Jérôme Thélot | Contre la mort

à J.-M. B.




Mon très grand ami, rentrant d’un long voyage en Mer d’Aral, me dit en m’accueillant sur le pas de sa porte, reprenant notre discussion téléphonique de la veille, qu’il faut écrire ce qui vient du fond, seulement ça, et merde pour le reste.

C’est le soir. On allume les lampes. Le chat quitte l’ombre du jardin. Mais comme il fait doux, on s’attarde un peu dehors. Soudain, on entend souffler, un immense sanglier passe derrière le bassin. Le lieu n’est pourtant pas si isolé, maisons tout autour, ville à côté. Cette irruption souveraine du sauvage bouleverse dans l’instant l’ordre apparent.

Il faudrait oser écrire que je coupe du bois, que j’allume un feu, que je pleure de joie. Et ne pas penser aux autres, ni aux livres, ni aux lecteurs ; et se foutre de la postérité par tendresse pour tout ce qui existe.

Je ne lis pas Contre la mort de Jérôme Thélot comme j’écoute mon très grand ami aux sangliers. Mais j’ai l’impression que ce livre dont j’aime surtout la première partie, intitulée « Les Maximes », me fait un bien réel, elle se déplace suivant une invisible force, selon la ligne d’une intime nécessité. Un seul bémol, le recours systématique et à mon sens trop connoté, aux blancs typographiques associés à une isotopie du simple et de l’air.

Jérôme Thélot termine son avertissement au lecteur en citant Léon Chestov : « Quand on veut dire quelque chose qui contredit les jugements unanimement admis, le mieux est de ne pas élever la voix. »

"C’est le premier livre de poésie d’un homme qui a passé trente ans à lire au plus près, avec un coeur parfait, la poésie des autres." (Cédric Demangeot)

Contre la Mort est paru en 2007 chez fissile dont je rappelle deux publications majeures la même année, une phrase de François Zénone (préface Jacques Dupin) et sonnets de la mort de Bernard Noël.

Philippe Rahmy - 11 février 2008