La mer gelée | à la marge
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La mer gelée – n°5

À la marge / Randgänge

De mai à juin 2007 la revue La mer gelée a organisé des lectures bilingues à Berlin et Paris. Dans le numéro 5 de la revue, elle nous offre un échantillon de ces textes en double lecture : allemand et français.
Une revue riche pour tous ceux qui voyagent entre les deux langues et s’intéressent au difficile exercice de la traduction.
Dans ce numéro, auteurs connus et moins connus juxtaposent leur texte à la marge du monde. De leur monde.
Soulignons l’efficacité de la nouvelle maquette, sobre et aérée qui offre un bel équilibre entre textes et illustrations.

Article en forme de sommaire bilingue :

Sie haben gut reden ! Vous pouvez parler, martèle Elfriede Jelinek – et j’exige que l’expression soit une arme contre ma peur, oui, parfaitement … Ich fordere Ausdruckwaffen gegen meine Angst ja, genau…

Le jeune Jean-François Magre ose un texte cru comme un éclairage au néon : rien ne me rappelle que je viens de jouir, je ne distingue plus qu’une pauvre chose sauvée de l’asphyxie qui s’abîme dans la pénombre de mes cuisses. Nichts erinnert mich daran, dass ich gerade gekomment bin. Ich Nehme nur ein erbärmlisches, vor dem Ersticken geretetes Ding wahr, das sich auflöst im Halbschatten zwischen meinen Schenkeln.

Une longue phrase jusqu’à l’essoufflement de l’en dessus et l’en dessous pour Monika Rinck qui interroge was machen die Frauen am Sonntag ? Que font les femmes le dimanche ?

Pièce de théâtre à partir d’un fait divers Der Kick, Le flash. Histoire d’un jeune torturé et tué par trois autres jeunes dans une petite ville à 60 km de Berlin. Potzlow ist ein ganz normales Dorf. Wir haben hier einen Taubenzüchterverein uen eine Freiwillige Feuerwehr. Vor ein paar Jahren sind wir zum schönsten Dorf Deutschlands gewählt Worden. Potzlow est un village tout à fait normal. Ici, nous avons une association d’éleveurs de pigeons et un corps de pompiers volontaires. Il y a quelques années, nous avons été élus plus beau village d’Allemagne.

Antoine Bréa propose un extrait de son roman Méduses , Medusenhäupter : La maison était veille ce jour-là et dévastée de mon enfance. La maison était pâle comme de l’air et respirait difficilement. Das Haus war alt an diesem Tag, von meiner Kindheit verwüstet. Das Haus war bleich wie die Luft und atmete schwer.

Au paradis de Ann Cotten, im Paradies : et puis meurt ce pour quoi l’on était venu, que ce fût espoir ou merde, tout est désarticulé en rouge rouge rouge et tenir. Und dann Stirbt das, weswegen man hergelaufen war, wars Hoffnung oder Beschissenheit, alles ist aufgelöst in rot rot rot und stehen.

L’inconcevable de Elke ERB, das Unbegreiflich, l’idée / c’est qu’on meurt / aspiré par un trou tourbillonnant – happé ! -, der Gedanke/ ist , dass man stirbt - / hin in ein Strudellocht – fort - ,

Pour ceux qui connaissent bien l’écriture de Christian Prigent, ils imagineront volontiers la difficulté à traduire ses textes sans perdre le rythme singulier de sa voix. Avec le choix judicieux, ici, de ne pas reprendre les majuscules des noms communs comme le veut la syntaxe allemande : Repique-le , ton nez, au ras du guidon : t’es seul sur ta selle dans le raidillon avec du goutté partout sur ta peau, le pire c’est le ru qui te coule des yeux. Allons, pousse allure, lève cul de la selle, fais genre bonne figure à l’humanité qui vaque en trottoir. Und du, beug die nase über den lenker : sitzt eh allein im sattel auf diesem steilen stück, aus allen poren schweiss und am schlimmsten rinnts aus den augen. Los, leg noch nen zahn zu, heb den hintern vom sattel, mach gute miene zur menschheit die auf dem bürgersteig zugange ist.

La revue annonce pour le mois de juin un numéro consacré à Berlin Alexanderplatz autour de l’œuvre d’Alfred Döblin et l’inoubliable adaptation filmée de Rainer Fassbinder. Rendez-vous est pris.

www.lamergelee.com

Fabienne Swiatly - 15 février 2008