« Écoute le son : COURIR » (Sonia Chiambretto)

Mon képi blanc est le dernier texte de la trilogie écrite par Sonia Chiambretto. Ce sont des récits de séparation, d’éloignement, de passage et d’exil, de perte du nom et de l’identité. Non qu’ils disparaissent, ce nom, cette identité, mais ils se transforment en d’autres, parfois difficilement prononçables par celle ou celui qui devra les porter. Comme si pour ceux qui décident et qui organisent le transfert des personnes, un nom, une identité, cela importait peu dès l’instant qu’ont été effacés ceux avec lesquels vous viviez dans un certain lieu.
Quels objets, quelles phrases, quels documents, quels rêves, garderont la trace d’un nom et d’une identité qu’on pensait à soi à jamais, comme l’est le visage, la voix ? Et quels mots à venir sont assurés de faire acte de littérature, et seulement ça ? Chansons, procédures d’interrogatoire, prières, manuels de confession, glossaires, onomatopées, caractères « remixés », ce qui fait texte pour Sonia Chiambretto présente une tranche aussi coupante qu’une feuille de papier.

CHTO interdit aux moins de 15 ans recueille la parole d’une adolescente tchétchène qui a fui de Grozny à Marseille, 12 Sœurs slovaques de fillettes transbahutées à travers l’Europe centrale jusqu’à Nice.
Ces voix transportent des objets, des comptines, des prières, des mots de la langue maternelle, des chagrins, des amitiés, elles décrivent des lieux : rues, ruines, couvents, tunnels, écoles, commissariats, cours, cybercafés, trains, cars, autobus, rues à nouveau, et dans Mon képi blanc des casernes, chambrées, tentes, bureaux dispersés dans des pays : Indochine, Algérie, France, dans des villes : Paris, Marseille, Strasbourg, « la vieille Europe ».

À la Légion ON a fabriqué le stand : Guerre miniature.

Des avions miniatures avec des bombes attachées en dessous.
Des bombes pétards avec au bout une amorce rouge en papier [Bombes algériennes].

L’avion avec ces petites bombes comme ça dessous, relié à des fils de fer, des fils de fer électriques (30 mètres) avec un tableau pour les commandes.

En dessous une carte.
Tu déplaces ton avion au-dessus, tu lâches tes bombes sur les paysages.
Tu bombarbes les casernes mais tu évites les hôpitaux !

Là ! Tu fais des points !

À la kermesse de la Légion tu peux aussi visiter le musée

Ce troisième texte de Sonia Chiambretto, qui s’est construit avec des voix de légionnaires, emporte des chants, le paquetage d’un pompier, la composition d’une fanfare (on dit « une musique »), des devises, des ordres de mission, des objectifs (militaires) et s’achève sur le nom de Joseph décliné dans toutes les langues. Dans la Légion, même si tu gardes ton vrai nom tu feras comme si c’en était un faux, il ne t’appartient plus, de toute façon tu ne t’appartiens plus. Oui, il y a des larmes sur les joues, comme celles que verse une adolescente tchétchène ou une fillette slovaque, des larmes de paroles.


Avant d’être publié, Mon képi blanc a été mis en scène par Hubert Colas et interprété par Manuel Vallade à la Friche la Belle de Mai en octobre 2006. Le spectacle est repris au Théâtre Garonne à Toulouse les vendredi 19 et samedi 20 janvier 2008.

La trilogie a paru chez Actes Sud Papiers.

Dominique Dussidour - 5 janvier 2008