Pascal Boulanger | "Les ruines de la ville"

Pascal Boulanger, bibliothécaire à Montreuil, cherche, parallèlement à son travail d’écriture, « à interroger autrement, et à resituer historiquement, le champ littéraire contemporain ».
« “Les ruines de la ville”, nous écrit-il, est une séquence d’un ensemble qui voudrait s’ouvrir aux circonstances où le tragique se loge au cœur même des êtres aimés.
Elle s’inscrit dans une traversée, dans ce trait de nuit sur la nuit, avant “l’échappée belle” qui déjoue la parole du Destructeur. »
J.-M. B.


Va, sauve-toi, sauve-toi de ce charnier, sous peine d’augmenter le nombre de morts.
(Shakespeare)
&


Où sont les sommeils
qui déplaçaient les montagnes ?

Une fête de sourds modifie la nuit.
Un corps se ruine lui-même, s’engouffre
dans la faim d’autre chose.

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Retour parmi les crimes de l’époque, les saisons de mort.

Qui me donnera un baiser de feuille d’or

pour que l’existence ne soit plus une faute ?


Du manteau défait, la possibilité demeure
loin des résignés, loin des naïfs

Dans les villes sans limite.

Tombeau des joies séparées
tombeau au miel des terrasses.

Trop de chance !

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La clé sur le sol
et tout autour les épiphanies, les commotions soudaines.

La pluie dévale et le sommeil voit clair
ici-bas
dans ce pays baigné de visions.

Les deux serpents du caducée d’Hermès
et les princes de ce monde

dupés par la Croix


soufflent et implorent
se flagellent, s’enchaînent, s’épouvantent

devant l’amour parlent d’enfer


&


Pyramide de faux pères

(fils et filles hantés)


Qui essuie la face et fissure les murs

ne sacrifiant rien ?


Qui sait aimer sachant ne pas mourir ?

Je contourne les grabats du chantier
un chant glisse sur le parvis

omnia vincit amor

Je n’ai pas de père pour me taire
pas de mère pour me traire
j’ai toute la mer pour moi