Leslie Kaplan | Le réel excède les mots

Extrait du Livre des ciels (POL, 1984).


On a souvent rendez-vous en haut de la rue.
C’est un carrefour hétéroclite, ouvert.

Au loin, un immeuble inachevé, une construction.
Les fenêtres sont dessinées, des trous.

La rue longe un hôpital, nom historique. Une cheminée rigide sort du fond.

Des femmes passent, très belles, avec leur veste sur les épaules. Je vois leur air étonné, leurs colliers en or.

Monde en fissures, ruines intérieures. Des palissades en bois.
Derrière, c’est la production.

Il y a des choses que je sais. J’y pense.
Sur la terrasse une fillette, assise, semble boire du vin.

Il traverse la rue en balançant un sac, il danse un peu. Sa bouche est fermée autour de la cigarette.
Les femmes le regardent, sérieuses.

Il vient à côté de moi. Ses cheveux sont un peu longs dans le cou. Il s’assoit.

Il a le même air étonné, perméable. Il a remonté les manches de son blouson, je vois ses bras nus.