entièrement visité remue.net et pour chaque page, je donnais des listes et des listes de correction pour ce qui était de la maquette. Ca lui a donné du travail pour toute la semaine au webmaster de remue.net !

Je me souviens de la rencontre manquée avec l’Entre-tenir à Saint-Dizier, pas de notre faute à nous, mais alors ils n’étaient pas nombreux ceux qui comprenaient d’instinct que ce qui balbutiait en ligne puisse avoir davantage de retentissement et de partage que les rencontres mal programmées.

Je me souviens de la vente du fonds Breton et de l’encart dans le Monde des livres acquis à prix d’or et l’étonnement de François devant le résultat final.

Je me souviens des deux premières A.G. à la Maison des écrivains et les visages que l’on découvrait derrière les correspondants, Jean-Marie Barnaud, Ronald Klapka, Phil Rahmy, Dominique Dussidour, pas Ruth Szafranski qui n’avait pas pu venir. Dommage parce que c’était souvent que l’on se crépait le chignon par mail.

Je me souviens de la première fois que j’ai eu la clef pour rentrer sur le serveur ftp de remue.net, j’ai tout de suite compris que François était né le 22 mai 1953. Les premières corrections. La page index dont il fallait progressivement faire disparaître les articles les plus anciens et faire de la place pour les annonces les plus récentes. C’était du cousu main. Et c’était plutôt moins bien rangé que dans désordre.

Je me souviens de l’installation des blogs, et des épineuses modifications du gabarit. Et qu’on n’était pas toujours d’accord avec François.

Je me souviens d’une soirée chaleureuse chez Sereine et Sébastien, il était bien deux heures du matin quand nous sommes sortis, je me souviens des pièces de fonte sur le manteau de la cheminée et comment l’un d’eux est devenu la couverture du livre de Sébastien, de l’ironie.

Je me souviens des bulletins qu’il fallait enregistrer au format html pour les inclure sans peine dans le squelette de remue.net.

Je me souviens d’avoir porté Phil le dernier étage pour monter chez Dominique, et qu’après c’est devenu une plaisanterie récurrente entre nous, la prochaine fois on se ferait le Mont-Blanc ensemble.

Je me souviens que François me présentait comme la cheville ouvrière de remue.net, notamment au libraire de l’Autre Rive à Nancy, c’est Anne-Pauline qui me l’a dit. J’étais drôlement fier.

Je me souviens de la lecture des textes de Phil par Jacques Dupin à la maison Zadkine, on était tous là.

Je me souviens de la naissance d’Adèle, le lendemain matin, un samedi au travail, ma boîte mail était pleine, François avait passé le mot.

Je me souviens de la rencontre de François avec Julien au théâtre du Rond-Point, j’étais avec Nathan qui était très calme, François était fasciné par le regard de Nathan, Julien portait un chapeau de feutre noir. Et si d’aventure vous avez besoin d’une photographie du théâtre du Rond-Point, ne pas hésiter à me demander.

Je me souviens de l’A.G. qui a suivi et comment on a tenté d’expliquer ce que l’on proposait de faire avec SPIP, pas sûr qu’on était très bien compris. Les remueurs ne sont pas des techniciens nés.

Je me souviens du déménagement de remue.net, on changeait d’hébergeur, c’était aux forceps. Julien, en soute, colmatait comme il pouvait et à l’étage je rassurais les uns et les autres, mais je n’en menais pas large. Et si on s’était trompés avec Julien ? Et qu’on avait embarqué tout remue.net vers un naufrage, est-ce qu’on nous l’aurait pardonné ?

Je me souviens de la journée de familiarisation à SPIP dans cette salle de conseil de classe de je ne sais plus quel lycée de jeunes filles, je me souviens que François se remettait de sa récente opération, je me souviens que José prenait des notes de tout ce qu’il se disait, je me souviens que Laurent se désolait que nous puissions pas à l’écran reprendre absolument tous les excellents préceptes de Tsichold, et je me souviens qu’on a ensuite tous été dîner à la maison, Anne avait fait de la paella pour trente et Madeleine et Adèle passaient de bras en bras.

Je me souviens de la coquille qu’il fallait remplir, mais aussi que la première maquette sous SPIP était comparée à l’Allée Karl Marx.

Et puis je me souviens qu’un jour ça tournait, tout simplement. Et j’ai dû arrêter parce que je n’allais pas très bien et que c’était parfois trop de travail et trop de soucis.

Mais depuis pas une semaine sans passer faire un tour par remue.net, voir où ils en sont.

Philippe De Jonckheere - 16 décembre 2007