Ariane Dreyfus | Iris, c’est votre bleu

A l’occasion de la parution de son dernier livre au Castor Astral, Ariane Dreyfus nous a confié quelques poèmes issus de Iris, c’est votre bleu.
On avait pu écouter quelques uns de ces textes lus par Ariane Dreyfus lors de la deuxième nuit remue. [SR]


IRIS

Mais Dieu, surtout pas.
Ne mettez pas de mots vides dans votre bouche,
Hommes, regardez


Iris, malgré le mur,
Debout
C’est votre bleu.


Votre ligne, imaginons
Une plaie vivement recousue.


Votre broderie, sa joie se gonflant,
Quelques secondes d’amour par miracle successives.


Ici,
Du balancement le velours dressé,
Iris.


Je m’endors les mains sur toi.


Tu m’aimes si profondément qu’en dormant
Il y a ton visage pour le dire.


La nuit n’est pas noire.
Reconnaître ton sexe
A mon bonheur touché,
Fleur de l’infinie sculpture, fleur.


Plus rien de multiple.
La simplicité qui serait violente de te perdre,
qui serait d’un coup.


La vie simple vite tranchée
Serait mon visage dans la sciure.


Tu fermes les yeux pour que je les embrasse aussi,
C’est en confiance le ciel.


La langue dans le baiser, je dis la vérité.


Si j’ai la voix grave ?
Tantôt basse, tantôt soulevée dans le corps que tu cherches au milieu
de tes mains.
Mes enfants grandissent, l’air passe. Serre-moi, toi qui es l’amour amour.


La vie éternelle n’est que mort, la vie veut seulement que les épaules frémissent l’une et l’autre et s’il fait froid, c’est qu’il n’y a pas de lumière sans qu’elle change.


La nuit les mains dansent obscurément.


Parfois le jour tu pars,
Je ramasse de l’invisible à plein courage.









« Tout cela, des exemples simplement »




On va dormir ?
Alors je te serre extrêmement fort
En pleine nuit.



*
Un oiseau dont la force serait proche


J’ai chaud sous le pli de son aile
Puis tu desserres le bras, réellement c’est beau.



*


Le soleil revient si vite ?
Sur ma tête heureuse
Vingt fois ta main.



*


Tu sais la vie va durer.
C’est une fille modeste qui aime
Jusqu’aux yeux ouverts.



*


Faire attention aux choses arrivées.



*


Je me penche avec mes seins.
Je te donne le silence
Par la bouche



*


Tu as bien fait de descendre,
Les bourgeons ardents
Sont sortis, sont rouges.



*








( tableau de Valérie)


S’écartant de l’eau dans le bol,

Un rose intense et sans visage
Chante dans son carré.

*

Beaucoup d’air entre les meubles.

Personne ne cherchera en dehors de la chambre,
Elle est si grande encore.

*

Le mur qui se fendille, je dors pourtant
Près de lui.

Le plus longtemps possible, ta jambe contre ma jambe.

*

Il faudrait jeter les branches coupées.

Leur temps sur terre, si visible soudain.

*

Tu me serres, me réveillant
A chaque courbe.

*

Peur de les emmêler, écartées alors,
Les jambes si tu venais.

Il faut être claire quand on aime.

*

Et de la peau jusqu’au visage.

*

Ca se dessine à la main.

L’obscurité de la nuit
Aime quand ça commence encore.










Ne bougeons plus
En haut de la pente ne bougeons plus

Sauf dedans
Ton sexe
On peut creuser davantage

La tendre persuasion
Une fleur tendue



Note : ce titre, « Tout cela, des exemples simplement », est une citation de Wallace Stevens, extraite du poème « Théorie » ( Description sans domicile, dans la traduction de Bernard Noël aux Editions Unes, 1989).